17 octobre 1961 : nuit tragique à Paris
mardi 21 mars 2006

 

La tension entre policiers français et indépendantistes algériens culmine avec la manifestation meurtrière du mardi 17 octobre 1961.

Montée des tensions

Au cours des mois précédents, 22 policiers sont tombés en France métropolitaine sous les balles des commandos du FLN (Front de Libération Nationale), l’un des mouvements qui revendiquent l’indépendance des trois départements algériens.

Les syndicats de policiers réclament davantage de fermeté de la part du préfet de police de Paris, Maurice Papon. Le 5 octobre, celui-ci demande aux travailleurs algériens de ne plus circuler de nuit dans la capitale. Il autorise aussi l’interpellation de tout musulman de jour comme de nuit.

Pour protester contre ce couvre-feu discriminatoire, la Fédération de France du FLN appelle les Algériens de la région parisienne à manifester pacifiquement, avec femmes et enfants, le 17 octobre, à 20h30, sur les Champs-Élysées. Le FLN veut user de cette provocation pour prendre le dessus sur le mouvement rival du MNA.

Une manifestation nocturne à deux pas du palais de l’Élysée et de l’Assemblée nationale ! Le général de Gaulle, président de la République, y voit une pression inadmissible sur les négociateurs français et indépendantistes qui traitent à Évian du futur statut de l’Algérie. Il donne carte blanche à Maurice Papon pour interdire la manifestation et la disperser par tous les moyens. Le préfet peut dire à ses hommes : « Désormais, vous êtes couverts ! »

Les policiers ne se le font pas dire deux fois. Tandis que les Algériens tentent de converger vers le centre de la capitale, souvent poussés de force par les militants du FLN, les forces de l’ordre les affrontent sans ménagement et les embarquent vers les commissariats pour les rouer de coups plus à leur aise. Des dizaines de manifestants sont jetés dans la Seine. On évalue le nombre de victimes à 200.

La presse, d’abord abasourdie, se réveille dans les jours qui suivent, comme le rappelle l’historien Pierre Vidal-Naquet. L’Humanité est saisie pour avoir dénoncé la répression. Le Figaro lui-même, proche du pouvoir gaulliste, dénonce des atteintes inadmissibles aux droits de l’homme.

Bien qu’informés par les journaux des excès de la répression, l’opinion publique, les syndicats et les partis, y compris de gauche, restent cependant sans réaction. Le souvenir de la nuit tragique du 17 octobre s’inscrit dans la longue suite de drames et de malentendus dont sont tissées les relations entre l’Algérie et la France depuis la conquête.

Divisions

Dans les mois qui suivent, les tensions s’aggravent au sein du peuple français. Le 8 février 1962, dans l’Est parisien, une manifestation des partis de gauche contre la guerre d’Algérie et les attentats de l’OAS se termine par la charge de la police et la mort tragique de 7 manifestants au métro Charonne.

Attentats, répression et manifestations n’empêchent toutefois pas les négociations de se poursuivre à Évian. Elles aboutissent au cessez-le-feu du 19 mars 1962 et à l’indépendance de l’Algérie, le 3 juillet de la même année.