Douze intellectuels français appellent à la condamnation de la torture pendant la guerre d’Algérie (2001)
samedi 11 mars 2006
Nous reprenons l’article paru sur le site de l’AIDH.

Nous adhérons sans réserve à la condamnation de la torture qui a été pratiquée en Algérie, comme nous la condamnions en son temps et comme nous en témoignions dans l’indifférence quasi générale.

Nous remarquons que, dans ces appels à condamner, les appelés du contingents ne sont pas présentés comme des victimes et même pas cités.
Il est vrai que, dans les signataires, il n’y a aucun appelé combattant de l’époque ; ceci explique évidemment cela.

Il n’est pas, non plus, prolongé que la torture se poursuit à grande échelle par des états qu’ils appellent amis.

Pour compléter ces appels et connaître la position de l’ARAC de la Marne, celle des "Appelés du Contingent" il faut lire le communiqué que nous avons diffusé en février 2001 :

  •  Communiqué de l’ARAC de la Marne du 10 février 2001 sur la torture en Algérie

    L’APPEL DU 31 OCTOBRE 2000

    L’APPEL DU 18 MAI 2001

    Le quotidien communiste "L’Humanité" a publié, le 31 octobre 2000, un "appel à la condamnation de la torture durant la guerre d’Algérie", signé par douze intellectuels, parmi lesquels Henri Alleg, auteur de "La Question", et les historiens Madeleine Rebérioux, Pierre Vidal-Naquet et Jean-Pierre Vernant. Les signataires demandent au président de la République, Jacques Chirac, et au premier ministre, Lionel Jospin, "de condamner ces pratiques par une déclaration publique".

    Le 18 mai 2001, les "Douze" ont rendu public un second appel, toujours publié par "L’Humanité", qui réitère leurs demandes après la publication du livre du général Aussaresses.Ils réclament de nouveau "que toute la vérité soit dite sur la torture" et "que les plus hautes autorités françaises condamnent la responsabilité du gouvernement d’alors". "Sans cela, ajoutent-ils, demeure une équivoque sur la raison d’Etat dont se recommandent toujours les tortionnaires".

    L’appel du 31 octobre 2000

    ”Des deux côtés de la Méditerranée, la mémoire française et la mémoire algérienne resteront hantées par les horreurs qui ont marqué la guerre d’Algérie tant que la vérité n’aura pas été dite et reconnue.

    ”Ce travail de mémoire appartient à chacun des deux peuples et aux communautés, de quelle qu’origine que ce soit, qui ont cruellement souffert de cette tragédie dont les autorités françaises portent la responsabilité essentielle en raison de leur obstination à refuser aux Algériens leur émancipation.

    Aurès 1957. Cette femme, appelée Hania, a été arrêtée pour avoir tué avec une hache le soldat qui tentait de la violer. Elle fut ensuite violée, torturée, puis exécutée. Document Musée national du Moudjahid, Alger.

    ”Aujourd’hui, il est possible de promouvoir une démarche de vérité qui ne laisse rien dans l’ombre. En France, le nouveau témoignage d’une Algérienne, publié dans la presse, qui met en accusation la torture, ne peut rester sans suite ni sanction. Le silence officiel serait ajouter au crime de l’époque une faute d’aujourd’hui. En Algérie, se dessine la mise en cause de pratiques condamnables datant de la guerre et surtout lui ayant survécu commises au nom de situations où "tout serait permis". Il reste que la torture, mal absolu, pratiquée de façon systématique par une "armée de la République" et couverte en haut lieu à Paris, a été le fruit empoisonné de la colonisation et de la guerre, l’expression de la volonté du dominateur de réduire par tous les moyens la résistance du dominé.

    ”Avec cette mise à jour il ne s’agit pas seulement de vérité historique, maisaussi de l’avenir des générations issues des diverses communautés qui vivent avec ce poids, cette culpabilité et ce non-dit.

    ”Pour nous, citoyens français auxquels importe le destin partagé des deux peuples et le sens universel de la justice, pour nous qui avons combattu la torture sans être aveugles aux autres pratiques, il revient à la France, eu égard à ses responsabilités, de condamner la torture qui a été entreprise en son nom durant la guerre d’Algérie. Il en va du devoir de mémoire auquel la France se dit justement attachée et qui ne devrait connaître aucune discrimination d’époque et de lieu.

    ”Dans cet esprit, et dans cet esprit seulement, tourné vers un rapprochement des personnes et des communautés et non vers l’exacerbation de leurs antagonismes, nous demandons à M. Jacques Chirac, président de la République, et à M. Lionel Jospin, premier ministre, de condamner ces pratiques par une déclaration publique. Et, nous invitons les témoins, les citoyens à s’exprimer sur cette question qui met en jeu leur humanité”.

    Paris, 31 octobre 2000.

    L’appel du 18 mai 2001

    "Dans notre appel du 31 octobre 2000, nous demandions que toute la vérité soit dite sur la torture, ce mal absolu, pratiquée par une armée de la République, pendant la guerre d’Algérie. De très nombreux témoignages, venus de tous les horizons, en particulier d’anciens soldats, mais aussi celui d’un général revendiquant la torture, les exécutions sommaires et leur ampleur, l’émotion soulevée, et le débat qui n’a plus cessé, font que la réponse à cette demande est désormais attendue par le pays.top

    "Notre requête, à ce stade, porte sur des points précis :

    1. Il est urgent que la condamnation de la responsabilité des gouvernants d’alors intervienne sous forme d’une déclaration officielle des plus hautes autorités. Sans cela, demeure une équivoque sur la raison d’Etat dont se recommandent toujours les tortionnaires ;

    2. La vérité sur les faits doit être établie avec rigueur. Les pouvoirs publics ont à charge d’en susciter les moyens, notamment grâce au concours des historiens, avec l’ouverture publique des archives, des témoins, des victimes, des élus ;

    3. L’enseignement de la guerre d’Algérie appelle une mise à jour en particulier concernant la colonisation. Il doit répondre à l’intérêt qui se manifeste aujourd’hui dans la jeunesse ;

    4. Grâce à ce travail de vérité, grâce à la prise de conscience du crime qu’est la torture, la France en condamnant solennellement les actes incriminés, donnerait un exemple salutaire. Cela ne pourrait, par ailleurs, que favoriser l’accès à la connaissance du côté algérien et la réconciliation des deux peuples ;

    5. Nous souhaitons vivement enfin qu’une délégation des Douze puisse être reçue le plus rapidement possible par le président de la République ainsi que par le Premier ministre afin de procéder à un échange de vue sur ces propositions."

    Paris, le 16 mai 2001.

    Les deux appels ont été signés par : Henri Alleg, ancien directeur d’Alger républicain, auteur de "La Question" ; Josette Audin, épouse de Maurice Audin universitaire assassiné après avoir été torturé en 1957 et dont le corps n’a jamais été retrouvé ; Simone de La Bollardière, veuve du général Pâris de La Bollardière, opposé à la torture et condamné à deux mois de forteresse ; Nicole Dreyfus, avocate de Baya Hocine et Djohor Akrou ; Noël Favrelière, rappelé, déserteur ; Gisèle Halimi, avocate de Djamila Boupacha ; Alban Liechti, rappelé, insoumis, puni de qutre ans de prison ; Madeleine Rebérioux, historienne, secrétaire du Comité Audin ; Laurent Schwartz, mathématicien, président du comité Audin ; Germaine Tillion, ethnographe, résistante, auteur de "L’Afrique bascule vers l’avenir" ; Jean-Pierre Vernant, historien, résistant ; Pierre Vidal-Naquet, historien, auteur de la "Torture dans la République&quot




  • Source : http://www.aidh.org/faits_documents/algerie/appel.html