Notre Camarade Fernand Eliet est mort.
lundi 21 janvier 2008
 

 
 

Une partie de l’assistance.
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  • Notre Camarade Fernand Eliet est mort.

    L’ARAC de la Marne est amputée d’un homme irremplaçable tant il était un modèle de droiture incorruptible malgré les tentatives de récupération dont il a été l’objet jusqu’après son dernier souffle.

    Notre Camarade Fernand Eliet.
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  • Issu et membre de la classe ouvrière, il a ressenti très tôt l’injustice de la société capitaliste et a milité pour défendre les petits mais aussi pour leur proposer un modèle de société sans exploitation de l’homme par l’homme.

    Après les horreurs des camps nazis, il a connu celles du retour où l’affection est le principal remède mais où, au contraire, il a subi la trahison de celle qui n’a pas eu le courage d’attendre. Seuls ceux qui n’ont pas connu ça ou celles qui feraient pareil peuvent s’offusquer maintenant qu’on ait tondu les chiennes à boches.

    Il avait la spontanéité et l’intransigeance de ceux qui ont des convictions et s’opposait à tous ceux qui ont besoin de verbiages spécieux pour masquer leurs trahisons. Il émanait de ses éclats une tendre sollicitude pour les petits et une inébranlable préférence pour les faibles.

    Toutes ses interventions, dans les réunions de son parti ou dans ses conversations avec nous, étaient marquées par un rappel permanent des dangers de la compromission avec le capitalisme, particulièrement pour la paix.

    Malheureusement, il est parti avec le spectacle de la trahison et de l’abandon des belles valeurs humanistes auxquelles il a consacré sa vie.

    Nous, ses Camarades de l’ARAC de la Marne, nous le gardons en exemple de l’Ancien Combattant constamment mobilisé pour rappeler les horreurs des guerres et pour construire un monde de justice et donc de paix.

    Notre Camarade Andrée Paté, ancienne déportée des camps nazis comme lui, a, dans son éloge funèbre, retracé les grandes étapes de sa vie de souffrances et de combats.

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    Allocution de Jeanne-Andrée Paté aux obsèques de notre Camarade Fernand Eliet.

    Fernand,

    Notre Camarade Jeanne-Andrée Paté, ancienne déportée, prononce son allocution en compagnie du drapeau de l’ARAC de la Marne.
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  • Notre Camarade Jeanne-Andrée Paté, ancienne déportée, se recueille devant la dépouille de notre Camarade et le drapeau de l’ARAC de la Marne.
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  • Mon Camarade de combat, nous ne pouvons pas te laisser partir à jamais sans dire aux présents ce que fut ta vie.

    Tout jeune, tu commences à travailler en usine au « Peignage de Reims » : beaucoup de travail pour un petit salaire. Tu commences à juger un patronat qui, lui, s’enrichit avec ton travail ; et cela, tu ne l’acceptes pas. Tu t’engages dans les organisations syndicales et politiques pour lutter pour un monde meilleur.

    Tu es marié ; une petite fille vient te donner beaucoup de joie et tu voudrais tant la rendre heureuse.

    1939 ; la guerre éclate et le gouvernement d’alors commence une répression féroce contre la classe ouvrière.

    1940 ; les troupes allemandes envahissent notre pays. Le fascisme règne en maître.

    1943 ; c’est la réquisition pour tous les hommes qui n’ont pas été faits prisonniers, et surtout les jeunes, pour aller travailler en Allemagne en usine de guerre. Tu es requis, tu hésites à partir, ta famille pourrais en souffrir. Arrivé là-bas, tu refuses d’aider le fascisme à faire la guerre et tu décides de t’évader. Mais tu es arrêté par la Gestapo. Après des durs moments passés dans les griffes de ces bandits tu es déporté à Dachau, en camp de concentration. Pendant 2 ans tu vas connaître l’enfer : la tenue rayée, plus de nom, un matricule, le travail forcé pendant 12 heures, l’appel au garde-à-vous pendant 4 heures, les morts de la nuit à côté des vivants. La nourriture se compose d’une gamelle d’eau chaude avec quelques rutabagas qui se promènent dedans, une tartine de pain noir. Et puis, dans les derniers moments, les marches de la mort ; si tu avais le malheur de tomber d’épuisement, le SS t’achevait d’une balle dans la tête.

    Enfin, la libération. Là, tu retrouves la France. Tu es dans un état de santé effroyable. Comme tous les déportés tu pèses entre 25 et 30 kilos. Et puis, tu retrouves une maison vide : femme et enfant sont partis. Tu vas mettre des mois à te refaire une santé.

    Puis, tu recommences à vivre ; tu recrées un autre foyer avec une femme très gentille qui te donneras deux enfants. Tu recommences à militer avec ton épouse. Tu assureras la diffusion de « l’Humanité » jusqu’à 75 ans.

    Reposes en paix Fernand. Les quelques déportés qui sont encore en vie continueront la lutte pour que plus jamais n’existe de Dachau, plus jamais de Buchenwald, plus jamais de Ravensbrück. Plus jamais, non, plus jamais ça.