Anniversaire de la mort, en Algérie, de Jean-François Podgorski d’Avançon
samedi 21 juillet 2007

Nous reproduisons ici l’article tel qu’il est paru dans le journal « l’union » du 21 juillet 2007.


 

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Il y a cinquante ans… l’Algérie !
 
Jean (également appelé à l’époque) et Sophie Geretti revisitent avec douleur la période qui a emporté Jean-François.
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Sophie Geretti, originaire d’Avançon, vit chaque 22 juillet avec une émotion particulière. Demain, cela fera cinquante ans que son petit frère a trouvé la mort en Algérie. Comme tant d’autres.

« MADAME, j’ai le triste devoir de vous annoncer le décès de votre fils ». Le début de la lettre reçue par la mère de Sophie Geretti, il y a plusieurs dizaines d’années, résonnera toujours dans la tête de cette dernière.

Signée par le capitaine du 7e régiment de tirailleurs algériens, la missive annonce la mort du deuxième classe Jean-François Podgorski à l’Oued Tifrane, après un « accrochage avec les rebelles ».

Ce 22 juillet 1957, pourvoyeur au fusil-mitrailleur, le fils d’immigrés polonais d’Avançon a traversé un terrain découvert pour recharger sa pièce, sous le feu ennemi. Il n’en réchappera pas.

Salué pour son « patriotisme, son abnégation », l’appelé était aimé de ses camarades et de ses chefs, pour son allant, sa manière de servir et sa bravoure. Décoré de la médaille militaire et de la croix de la valeur militaire avec palme, Jean-François Podgorski, 22 ans, ne rentrera pas en permission à la fin du mois comme prévu, et annoncé dans ses lettres.

« Il écrivait souvent, mais ne parlait jamais de la « bagarre », se souvient Sophie, les yeux rougis. Dans la dernière lettre, il disait qu’il revenait… Finalement, en 14 ou 15 mois, il ne sera jamais revenu ».

« Ne jamais oublier »

Dans le village, c’est un micmac sans nom. Le maire de l’époque apprend la nouvelle au patron du père, puis tout Avançon est au courant… sauf la famille Podgorski. « On nous envoyait à droite, à gauche… raconte Sophie. Puis j’ai croisé le maire qui m’a dit : « ton frère est gravement blessé ». J’ai demandé des précisions et il m’a enfin dit « il est mort ». »

« On nous l’a ramené trois mois après. Il est enterré à Avançon, et son nom figure parmi les 147 inscrits sur la plaque de Charleville ».

Alors que la maman se rend chaque jour au cimetière, la famille accuse le coup. « C’était mon petit frère, soupire aujourd’hui Sophie qui ne peut plus contenir son émotion. Il était toujours rieur… À 13-14 ans, il adorait jouer aux soldats. Il était content de partir… » Avec son mari Jean, Sophie sait bien que toutes les lettres signées par René Coty ou Jacques Chaban-Delmas ne changeront rien à ce destin tragique. Au rythme des années, les questions se sont succédé : « Pourquoi lui ? » est devenu « Pourquoi tant de morts ? ».

« Ces derniers temps, j’ai l’impression qu’on les oublie, constate Jean. Il ne faut jamais les oublier ».