Promenade des bleuets et pèlerinage contre l’oubli sur le Chemin des Dames
dimanche 1er juillet 2007
 

Nous reproduisons ici 3 articles tels qu’ils sont parus dans le journal « l’union » des vendredi 29 juin et dimanche 1er juillet 2007.

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Sur le Chemin des Dames : la promenade des bleuets
 
Des parcours qui ont connu de sanglants combats au cours de l’année 1917 seront proposés. Christian Lantenois
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Les célébrations du quatre-vingt-dixième anniversaire des combats du Chemin des Dames se poursuivent aujourd’hui avec plusieurs circuits de randonnée le long de la bande de bleuets ininterrompue.

EN 1917, on appelait « bleuets » les jeunes mobilisés de la classe 17, ceux qui étaient nés en 1897 et qui, pour beaucoup, n’ont jamais eu 20 ans. Le bleuet est aussi associé au souvenir de la Grande guerre en réponse au coquelicot des Britanniques.

Quatre-vingt-dix ans après le début du conflit, une bande de bleuets de vingt kilomètres de long et douze mètres de large a été plantée sur la crête du Chemin des Dames. Ce paysage fleuri semé en avril dernier par une vingtaine d’agriculteurs en bordure de la route départementale 18, va pouvoir être admiré par le public.

Dans le cadre du 90e anniversaire organisé par le Conseil général, et en partenariat avec le comité départemental de la randonnée pédestre, plusieurs circuits sont prévus ce dimanche au départ de La Malmaison, La Royère, le mémorial de Cerny, le Poteau d’Ailles et le monument Napoléon.

Au total, six parcours de 4 à 8 km sont proposés à 10 heures ou à 15 heures. Chacun de ces parcours de promenade proposés a été le théâtre de sanglants combats au cours de l’année 1917. Du monument Napoléon à Hurtebise par exemple, l’itinéraire traverse le Plateau des casemates où se sont déroulés d’incessants combats de mai à juillet 1917. Ou encore du Poteau d’Ailles à Paissy, de nombreuses troupes françaises ont trouvé un abri dans les creutes de ce village en partie troglodyte en y installant des postes de secours et de commandement.

Des aires de stationnement à proximité ont été prévues. Dix agents de la voirie départementale aiguilleront les automobilistes vers ces zones de stationnement. La circulation sur la RD18 se fera en alternance sur une seule voie quand les marcheurs chemineront en bordure de route. Une petite portion de la route, entre Hurtebise et Craonne, sera fermée aux véhicules à moteur jusqu’à 18 heures.

Parallèlement, la fédération des chasseurs de l’Aisne organise de nouveau cette année un concert de trompes de chasse, à l’abbaye de Vauclair. A partir de 18 heures dans le superbe site de Vauclair où 2.000 personnes s’étaient pressées lors de la précédente édition, un programme spécial a été prévu avec la narration d’une histoire faisant référence à la Première Guerre mondiale. Plusieurs troupes de sonneurs de l’Aisne, des Ardennes et même au-delà sont attendues. Il y aura aussi un groupe de huit jeunes sonneurs. Le rendez-vous est entièrement gratuit.

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Mutins du Chemin des Dames : les familles sur les lieux
 
Une dizaine de familles de soldats mutins « fusillés pour l’exemple », en 1917 pendant la Première Guerre mondiale, reviennent aujourd’hui et demain sur les traces de leurs ancêtres au Chemin des Dames.
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Une dizaine de familles de soldats mutins « fusillés pour l’exemple » en 1917 pendant la Première Guerre mondiale reviennent vendredi et samedi sur les traces de leurs ancêtres dans l’Aisne, pour les 90 ans de la bataille du Chemin des Dames.

« On va leur faire visiter les lieux des mutineries de 1917, les lieux des combats et les lieux d’exécution », résume l’organisateur des deux journées, l’historien Denis Rolland, auteur de « La grève des tranchées ».

« Je suis très émue », affirme Martine Lacout-Loustalet, la petite-nièce de Jean-Louis Lasplacettes, l’un des 27 mutins fusillés pour avoir refusé de retourner au front lors de l’offensive Nivelle, un sanglant échec de l’armée française. A 55 ans, Mme Lacout-Loustalet a découvert par petites touches l’histoire de son grand-oncle, à son retour en 1989 dans les Pyrénées-Atlantiques.

Depuis cette révélation en 1992, elle se bat pour que le nom de son grand-oncle, membre du 18e Régiment d’infanterie, figure sur le monument aux morts du village. « C’est encore difficile. Il y a des gens dont les grands-parents ont été combattants et sont morts… honorablement on va dire. Le maire m’a dit qu’on allait y aller doucement », raconte-t-elle.

Organisateur du voyage, Denis Rolland préfère parler de réintégration dans la mémoire collective, comme Lionel Jospin alors Premier ministre en 1998, plutôt que de réhabilitation. « A mon avis la réhabilitation n’a pas beaucoup de sens 90 ans après. Comment se replacer dans le contexte ? », s’interroge-t-il.

En 1998, les propos de Lionel Jospin, pourtant mesurés, avaient provoqué une belle polémique, sur fond de cohabitation avec Jacques Chirac.

Neuf ans plus tard, les organisateurs sont prudents.

« Le conseil général a lancé un appel à projet. La Société historique de Soissons que je préside y a répondu.

Le vendredi à 18H00, il y a une petite réception au conseil général de l’Aisne. Mais ce n’est pas un voyage officiel. C’est privé », prévient M. Rolland.

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Les descendants de fusillés en pèlerinage contre l’oubli
 
Les familles ont sillonné les lieux de mémoire, comme ici à Cerny-en-Laonnois.
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Visite hautement symbolique que celle de descendants de fusillés de la guerre 1914-1918 dans l’Aisne. Beaucoup viennent de loin et même de très loin puisqu’ils débarquent, en quelque sorte, du pays de l’oubli.

DANS le cadre du 90e anniversaire de 1917 sur le Chemin des Dames, le Département a lancé un appel à projets. L’un d’entre eux a particulièrement retenu son attention. Il s’agit de celui de la société historique de Soissons et de son président, Denis Rolland. L’auteur de « La grève des tranchées » a recensé vingt-sept fusillés en 1917 au cours de ce qu’on appelle les mutineries.

Il a retrouvé certaines familles et les a invitées à venir dans l’Aisne, vendredi et hier.

La plupart ont appris le fin de mot de l’Histoire par un coup de fil de Denis Rolland. « On savait que le grand-père était mort fusillé pendant la guerre, mais on nous avait dit qu’on avait pris un homme sorti du rang », explique Michel Lebouc, venu de son Vaucluse.

Son aïeul, Marcel, est mort à 24 ans. « Mon père ne savait pas où il était enterré et où il avait été fusillé », poursuit le petit-fils. Désormais, il va pouvoir se recueillir sur sa tombe. « C’est mon père qui serait heureux », glisse-t-il.

André Lefèvre, originaire de Lorraine, a perdu son grand-oncle, Pierre Lefèvre. « Sur sa tombe est écrit : « Mort pour la France », mais on n’arrive pas à ce que son nom figure sur le monument aux morts », regrette-t-il. Dans sa famille, le sujet a longtemps été tabou avant que des descendants se mobilisent : « Nous ne sommes pas des traitres chez les Lefèvre. »

Chacun n’exprime pas de ressentiment, mais l’envie que ces fusillés réintègrent la mémoire collective, comme l’avait dit Lionel Jospin, alors Premier ministre, un jour de 1998 sur le Chemin des Dames.

Le président du conseil général, Yves Daudigny, garde cette même prudence tout en allant un peu plus loin. « Je tenais à assurer que le département n’oublie pas, qu’il n’oublie rien des évènements qui se sont déroulés, si dramatiques et si contreversés qu’ils aient pu être », a-t-il dit aux familles, lors d’une réception au conseil général.

Il évoque les mutineries parlant d’hommes et de citoyens qui voulaient bien faire la guerre, mais pas dans n’importe quelles conditions.

« Vos, nos fusillés appartiennent pour toujours à l’histoire du département. » Le président souligne que depuis le discours de Lionel Jospin, aucun signe n’est venu de l’Etat.

« Il y a quelques mois, nos amis d’Outre-Manche, qui ont eu aussi leurs fusillés, ont accordé leur pardon, par un vote du Parlement . » Une initiative qui pourrait inspirer le conseil général…

Yann Le Blévec