Des « Justes » de la région honorés au Panthéon
jeudi 18 janvier 2007

Nous reproduisons ici l’article tel qu’il est paru dans le journal « l’union » du jeudi 18 janvier 2007.

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Parmi les 2.725 « Justes » de France qui ont sauvé des Juifs pendant l’occupation nazie et qui reçoivent aujourd’hui l’hommage de la Nation au Panthéon, 32 sont de la région.  
 
Ernest Blaise (au centre avec un chapeau) en 1943 à Saint-Nectaire. Il est entouré des Schydlowsky, une famille juive de Châlons qu’il a sauvée, et de leur cousine dont il aidé aussi les parents (collection Schyldowsky).
Veuve de gendarme, Jeanne Wilmart a hébergé une famille juive de Paris à Fraillicourt dans les Ardennes (collection D. Dawidowicz).
« J’AI l’impression de ne pas avoir fait grand-chose. Je lui ai juste envoyé ma carte d’identité. Il a changé la photo. J’ai dit au commissaire que j’avais perdu mes papiers et il m’en a fait d’autres. »
En lui faisant parvenir sa carte d’identité à Lyon dans un colis de pommes de terre, Daniel Bachet a sauvé Salomon Ejnès, un copain juif de Reims qui risquait de se faire arrêter. Il avait 17 ans.
A 81 ans, cloué dans un fauteuil, Daniel Bachet ne pourra pas se rendre aujourd’hui au Panthéon pour l’hommage solennel de la Nation aux 2.725 « Justes » de France, dont 32 de Champagne-Ardenne et de Picardie. Il fait partie des 240 survivants qui ont protégé ou sauvé des Juifs pendant l’occupation nazie.

L’action des « Justes » français a contribué à la survie des trois quarts des 330.000 Juifs de France, selon le musée-mémorial israélien de la Shoah Yad Vashem qui décerne depuis 1963 le titre de « Juste parmi les Nations » (lire par ailleurs).

« Obéir à ma conscience »

L’ardennaise Denise Wilmart, fille ainée de Jeanne, a fourni des faux papiers d’identité aux Dawidowicz (collection D. Dawidiwicz).
Georges Wilmart a aidé sa soeur à procurer de faux papiers à la famille juive cachée par leur mère dans les Ardennes (collection Isabelle Routier.
Leurs noms sont gravés sur le « Mur des Justes » inauguré en juin dernier à Paris à côté du « Mur des Noms » où sont inscrits les noms des 76.000 hommes, femmes et enfants juifs déportés depuis la France entre 1942 et 1944.

Personne ne représentera Jeanne Wimart et deux de ses enfants, Denise et Georges.
Ces trois « Justes » des Ardennes sont morts. Ils ont sauvé les Dawidowicz, une famille juive de Paris.
Jeanne Wimart, une veuve de gendarme qui vivait avec ses quatre enfants, les a hébergés chez elle à Fraillicourt, un village près de Rethel.

Denise et Georges, les deux aînés, deux résistants, leur ont procuré des faux papiers d’identité. Lorsque leur présence finit par devenir dangereuse dans le village où tout le monde se connaissait, Denise leur trouva de nouveaux refuges : dans une ferme de l’Aisne pour les parents, dans un appartement près de Paris pour les trois enfants.
Malgré la séparation, elle continua à fournir du ravitaillement et des vêtements aux cinq réfugiés.

« Je n’ai fait qu’obéir à ma conscience », écrivit Denise Wimart après la guerre. « Dans une situation tragique, d’autres attitudes que la résignation, la veulerie ou la lâcheté sont possibles », tenait-elle à témoigner.

Jean Royer n’assistera pas non plus à l’hommage aux « Justes ». Lui aussi est décédé. Cet ancien marchand de postes de radio d’Epernay a hébergé Alexandre Gruber, un technicien radio de Reims. « Alex » était entré en clandestinité pour échapper aux arrestations de Juifs, aisément identifiables en raison du port obligatoire de l’étoile jaune.

« Il a été un homme »

Daniel Bachet de Reims : « J’ai l’impression de ne pas avoir fait grand-chose ».
Ernest Blaise sera absent également.
La « médaille du Juste » lui a été décernée en 1997 à titre posthume. Secrétaire de mairie à Saint-Nectaire, dans le Puy-de-Dôme, il a fourni de faux papiers et un appartement aux Schydlowsky, une famille juive de Châlons alors « sur-Marne », malgré les risques qu’il faisait prendre à sa propre famille.
Cet ancien officier lorrain a sauvé André Schydlowsky, le père, qu’il avait connu à l’armée pendant la Première Guerre, son épouse et leurs trois fils, Jean, Claude et Roland. Il a sauvé aussi leurs cousins, les Wachsman.

« Il a été un homme au moment où il fallait l’être », avait salué Jean Schydlowsky lorsque la fille d’Ernest Blaise avait reçu la « médaille du Juste » au nom de son père.

Francis Dujardin

32 dans la région

32 « Justes » sont actuellement recensés en Champagne-Ardenne et en Picardie, selon le comité français pour Yad Vashem.
Ils sont actuellement 2.725 en France où leur nombre augmente d’une centaine par an.
Ils étaient 21.310 au total dans le monde en janvier 2006.

La France comptait à cette date le plus grand nombre de « Justes » après la Pologne (5.941) et les Pays-Bas (4.726). 410 Allemands se sont vu décerner le titre, dont l’industriel Oskar Schindler, qui réussit à sauver près de 1.200 Juifs promis à la mort et qui a été immortalisé par le film de Steven Spielberg « La Liste de Schindler ».

Le titre de « Juste parmi les Nations » est décerné depuis 1963 par le Mémorial Yad Vashem de Jérusalem aux non-Juifs qui ont aidé des Juifs en danger pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Il est attribué sur la foi de déclarations des personnes sauvées ou de témoins oculaires et documents fiables.

Voici la liste actuelle des « Justes » de la région :

  •  Dans la Marne : Daniel Bachet, Aimée-Marie Lallement, André et Lucienne Laurent, de Reims. Jean Royer, d’Epernay ; Jean Renou, de Dormans.
  •  Dans les Ardennes : Jeanne, Denise et Georges Wimart, de Fraillicourt. Daniel et Juliette Brunet, de Faux. Alice Laroche-Ficher, de Wadelincourt.
  •  Dans l’Aisne : Henri et Jeanne Cholet ; M. et Mme Eugène Bouchard ; Jeanne Jauquet, tous de Soissons. Joseph et Louise Rasseuneur, de Courmont.
  •  Dans la Somme : Angélina Leveugle et Madeleine Michelis d’Amiens. Paul et Palmire Béal, de Bouquemaison. Pierre Couvret-Damevin, de Valloires ; Roger et Victorine Grain, de Nesle ; Clovis, Blanche et Jacques Hubert, de Bouzincourt ; Charles et Marie Monnier, de Beauchamps. Alice Rosensthiel, d’Ailly-sur-Somme.

    F.D.

  • Lien interne : Les « Justes » au Panthéon : de "Chambon-sur-Lignon" à "Lidice" par "Chabra et Chatila"

    Lien externe : CRDP de l’Académie de Reims.