Fernande Servagnat, grande résistante, n’est plus
mardi 26 décembre 2006

Nous reproduisons ici l’article tel qu’il est paru dans le journal « l’union » du samedi 23 décembre 2006.

Fernande Servagnat n’est plus

C’est une femme d’honneur, une grande résistante, une conscience intellectuelle et morale douée d’un bel esprit humaniste et républicain qui vient de nous quitter.

Fernande Servagnat était commandeur de la Légion d’honneur, titulaire de la croix de guerre avec palme et de la Médaille de la Résistance.

Fernande Servagnat était la veuve du colonel Pierre Servagnat, commandant des FFI de l’arrondissement d’Epernay. Ses états de service témoignent combien son engagement dans la clandestinité a été intense et combien elle a su faire preuve de sang-froid et de courage. Elle n’en tirait aucune gloire et avec son regard clair et profond elle n’admettait qu’avoir fait son devoir d’épouse, de mère et de citoyenne. Elle confiait avoir mené : « une vie intéressante » et demeurait à la fois passionnée et inquiète des évolutions du monde d’aujourd’hui.

Une vie sparnacienne

D’origine belge, Fernande Servagnat s’installe en 1938 à Epernay. Cette femme cultivée, parlant couramment plusieurs langues étrangères est remarquée pour ses qualités humaines, sociales et la pertinence de ses analyses. L’armistice est pour elle et son mari, une honte et d’un commun accord, ils refusent de se soumettre et de participer à l’affaissement de la France.
Dès 1941, passent par sa maison des personnalités qui constituent l’ossature de Ceux de la Résistance.
Elle ne se contente pas de les accueillir.
Elle agit.
Son domicile devient aussi un lieu de passage pour des aviateurs alliés tombés en Belgique, dans l’Aisne, les Ardennes et la Marne. « J’aurais bien voulu me rendre en Grande-Bretagne, mais le deuxième bureau jugeait que Pierre serait plus utile en zone occupée. Il n’était pas question que je le laisse. »

Le convoi des trente-cinq mille

Si Pierre Servagnat échappe à la gestapo, ce n’est pas le cas de Fernande. Elle est arrêtée en décembre 1943. Son dernier garçon n’est âgé que de quatre mois. Au secret pendant trois mois à la prison de Châlons-sur-Marne, elle est transférée à Laon puis à Romainville avant d’être déportée à Ravensbruck. Elle en parlait avec dignité et gravité. « En arrivant au camp, ce qui m’a frappé, ce sont les milliers de femmes émaciées portant des robes rayées et dont le regard était vide. »

Elle subit la déshumanisation réservée par les nazis aux déportés. Elle souffre, s’affaiblit ne désespère jamais. A son retour ses enfants ne la reconnaissent pas. Elle s’engage alors dans les œuvres sociales de la Résistance et dans la vie associative du monde combattant.

Il y a peu, elle résumait ainsi Ravensbruck : « L’horreur du camp m’a permis de découvrir l’être humain dans ce qu’il a de plus mauvais et de meilleur. Finalement je ne regrette pas. J’ai tant appris. » Sa fidélité en amitié était aussi exemplaire comme peut en témoigner une autre grande dame de Résistance, déportée comme elle à Ravensbruck, Yvette Lundy.

Les obsèques de Fernande Servagnat auront lieu le mercredi 27 décembre à 14 heures en l’église de Sermiers. A sa famille, l’union présente ses condoléances du cœur.

Hervé Chabaud

Liens externes :
CRDP de Reims : Histoire et mémoire de la 2e guerre mondiale Ressources documentaires marnaises
CRDP de Reims : Le Monument aux martyrs de la Résistance d’Épernay
CRDP de Reims : La naissance et l’implantation des mouvements de résistance dans la Marne