Agent orange, dioxine et leurs conséquences
jeudi 14 septembre 2006

Agent orange, dioxine et leurs conséquences

Le docteur Nguyen Van Tuan, qui a été personnellement témoin des épandages de défoliants effectués par l’aviation américaine entre 1961 et 1971, a publié tout récemment, en janvier 2006, un livre sur les conséquences de l’agent orange et de la dioxine.

Il fait le point sur le déroulement de cette guerre chimique, la première de cette ampleur dans l’histoire de l’humanité. Se limitant strictement au domaine médical relevant de sa compétence, avec beaucoup de courage et de lucidité, il fait la synthèse de toutes les études scientifiques qui ont été menées à travers le monde sur les dangers de la dioxine ; il évoque la catastrophe de SEVESO, en Italie en 1976, les enquêtes sur la santé des ouvriers qui ont travaillé dans les usines fabriquant des défoliants en Allemagne, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, les études réalisées à propos des anciens combattants américains qui ont participé aux épandages et en ont subi les méfaits. Il n’hésite pas à rejeter les recherches qui lui semblent dépourvues de valeur scientifique, trop limitées, sans méthode d’analyse.

Un bilan dramatique

En retenant seulement ce qui est confirmé de façon incontestable par la communauté scientifique mondiale, il trace un bilan qui est néanmoins dramatique. Il regrette que les études ciblées sur la population vietnamienne aient été trop tardives et souvent limitées pour des raisons financières. Mais il considère que les Vietnamiens qui ont vécu plusieurs dizaines d’années et vivent encore dans un environnement profondément pollué par la dioxine ont nécessairement subi à un taux très élevé les maladies, les cancers, les malformations congénitales de la descendance qui ont été relevés chez les vétérans américains qui n’effectuaient que de courts séjours au Vietnam et dans des conditions médicales et sanitaires privilégiées.

En dépit de sa sérénité d’homme de science, on le sent indigné de constater que les autorités américaines ont accepté les conclusions de leurs chercheurs et indemnisé leurs vétérans victimes d’un certain nombre de maladies et de cancers ainsi que leurs enfants victimes de cancers et de malformations, alors qu’elles se refusent à être responsables en quoique ce soit pour ces mêmes maladies et ces mêmes cancers qui frappent la population vietnamienne victime, exactement dans les mêmes conditions, de la dioxine contenues dans les défoliants.

Ce livre vient à point au moment où se déroule à New York un procès intenté par des victimes vietnamiennes contre les sociétés internationales qui ont fabriqué ces défoliants dont elles connaissent depuis le début la nocivité.

Il conforte aussi l’ARAC et le Comité du Village de l’Amitié qui ont lancé une campagne de pétitions pour stigmatiser l’attitude américaine.

C’est aussi un argument précieux pour le mouvement qui se dessine maintenant dans l’opinion publique internationale pour forcer les autorités américaines à reconnaître leur responsabilité directe dans les conséquences de ces épandages sur la santé et l’environnement au Vietnam et à décider enfin d’accorder à ce pays une juste réparation.

Alain RICHARD

Vous pouvez vous procurer ce livre à l’Association des Vietnamiens de France, 16 rue du Petit Musc, Paris 4e, au prix de 12 €.