90e anniversaire de la création de l’ONAC
mercredi 5 juillet 2006

Le mouvement anciens combattants célèbre, cette année, le 90e anniversaire de la création de l’ONAC, en 1916, et l’ARAC le commémorera en octobre prochain, à l’occasion de la réunion de son Conseil national, autour du 90e anniversaire de l’attribution du prix Goncourt à Henri Barbusse, pour son livre « Le Feu, journal d’une escouade ».

Nous publions ci-dessous quelques extraits de l’allocution prononcée dans le cadre du 90ème anniversaire par André Fillère, administrateur national de l’ONAC, à l’occasion de la mise en place des comités départementaux des jeunes auprès de l’ONAC.

« (…) Mémoire et solidarité, telle est la devise de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (l’ONAC), une devise inséparable et complémentaire des valeurs et des idéaux de la République. Une devise née du plus terrible drame que les hommes et les peuples puissent être amenés à jouer et à subir : la guerre.

En 1914, sûrs de leur bon droit et de la force de leurs armes, des hommes jeunes sont partis la fleur au fusil, pour une guerre qui devait être fraîche, joyeuse et rapide. A peine un an plus tard, sur le sol de la France envahie, des hommes épuisés devaient s’arracher de tranchées boueuses et sanglantes, franchir des barbelés, courir et tomber sous la mitraille, les obus pour franchir d’autres barbelés, sauter dans d’autres tranchées et tuer ou être tués, à la baïonnette.

La France, non préparée à ces massacres, voyait revenir par dizaines, voire centaines de milliers en 1916, ces poilus blessés, malades, infirmes, amputés et choqués par les horreurs de la guerre, tels que les faisait vivre et mourir Henri Barbusse, écrivain combattant, dans son livre « Le feu, journal d’une escouade », prix Goncourt de littérature 1916.

A la fraternité du front et des tranchées il fallait alors substituer la solidarité d’une République reconnaissante. (…) C’est ainsi qu’à Lyon, où étaient rassemblés la majorité de ces malheureux, allait naître la première école pour la rééducation professionnelle des mutilés, en 1915.

Et c’est encore à Lyon qu’était créé, le 2 mars 1916, l’Office national des mutilés et reformés de guerre, chargé de répondre à l’urgence des souffrances physiques et morales. (..) En 1916, il y avait tant à faire, car la guerre à mener, dévoreuse d’hommes, laissait à la dérive des veuves et des orphelins. En 1917, allait donc naître un autre organisme : l’Office national des pupilles de la nation chargé de remédier à la situation de milliers et de milliers d’orphelins et d’orphelines de guerre.

Puis en 1926, la guerre terminée et les droits des anciens combattants et victimes de guerre ayant été officiellement reconnus par la loi du 31 mars 1919, un nouvel office fut créé, l’Office du combattant, pour faire face aux besoins généraux des survivants, des rescapés et des familles.

En 1935, les trois offices se fondirent en un seul et, à partir de 1946, il y a donc 60 ans, il prit définitivement le nom que nous lui connaissons aujourd’hui. Celui d’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre.

Pourtant, il ne suffit pas de réparer, il faut aussi garder présentes en mémoire les causes des guerres, pour - les connaissant - tenter d’en éviter le retour (…) On sait, hélas, depuis « que le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde » comme l’a écrit le dramaturge antinazi Berthold Brecht.

Et nous, les anciens combattants et victimes de guerre qui sommes ici aujourd’hui, notre mission est d’en témoigner auprès de vous. (. • .) pour que vous puissiez bâtir votre présent, notre présent, et votre futur en paix, dans la liberté, l’égalité et la fraternité des hommes et des peuples de cette terre.

(…) Voilà ce à quoi nous vous invitons à travailler avec nous, ce à quoi nous voulons vous associer, jeunes gens et jeunes filles, en ce 90e anniversaire de la création de l’ONAC. Car, ainsi que l’écrivait Henri Barbusse dans « Clarté » en 1919 : « Quel que soit l’espoir, si on ne le mettait pas dans la jeunesse, où le mettrait-on ? »

André FILLERE