Enquête clandestine sur l’apartheid cubain (ou les truqueurs masqués de Canal +)
samedi 25 mars 2006
L’émission « 90 minutes » du lundi 9 janvier 2006, 22 h 20, sur Canal + est un monument de lourdes contradictions pimentées de purs mensonges, de parti pris fielleux, de hargne, le tout, par bonheur, mâtinée de bêtise.
Opter pour la caméra cachée était à la fois un moyen de dramatiser d’emblée et de poser qu’il n’était pas possible de faire autrement, alors qu’on ne compte plus les reportages critiques ouvertement tournés à Cuba sans contrainte.

Et que dire de la pitrerie du floutage des images ? Tantôt elles sont claires pour des Cubains contestataires, tantôt elles sont brouillées (parfois symboliquement).

L’équipe de Canal + a choisi de ne rencontrer que des Cubains hostiles à leur gouvernement avec une prédilection marquée pour des marginaux, des trafiquants, des voleurs, des délinquants, des prostituées, des oisifs.

Le mur de l’apartheid rhétorique de ce film manichéen divise Cuba en deux. Une partie minuscule et belle est réservée aux touristes et tout le reste, sordide, jusque dans les images filmées, est un cloaque de misère et de tyrannie, un immense repaire de voyous et d’opposants. Les citoyens qui soutiennent la Révolution n’apparaissent pas une seule fois. Il n’y en a donc aucun.

A Santa-Clara, les journalistes se sont livrés à des tentatives de manipulation d’un enfant de six ans, avant d’essayer vainement de provoquer un incident avec un policier. La « libreta », qui assure la répartition équitable de la nourriture, est décrite comme un moyen de « contrôler la consommation des familles ». L’école servirait avant tout à endoctriner les enfants. Castro est accusé de s’être emparé avec sa famille de la plus grande source de revenus de l’île (le tourisme).

La bêtise atteint son sommet quand le reportage nous apprend que « l’armée obéit au gouvernement et la police aussi », que « Castro, encore vivant » (sic) mais très malade » fait des discours de cinq heures dont deux sont consacrées à « vendre » aux ménagères des autocuiseurs « gratuits » (textuel !).

La présentation de la loi cubaine sur le parasitisme social est tronquée afin d’en prouver le caractère liberticide.

Le reportage déplore vivement ce que chacun trouverait normal chez nous : les personnels des hôtels ne se baignent pas avec les touristes et ne mangent pas la langouste avec eux.

Pour la voix off, le blocus n’existe pas car « depuis 2002, Cuba a acheté pour plus d’un milliard de dollars de produits agroalimentaires aux États Unis » (ce qui représente un apport de 0,062 dollar par jour par Cubain !). L’émigration, commune à tous les pays pauvres, est ici décrite comme toujours politique. La voix off affirme : « Un million ont fui Cuba par tous les moyens ». Alors que l’écrasante majorité des émigrants a quitté l’île en vertu d’accords migratoires avec les USA.

Le détournement d’une barge par onze pirates (arrêtés, jugés en un procès public) dont trois ont subi la peine capitale est décrit ainsi : « En 2003, trois Cubains détournent un ferry. Castro ordonne leur exécution quelques jours plus tard. »

Les contacts entre Cubains et touristes sont dits interdits, affirmation que le film dément lui-même involontairement dans plusieurs séquences. Un « témoin » assure que les Cubains sont essentiellement occupés à voler et un autre qu’ils « passent plus de 90 % de leur temps à chercher comment se nourrir, se soigner, ou se transporter. »

On terminera sur la dernière filouterie de Canal +. Le Monde du 10 février 2004 nous avait informés sur « les 36 points » d’un programme « destiné à amorcer la transition à Cuba » présentés par l’association Todos Unidos et diffusés par Sin Visa.
Mais Canal + nous a caché qu’un des réalisateurs figurant au générique, Jorge Massetti, est un Cubain exilé en France, lui aussi ancien agent « retourné » des services secrets cubains, animateur de « Todos Unidos », lié à Elizardo Sanchez et époux de l’animatrice de Sin Visa, Illeana de la Guardia, organisatrice de manifestations anti-cubaines en Europe.

Libre à Canal + de choisir des collaborateurs tout entier dévoués à un combat partisan pour renverser un gouvernement. Mais le taire, c’est abuser les téléspectateurs qui, d’un bout à l’autre de ce film, auront été méprisés et trompés.
C’est le parfait exemple d’un journalisme, d’imputation et d’amputation, de combat idéologique forcené déguisé en information, de manipulation, de mensonges triomphants et masqués qui passent à l’antenne.

Claude DELEVACQ.

Source : Le Réveil des Combattants N° 715-716 février-mars 2006