Nous avons reçu de Monsieur Jacques DELFERRIERE, de Bourgoin-Jallieu, le texte ci-dessous qui accompagnait une « recherche de tous renseignements ou photos sur la remise du drapeau au 306 RI en 1945 ». Nous lui transmettrons tout document qui nous serait transmis à arac51@arac51.com.
Nous le remercions pour cette intéressante histoire.
ODYSSEE DU DRAPEAU DU 306ème REGIMENT D’INFANTERIE en 1940
Le train de combat du 306ème RI se trouve dans la région de Saint-Seine-l’Abbaye lorsque les Allemands lui coupent la retraite le 18 juin vers 16 heures ; ordre étant donné de déposer les armes, les débris du régiment partent en captivité.
Le Lieutenant-colonel PUIREUX et le Lieutenant FREY, officier des détails, prennent un risque considérable, le premier conservant la cravate du drapeau dans sa sacoche, le second la soie dans sa musette.
Près du village de Bordes-Bricard, devant la perspective d’une fouille, le drapeau est caché dans une haie où le trouvera M. BOSSET, du village de TROUHAUT. Ce brave homme le dissimulera chez lui dans une armoire à linge.
Le Lieutenant-colonel PUIREUX glissera la cravate dans les habits sacerdotaux du curé de LICHERES(89) dont l’église sert de camp de prisonniers provisoire ; la bonne du curé, Mme Bonnet, l’enfermera dans un bocal à conserves qu’elle enterrera dans le jardin du presbytère.
En 1941, le Lieutenant LAURENT récupérera cravate et drapeau, qui seront confiés au Capitaine LATARGET à Reims puis à l’abbé VATEL, chef d’Etat Major du 306ème RI et curé d’AVIZE.
Arrêté par la gestapo en juillet 1943 et incarcéré pendant trois semaines l’abbé VATEL tremblera pour le drapeau cousu dans un coussin, mais les allemands ne le trouveront pas.
Ref : Roger Bruge : Le Mois Maudit, p 176
Le 306ème Régiment d’Infanterie de Reims, parti de Thionville depuis 3 jours, marche vers le sud pour éviter l’encerclement ; c’est trop tard !…, la nuit tombe et à l’aube du 18 l’étreinte se resserre.
A 14 heures, le Lieutenant-colonel PUIREUX, commandant le régiment réunit ses officiers et ses hommes dans un clos. Pour la dernière fois les honneurs sont rendus au drapeau. Une très vive émotion étreint tous les assistants qui déposent leurs armes en pleurant. Puis le drapeau est séparé de sa hampe. Le Lieutenant-colonel PUIREUX conserve la cravate et le Lieutenant FREY enroule l’emblème autour de son corps.
A 15 heures, désarmés, entourés de soldat Allemands, les éléments du régiment sont faits prisonniers.
Sur la route, la colonne de prisonniers s’allonge à perte de vue. Accablés par le sort, les soldats de nombreux régiments avancent, tête basse, vers un camp de concentration.
Au milieu de la colonne un groupe d’officiers : l’Etat major du 306ème R. I…
A 27 Km de Dijon, à TROUHAUT la colonne s’arrête. On fait mander au château voisin, pour interrogatoire, le Lieutenant-colonel PUIREUX qui s’adjoint le Capitaine LATARGET comme interprète.
Profitant de ce répit, le Lieutenant FREY s’engage dans un épais fourré, là, fébrilement, il enfouit l’emblème du régiment, puis vient rendre compte de ses actes à ses chefs.
20 Juin 1940. La colonne marche toujours, elle se trouve à Lichères. Les officiers prisonniers couchent dans l’église. Le Lieutenant-colonel PUIREUX réussit à déposer la cravate dans le tiroir d’une commode de la sacristie en y joignant une note manuscrite la plaçant sous la sauvegarde du curé.
Juillet 1941. Rentré en congé de captivité le Capitaine LATARGET fait effectuer des recherches par son neveu le Lieutenant de réserve VENUIN de Dijon. Celui-ci apprend qu’un brave homme de TROUHAUT, M. BOSSET, en élaguant une haie, a découvert le drapeau en Novembre 1940 et l’a soigneusement rangé dans son armoire.
La cravate trouvée dans le tiroir par Mme BO…. avait été placée dans un bocal à conserves, enterré dans le jardin du presbytère de Lichères (89). Ainsi la trace des précieuses reliques n’était pas perdue.
Août 1941. Grande réunion d’athlétisme à Dijon à laquelle des rémois participent ; parmi ceux-ci, le Lieutenant LAURENT du 306ème RI. Il vient courir dans la capitale de la Bourgogne mais aussi remplir une mission. Arrivé à Dijon le Lieutenant file à bicyclette vers Trouhaut et Lichères et prend possession du drapeau et de la cravate. Il rentre à Reims discrètement ceint du plus beau trophée dont un athlète peut rêver.
L’emblème est remis au Capitaine LATARGET. En Avril 1943, à son retour en zone occupée, le Colonel PUIREUX qui s’est évadé en prend possession.
Mais la gestapo veille ; elle perquisitionne chez les officiers. Le colonel PUIREUX, pour sauver le drapeau des mains sacrilèges, le confie au Capitaine VATEL de son régiment, curé-doyen d’Avize. Hélas ! Le capitaine VATEL est emprisonné 3 semaines pour avoir favorisé des résistants. Fort heureusement il avait eu l’idée de dissimuler son précieux dépôt dans un coussin ; il échappa ainsi aux minutieuses perquisitions effectuées par la gestapo.
Août 1944. La Libération, cette fois le drapeau est sauvé !
Bientôt, il claquera au vent, glorieusement. Symbole de la Patrie, il suscitera encore chez les soldats cet amour des couleurs dont les officiers ci-dessus nommés ont fait un si bel exemple. Ils ont dédaigné les risques, agit pour que l’ennemi ne puisse s’enorgueillir de la prise d’un emblème derrière lequel le 306ème RI a toujours marché sur le chemin de l’honneur et dans le respect des traditions militaires.
N’est-ce pas de l’histoire que celle si belle du drapeau du 306ème RI ? Et comme tous ceux qui ont permis à ce régiment de le sauvegarder portent les plus chaleureuses félicitations.
Le 13 Sept 1945, à 14h30, à Avize l’emblème du 306ème RI sortira de l’ombre ; il sera remis, avec tout l’apparat désirable, aux chefs du régiment devant les sociétés des mutilés et anciens combattants et les « Anciens » du 306ème RI de la région.
J’ai contacté Mme Bosset à Trouhaut, c’est la fille de Mr Bossu qui, lui, est décédé ; elle m’a dit que son père ne lui avait jamais parlé de cette histoire ; les anciens du village ne la connaissait pas eux non plus. Il est impossible donc de connaître l’endroit exact où l’emblème fut retrouvé. Je précise que ce fut à Trouhaut et non à Bordes-Bricard comme indiqué par Mr Bruge car ce hameau, dépendant de St Martin du Mont situé à 5 Km de Trouhaut, ne possède pas de château.