Nous reproduisons ici la série d’articles tels qu’ils sont parus dans le journal « l’Union »
En cette année du 90e anniversaire de l’armistice, l’union évoquera chaque dimanche les derniers combats décisifs de la Grande Guerre dans la région. L’occasion de revivre l’enfer des poilus et d’évoquer leur courage.
APRÈS l’attaque foudroyante du 27 mai 1918 au cours de laquelle, les troupes allemandes d’assaut reprennent le Chemin des Dames, le front est désarticulé. Les généraux Foch et Pétain valident un repli ordonné des troupes pour prévenir l’encerclement et une débâcle ouvrant les portes de Paris.
Le général Duchêne, qui a maintenu le dogme du combat nécessaire en première ligne, constate le désastre.
Les convois d’artilleries se succèdent vers le front.
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Si la nuit du 27 au 28 août est calme, la 7e armée du général von Boehn, forte de 42 divisions stationnées entre Noyon et Berry-au-Bac, entreprend un mouvement avec ses six corps d’armée.
L’ennemi parie sur son artillerie qui est poussée en avant pour garantir un appui feu lors des prochaines étapes de son avancée.
Les Français s’efforcent d’organiser des lignes de défense à même de ralentir les troupes allemandes.
De Leuilly à la Celle-sur- Aisne, mais aussi entre Courcelles et Magneux dans la banlieue de Fismes, les Français et les Anglais reconstituent la deuxième ligne qui, de Maizy, court vers Saint-Thierry aux portes de Reims.
Cette volonté ne suffit pas à établir de vrais points défensifs. Dès le lever du jour, l’offensive ennemie reprend de plus belle.
Le 28 à 10 heures, les défenseurs de Fismes sont pris à partie par les vagues d’assaut de deux divisions qui essaient de les encercler.
L’ennemi a franchi la Vesle en plusieurs points. Pétain ne veut rien savoir et ordonne à Duchêne de tenir cette ville-clé sur l’axe Reims-Soissons.
Il est déjà trop tard. Les soldats allemands occupent les hauteurs de Ventelay. Cet échec confirme l’effondrement du centre de la 6e armée du général Duchêne.
Même les combats héroïques conduits par les coloniaux à Jonchery-sur-Vesle ne font que ralentir la poussée inexorable de l’ennemi.
Le 29 mai, malgré les efforts de résistance de Braine jusqu’aux entrées de Soissons, les Allemands entrent dans la ville ravagée par plusieurs incendies.
Les tranchées sur le sommet du plateau de Craonne.
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Et d’ajouter : « Nous sommes obligés de laisser tous nos blessés que nous abandonnons à regret ».
L’état-major monte une contre-attaque depuis la Montagne de Paris à deux kilomètres au sud-ouest de Soissons, mais les ordres ne parviennent pas à toutes les unités.
A Montigny-Lengrain, le capitaine Adam réorganise dans l’urgence son bataillon qui ne compte plus que 230 hommes sur 700 ! : « Nous nous croyons revenus aux premiers jours de la guerre de 1914 ».
Et l’officier de confier dans une lettre à ses parents : « Je n’avais encore jamais enduré des fatigues et des privations aussi longues et je n’avais jamais encore été soumis à une tension nerveuse aussi prolongée ».
Hervé Chabaud
Le haut commandement reprend la situation en main dès le 29 mai et pèse sur l’organisation de la bataille.
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La première urgence est de conduire des choix tactiques et de placer des unités fraîches sur les flancs du front enfoncé. Face à la forêt de Retz dans le sud de l’Aisne et sur la Montagne de Reims, il faut reprendre l’initiative et interdire les routes qui conduisent à la capitale via la vallée de la Marne par Epernay et Dormans ou dans l’Omois depuis Château-Thierry.
Encore faut-il convaincre l’état-major que l’ennemi va porter son effort sur la Marne. Paris est désormais le seul objectif du quartier-maître général allemand Erich Ludendorff.
Pas si simple lorsqu’on sait que les soldats allemands foncent sur l’Ourcq, que le Tardenois est sans résistance et que seule, la poche franco-britannique du massif de Saint Thierry tient ses positions. Il est temps de conduire la bataille comme le suggère le général Degoutte, le commandant du 2ème corps.
Ce que Georges Clemenceau ne manque pas de répéter au général Duchêne commandant la 6e armée à son PC d’Oulchy-le-Château.
27 mai 1918 à 1 heure : 1150 batteries allemandes d’artillerie pilonnent le Chemin des Dames.
27 mai 1918 à 5 heures : les troupes allemandes montent à l’assaut des lignes françaises bouleversées.
27 mai 1918 à 6 heures : la grosse Bertha bombarde Paris. Les blessés sont transportés au lycée Lakanal.
27 mai 1918 à 8 heures : la progression de l’ennemi est générale
27 mai 1918 en soirée : le front est déstructuré de Reims jusqu’à Vailly-sur Aisne.
28 mai 1918 à 7 h 30 : Fismes est attaquée.
28 mai 1918 à 9 heures : les colonnes allemandes fondent depuis Margival et Vauxaillon.
28 mai à midi : les Allemands franchissent la Vesle.
29 mai 1918 vers 10 heures : le général Micheler prend sous son autorité toutes les unités qui combattent face à Reims. La résistance franco-britannique sur le massif de Saint-Thierry s’avère efficace.
29 mai 1918 : Georges Clemenceau et le général Mordacq sont sur le front et font une halte à Fère-en-Tardenois.
29 mai 1918 : prise de Soissons par l’ennemi.
30 mai 1918 : l’offensive allemande prend une nouvelle tournure avec une bataille essentielle entre l’Aisne et la Marne.
31 mai 1918 : prise de Neuilly-Saint-Front.
1er juin 1918 : la ligne de front atteint Dammard, Bussiaires, Etrepilly.
Clemenceau ne veut pas évacuer Paris. Il résiste aux députés et obtient une large majorité lorsqu’il s’engage à tenir le front.
Château-Thierry : le pont sur la Marne a sauté
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Généraux en pleine conversation devant une pièce d’artillerie.
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Depuis Ypres, la peur de l’emploi du gaz est une réalité.
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Bien régler le tir pour lui garantir un maximum d’efficacité.
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Le 7 juin, les avions ennemis sont nombreux et les soldats font tout pour ne pas être repérés alors qu’ils doivent consolider au plus vite leur ligne de défense.
Lorsque le patron du 403e RI vient visiter le lendemain le secteur tenu par ses fantassins, il demande si les bataillons peuvent soutenir une attaque allemande.
Le capitaine Adam lui répond : « J’espère que oui, mais je n’en suis malheureusement pas sûr, surtout si l’ennemi fait une préparation d’artillerie un peu sérieuse. Mon bataillon est très fatigué. Je crains que les hommes n’aient plus le courage ni l’énergie de résister à une attaque en force. La plupart des anciens gradés sont tombés. Les nouveaux ne connaissent pas les hommes et réciproquement car il a fallu constituer hâtivement sections et compagnies. » L’officier s’inquiète aussi que des fusils mitrailleurs détériorés et des mitrailleuses perdues n’aient pas été remplacés.
Il conclut : « Il est de mon devoir de vous signaler le danger qu’il y a à vouloir maintenir si longtemps en première ligne une troupe aussi diminuée physiquement et moralement. » Le diagnostic est pragmatique et franc.
Il témoigne aussi de l’incapacité pour les divisions engagées d’obtenir des renforts. Pour les soldats de la 151e RI, le fait de savoir les Allemands à Château-Thierry est un coup dur.
Le 8 juin à l’heure du souper, l’ennemi déclenche un puissant bombardement.
Une pluie d’obus de 210 et de 350 dévaste les positions. Au bout d’une demi-heure, le tir est stoppé mais les vagues d’assaut de l’ennemi surgissent sans attendre.
C’est la panique et des soldats s’enfuient. Les officiers ont le plus grand mal à rétablir le calme. Adam impressionne, revolver au poing : « Le premier qui recule, je lui brûle la cervelle. » Le lieutenant Dubois n’est pas en reste : « Halte, face en avant, en tirailleurs, couchez-vous et tirez. »
Les fantassins ennemis sont à cinquante mètres ! La ligne de défense est réorganisée tant bien que mal.
Adam est satisfait de cette reprise en main lorsqu’il ressent une violente douleur au pied droit.
Du sang gicle de son soulier. Pas le temps de se faire soigner.
Il faut contre-attaquer au plus vite avec le renfort d’une compagnie du premier bataillon pour reprendre les positions abandonnées.
Encore faut-il que l’artillerie emploie ses 75 de manière à entretenir un rideau de feu entre les fantassins ennemis et leurs colonnes d’approvisionnement.
La situation est rétablie mais les Français sont à la merci d’une nouvelle poussée allemande. Adam se fait évacuer vers le poste de secours.
On juge que son état exige une évacuation.
Bientôt il se retrouve à l’hôpital de Royallieu puis est envoyé au centre de tri des blessés de Senlis après avoir eu droit à un verre de lait, un morceau de pain et de fromage. Du côté du 201e, les nouvelles ne sont pas excellentes.
Le régiment a quitté Sept-monts pour occuper Vierzy.
Après d’âpres combats, les hommes retraitent jusqu’à Vaux-Castille puis le 4 juin ils se reconstituent à CoyoIles avant d’aller occuper des positions à hauteur du village de Longpont où depuis les bois ils aperçoivent les ruines de l’abbaye cistercienne.
Hervé Chabaud
Malgré le succès obtenu sur le Chemin des Dames et la progression entamée dans la région rémoise, le prince Rupprecht de Bavière, qui mesure le moral des troupes allemandes, presse le chancelier de chercher une solution négociée à la guerre.
Les soldats accumulent de la fatigue et ne semblent pas mesurer l’importance stratégique et tactique des gains obtenus.
En outre, les ravitaillements en munitions deviennent irréguliers et les insuffisances de l’intendance sont relevées. Pour approcher du front, l’ennemi ne dispose que d’une ligne de chemin de fer à voie unique.
Le 3 juin, pour faciliter la noria de matériel, un bataillon allemand franchit la Marne vers Condé mais les Français et les Américains le repoussent. Le général Foch décide dans le même temps d’engager sur le flanc de l’ennemi la Xe armée qu’on lui promet, soutenue de renforts anglais et américains.
Le haut commandement allemand s’interroge sur la nécessité de poursuivre les assauts et est prêt à opter pour l’organisation défensive des terrains conquis en utilisant les prisonniers.
Paul Frot, qui est sorti de l’hôpital complémentaire n° 16 à Poitiers où il a été soigné pour une laryngite et une forte conjonctivite, induite par les gaz, puis une grippe, repart pour le front.
Le 30 mai, il quitte Paris en prenant un train en gare de l’Est afin de rejoindre son unité, le 166e Ri qui stationne dans le secteur de Verdun. La ligne Paris, Château-Thierry, Epernay. Châlons- sur-Marne et Vitry-le-François est coupée en raison de l’avance de l’ennemi.
L’officier d’infanterie doit rebrousser chemin et est dirigé vers Sézanne. On l’envoie ensuite sur Gretz pour rallier Troyes puis atteindre Vitry-le-François.
Il y apprend que des avions ennemis survolent de nuit la cité.
La nuit du 31 mai au 1er juin est très inconfortable.
Il gagne alors Saint-Dizier où il est rhabillé de neuf au camp dé Tambourine, vaste cantonnement de ’baraques confortables : « Je retrouve par hasard l’adjudant Duffaut connu à Saint-Maixent et dont le régiment a quitté Verdun pour faire mouvement vers le Soissonnais où rien ne va plus. »
Clemenceau ne veut pas évacuer Paris. Il résiste aux députés et obtient une large majorité lorsqu’il s’engage à tenir le front.
Le ravitaillement de l’artillerie dans la région de Reims se fait par ce chemin de fer à voie étroite.
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Les Français prêts à venir en appui des Américains avec de l’artillerie.
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Au bois Belleau, les soldats américains commémorent toujours, comme en mai dernier, le Memorial Day.
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Les opérations des divisions américaines en juin et juillet dans le secteur du bois Belleau.
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Les Français, qui ont perdu le saillant défini par le triangle Reims, Château-Thierry, Soissons, ont un impératif besoin des Américains pour verrouiller la route de Paris.
P OUR éviter le pire, les 2e et 3e divisions américaines sont mises à disposition des Français et arrivent dans le périmètre castel au terme d’une marche forcée. La 2e est déployée au Nord-Ouest de Château-Thierry, dans le secteur de Lucy-le-Bocage pour barrer la route menant à la capitale. Les Allemands lancent plusieurs assauts qui sont repoussés.
Le 4 juin, tous les effectifs sont au contact de l’ennemi dont la progression est stoppée.
Ludendorff veut donner une leçon aux Américains, aussi s’engage-t-il dans une série d’attaques et de contre-attaques particulièrement meurtrières. Le sang-froid des hommes du général Pershing est impressionnant.
Le 6 juin, les Américains de la 2e division montent à l’assaut avec l’appui d’une division française sur leur gauche. La progression atteint sept cents mètres !
Dans l’après-midi, une nouvelle charge est lancée contre le bois Belleau. Elle permet à plusieurs groupes de fantassins de prendre pied dans le bois mais la progression en terrain découvert à l’est de la position entraîne de lourdes pertes.
Ce sacrifice permet de conquérir Bouresches. Les Allemands, surpris par la détermination des bataillons US, tentent à cinq reprises de reprendre le petit village défiguré.
Des combats d’une violence inouïe vont durer plusieurs jours dans le bois. L’infanterie de la 3e division US et les sapeurs de la 2e qui se transforment en fantassins ne cèdent pas un pouce de terrain.
Les 7 et 8 juin dans la partie la plus au sud du bois Belleau, tous les efforts conduits sont vains. Le bois est alors abandonné à l’artillerie qui, le 9, pilonne sans interruption les positions allemandes.
Le 10, les Américains reprennent les anciennes positions abandonnées mais ne peuvent toujours pas progresser.
Pour débloquer la situation, l’état-major allié décide une attaque générale sur le bois Belleau le 11. Les troupes d’assaut s’infiltrent alors dans la partie nord du bois et réussissent à prendre l’ennemi de flanc et par l’arrière.
La réaction allemande est vigoureuse et les combats au corps à corps se multiplient.
Malgré deux puissantes contre attaques, les Américains occupent en soirée totalement la partie sud du bois et entretiennent quelques positions fragiles au nord.
Le 12 juin, la partie nord est ciblée et la bataille est féroce.
Au milieu des obus qui explosent et des mitrailleuses tirant en rafales, les Américains tiennent bon. Les positions qu’ils maintiennent s’avèrent imprenables et sont essentielles pour préparer un puissant bombardement qui est déclenché le 25 juin.
Pendant quatorze heures, les canons alliés tirent sans cesse.
L’assaut lancé à 17 heures est victorieux. Les troupes de la 2e division US assurent l’essentiel du travail, ce qui ouvre le chemin à la conquête du village de Vaux après un nouveau pilonnage infernal le 1er juillet.
La 3e division s’oppose aux Allemands qui depuis le 4 juin tiennent la rive nord-ouest de la Marne jusqu’à Essômes. Les 6 et 7 juin, la 1Oe division coloniale française, qui intègre le 30e régiment d’infanterie US, lance deux attaques depuis Monneaux. Cette poussée est couronnée de succès et permet de se repositionner sur la cote 204.
Les jours qui suivent, la 3e division US conforte ses positions sur un front de huit kilomètres le long de la Marne et organise des raids sur la rive nord pour faire des prisonniers et collecter des renseignements.
Hervé Chabaud
Les marines qui ont occupé une ligne allant de Marigny-en Orxois, passant par le bois de Veuilly pour glisser vers Coulombs en-Valois et Champillon, vont vivre d’intenses combats et être impliqués dans la reconquête du bois Belleau.
Le 2 juin, les marines du 2’ bataillon du Se régiment composé de quatre compagnies de 250 hommes s’enterrent à la lisière du bois de Veuilly jusqu’à Champillon. Deux jours après, comme les Allemands ont pris Bussiares, Torcy, Bouresches et le bois Belleau, on leur demande de se replier.
La réplique est immédiate : « Battre en retraite, mais nous venons juste d’arriver. » La situation est insensée et les Américains tiennent avant tout à s’accrocher au terrain et à démontrer à l’ennemi leur capa cité de combat. Pas question de céder.
A partir du 6, ils participent à la difficile reconquête du bois Belleau puis du 11 au 15 réussissent des miracles et gagnent mètre par mètre du terrain alors qu’ils manquent de nourriture et n’ont qu’une gourde d’eau pour deux jours par soldat.
Ils sont sous la menace permanente des tireurs d’élite de l’en nemi et, sous la chaleur, vivent avec l’odeur insupportable des nombreux cadavres qui ne peuvent pas être inhumés en raison de l’intensité de la bataille.
Dans le secteur de Bouresches, ils sont bombardés ’avec
Dans la nuit du 11 au 12 juin 1918, un puissant bombardement allemand s’abat sur les positions françaises qui sont situées entre l’Aisne et Longpont. L’ennemi emploie une fois de plus les gaz.
Le 12 à 4 heures, ce sont les fantassins de six divisions qui s’é lancent pour briser la ligne de défense française. L’objectif est de faire céder le flanc occidental du saillant de Château-Thierry et de relancer la bataille au sud de l’Aisne. Les Allemands espèrent que sous la menace, les Français vont évacuer leurs positions qui courent de Vic-sur-Aisne jusqu’à l’Oise. Les combats sont effroyables.
La division marocaine doit se replier des ruines d’Ambleny avant que les tirailleurs ne les reprennent. Des groupes de soldats encerclés se battent jusqu’à l’épuisement de leurs munitions.
Le lendemain l’attaque reprend au sud de Saint-Pierre-Aigle.
Bientôt les positions avancées du gouverneur militaire de Paris sur Montgobert sont menacées d’autant que la conquête de la ferme de la Bauve en compromet la cohérence défensive.
Les Français pourtant en manque d’effectifs parviennent à déloger les chasseurs prussiens de la position et à réinstaller leur ligne.
Clemenceau ne veut pas évacuer Paris. Il résiste aux députés et obtient une large majorité lorsqu’il s’engage à tenir le front.
Un minenwerfer que s’apprêtent à employer deux Allemands.
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Des troupes d’assaut ennemies se préparent à l’attaque.
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Les hôpitaux militaires ne suffisent plus pour accueillir les milliers de blessés et de mutiles.
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Un poilu se tient auprès des corps sans vie des soldats adverses.
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Les poilus s’abritent au mieux dans cette tranchée du sud de l’Aisne.
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GEORGES CLÉMENCEAU exige le remplacement de plusieurs généraux après le succès de l’attaque allemande du 27 mai : « 1l faut que les chefs aient le sentiment qu’on ne tolère en ce moment aucune erreur. »
Le 10 juin, le général Pétain est contraint de s’y plier.
Le général Duchêne qui n’a pas pu tenir le Chemin des Dames est relevé de son commandement de la 6e armée et remplacé par le général Degoutte. Si ce limogeage ne surprend pas, il n’en est pas de même pour celui du général Micheler qui a livré une bataille défensive utile et efficace autour de Reims avec la 5e armée.
Il doit céder sa place au général Buat qui quelques jours après est remplacé par le général Berthelot.
Le retour du général Mangin écarté depuis l’échec de Nivelle en avril 1917 alors qu’il était son major général témoigne du choix d’une action offensive. Il rejoint la 10ème armée alors qu’il vient de se distinguer sur le Matz et succède à Maistre qui devient le patron du Groupe des armées du Nord à la place de Franchet d’Esperey.
Toutes ces mutations ne sont pas le résultat de nécessités militaires mais illustrent les tensions et les rivalités à la fois politiques et au sein de l’état-major. Partout on demande des responsables et, même si Clemenceau ne se laisse pas manipuler, il reconnaît le 20 juin que la responsabilité de Pétain dans les déconvenues accumulées ne peut pas être écartée.
Début juillet, plusieurs parlementaires souhaitent qu’une commission composée de généraux, de députés et de sénateurs sanctionne les coupables. L’escalade ne s’arrête pas là puisque quelques-uns suggèrent que les généraux fautifs relèvent d’un tribunal civil ! Foch est embarrassé d’autant que Clemenceau et le Britannique Lloyd George demandent au Conseil de guerre interallié de désigner un comité permanent pour contrôler les choix du généralissime.
Foch s’emporte et obtient gain de cause mais cela confirme qu’aux Allemands, il faut ajouter les ennemis de l’intérieur. Alors que Pétain réclame des renforts pour étoffer la ligne Compiègne Château-Thierry, Foch craint une nouvelle attaque allemande sur le front britannique.
Il abandonne cette hypothèse le 21 juin alors que le front de Champagne à l’Est de Reims est fragilisé et ne possède que huit divisions de réserve dont trois de cavalerie. Il est temps de penser à une contre-attaque efficace.
La 10" armée reçoit l’ordre d’étudier une opération de vaste ampleur pour reconquérir les plateaux situés tant à l’Ouest qu’à l’Est de Soissons. On se préoccupe moins des intentions de l’ennemi pour valoriser une volonté offensive. Le général Degoutte et la 6e armée défendent une opération coordonnée avec la 10". Dès lors, des moyens considérables d’artillerie, de cavalerie et d’infanterie sont amenés dans la forêt de Retz. Tout doit être prêt pour le 14 juillet.
Grâce à nos services de renseignements, Foch acquiert la conviction que l’ennemi va frapper de chaque côté du saillant de Reims Pétain reçoit l’ordre de déplacer vers I’ Est une bonne partie des unités de réserve stationnées entre I’ Oise et la Somme. Clemenceau qui se rend sur le terrain rentre à Paris et confie au général Mordacq : « Nous sommes prêts. Les Allemands ne peuvent pas compter sur le moindre effet de surprise ». La 4e armée du général Gouraud placée entre Reims et l’Argonne ne sera pas la proie facile qu’espère Ludendorff. Le quartier maître général allemand sait son temps compté.
Hervé Chabaud
Commandant le 2e bataillon du 403" RI et blessé près de Soissons lors du coup de boutoir allemand du 8 juin, le capitaine Adam enrage d’être loin de ses hommes et s’inquiète.
L’officier est évacué par le train qui passe par Le Bourget, Noisy-le-Sec, Juvisy, Orléans, Bourges et Nevers.
Il arrive à Autun après vingt-six heures de voyage. Le 12, if écrit à ses parents : « Je sens déjà que mon pied va mieux. Je ne puis évidemment pas m’appuyer sur le bout puisque l’os est à nu sur le côté du petit doigt de pied. Je pense que la guérison sera rapide. Je suis plus utile auprès de mes hommes. »
Son optimisme est tempéré par une réaction au sérum antitétanique. Le 16, il confie aux siens : « J’ai de l’urticaire sur tout le corps et je souffre de démangeaisons intolérables. Il paraît que ces incidents se produisent souvent et peuvent durer trois à quatre jours. »
Le 19, il précise : « Je me suis relevé plus de dix fois la nuit passée pour me lotionner le corps avec du chloral. Je ne bois que du lait, des infusions de tilleul et de chiendent. Quand à mon pied, il ne me fait souffrir qu’après chaque pansement. On me met une pommade pour accélérer la guérison. »
Le 23, il reçoit l’autorisation de marcher avec une large pantoufle mais il lui faut une canne.
Le 1er juillet, il apprend que son régiment est envoyé dans les Vosges.
Depuis le 13 juin, les fantassins du 201` s’interrogent sur la volonté de l’ennemi qui ne tente plus de franchir la lisière de la forêt de Retz. Ses attaques se portent plus au nord dans la région de Coeuvres et surtout au sud sur la Marne où l’on se bat avec acharnement.
Les hommes profitent de cette accalmie pour poser du fil de fer, creuser des tranchées, aménager des abris et des gourbis, reconstruire un PC digne de ce nom.
Tous sont convaincus que les alliés préparent quelque chose mais ils ne disposent d’aucune information sur l’ampleur du mouvement peaufiné en secret par l’état-major.
Le 27 juin, les poilus mènent une brève opération au carrefour de la Croix du Pain Tendre à l’ouest de la ferme de Grille. C’est l’échec puisque les soldats se heurtent à un mur de mitrailleuses. Le 8 juillet, la 23" compagnie commandée par le lieutenant Ragot entame contre la ferme de Grille une opération qui est combinée avec le mouvement du .233e RI qui lui matraque la ferme de Chavigny. Il s’agit de repousser l‘ennemi hors de la lisière de la forêt qu’il tient sur une profondeur d’environ deux cents mètres.
Malgré l’échec, les combats reprennent le 9. Le 10, le secteur doit être confié au 1" zouave mais à 8 h 45, les fantassins du 201 repartent à l’assaut. Ils s’emparent de la corne du bois et talonnent l’ennemi qui retraite jusqu’au carrefour de Corcy. L’ennemi abandonne et repasse la Savière. Le front s’établit le long de la route de Longpont à Corcy. Le 201" laisse alors la place aux zouaves.
La capture de plusieurs soldats allemands confirme l’imminence d’une puissante attaque ennemie le 15 juillet.
Aussi l’alerte générale est-elle transmise sur le front.
Des troupes d’assaut allemandes contre-attaquent.
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Un soldat d’assaut allemand lance une grenade, ses camarades sont tapis prêts à bondir.
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Des troupes d’assaut allemandes avancent en utilisant un lance-flammes.
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Une tranchée allemande bien abritée et fortifiée ou un fantassin ne se fait guère de souci.
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Des soldats allemands progressent sur un chemin de l’Aisne avec du matériel.
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Le général Gouraud obtient les horaires du pilonnage de l’artillerie hostile ainsi que l’heure de l’assaut des fantassins. Sans tarder, les alliés déclenchent des tirs de harcèlement et modifient les positions de plusieurs groupes de batteries pour mieux surprendre l’ennemi.
La 11e armée allemande est la première piégée. Avant même d’avoir tiré ses premiers obus, plusieurs de ses positions d’artillerie sont anéanties ainsi que des dépôts de munitions.
Les pertes sont aussi élevées parmi les bataillons de fantassins rassemblés près de la ligne d’assaut.
Le Kronprinz qui s’abrite alors à Pontfaverger est informé et s’interroge sur les raisons des tirs français. N’a-t-il pas mentionné dans ses mémoires qu’après cette information ses doutes ont augmenté ?
Il maintient l’attaque et déclenche une violente préparation d’artillerie qui, de 0 h 10 à 4 h 40, laboure les positions françaises.
Le Kronprinz se réjouit alors : « de cette symphonie apocalyptique de la destruction ». Il ignore que ce déluge d’acier s’abat sur des espaces qui ont été désertés à la hâte sur ordre de l’état-major du généralissime.
Aussi lorsque, confiante, l’infanterie allemande part à l’assaut, elle est stoppée net par des tirs nourris de mitrailleuses tandis que l’artillerie française intacte conserve une puissance de frappe redoutable.
Vers 8 heures, aucune des troupes d’assaut de l’ennemi n’est en capacité de bousculer ou d’inquiéter la position de bataille alliée à l’est de Reims. Les Allemands qui comptaient sur l’effet de surprise sont déçus.
Ils sont attendus, aussi n’est-il pas question de les laisser élargir leurs positions sur la Marne.
Gouraud s’engage dans une course contre la montre de manière à devancer les initiatives de l’ennemi. Alors que l’artillerie allemande tonne dans la nuit, dès 0 h 05 le 15 juillet des pièces de tous les calibres ouvrent le feu depuis l’est de Château-Thierry jusqu’au sud-est de Reims.
Le ciel s’embrase et l’intensité du pilonnage est telle qu’on l’entend jusque dans le Loiret !
Vers 2 heures, quelques groupes entament le franchissement de la Marne puis, vers 3 h 30. ce sont quinze divisions qui sont engagées sur un front d’une quarantaine de kilomètres, qui va de Mont-Saint-Père dans l’Aisne jusqu’à la côte de Bligny sur la route menant de Reims à Dormans.
Sur la Marne, l’axe d’attaque fait une vingtaine de kilomètres entre les communes de Gland jusqu’à Mareuil-le-Port, une bourgade des bords de Marne à l’est de Dormans. A l’ouest, les Allemands essaient de franchir la Marne mais leurs bateaux sont coulés par l’artillerie française.
Rien qu’entre Chartêves et Jaulgonne, une dizaine de petits navires sombrent.
Les passerelles d’infanterie sont hachées par les tirs. Seulement le franchissement n’est pas empêché, si bien que la 3’ division américaine doit réagir dans l’urgence à Mézy.
Les assaillants sont cloués sur place tandis que l’autre tête de pont face à Mont-Saint-Père est fragilisée par de multiples contre-attaques.
Pourtant, les alliés ne se méfient pas de leur talon d’Achille, le plateau de Reuilly.
Les troupes ennemies qui se sont infiltrées entre Jaulgonne et Passy s’engagent dans la vallée du Surmelin pour essayer de prendre à revers les Américains qui ont construit un mur de résistance devant Crézancy.
Toutes les troupes disponibles sont alors engagées pour colmater la brèche. Sur le reste du front de Marne, la situation se dégrade vite.
Hervé Chabaud
Relevé au Mont-Kemmel dans les Flandres, le 29 juin, le 37e RI qui a cantonné à Ecke à proximité des lignes est transféré après cinq jours de repos à Creil. Il y reste huit jours pour apprendre à manœuvrer avec les tanks et être prompt dans le mouvement des prochaines offensives.
Le 13 juillet, les hommes sont rassemblés et embarqués. Le régiment traverse Creil et Senlis avant d’être positionné à Crouy-sur-Ourcq. Le 15 juillet, il est envoyé entre Montmirail et la Marne puis, par une marche de nuit, il approche du Breuil dans la petite vallée du Surmelin. Dans le village sont stationnés plusieurs chars. Les hommes discutent et sont persuadés que des événements importants se préparent. aussi en imaginent-ils les détails.
Le 37e RI est connu pour sa bravoure et comme le lieutenant-colonel Becker a reçu cette citation à l’ordre du corps d’armée : « chef de corps actif et plein d’allant, a mené à bien, malgré un bombardement incessant l’organisation de son secteur obtenant de son brave régiment, le rendement maximum tant par les travaux que par les petites opérations offensives et défensives qui ont marqué son passage sur le secteurs, les poilus sont sûrs qu’ils vont cette fois contribuer à la bataille décisive pour la victoire.
Le clairon Jean Beudy de la 10e compagnie en est convaincu. C’est un ancien. Ce garçon de la classe 11 était libérable lorsque le 29 juillet 1914 à 23 h 15, il a quitté Nancy pour le front. Depuis il se bat. Il n’est pas peu fier de sa citation à l’ordre de la brigade obtenue le 27 nui : « Au cours de l’attaque d’un stosstrupp, s’est comporté avec la plus grande bravoure, assurant sous un bombardement violent les liaisons qui n’ont pas été rompues entre le soutien et la ligne de résistance ». Il sent que le moment est décisif.
Les poilus du 20r RI embarquent le 16 juillet à la tombée de la nuit. Les véhicules prennent la direction de Crépy-en-Valois. Les hommes regagnent alors Vauciennes avec l’ordre de ne pas sortir des cantonnements.
La nuit suivante, ils reprennent leur marche, renforcés par des territoriaux du 16e RI et des jeunes de la classe 18. Un violent orage s’abat sur eux. Les éclairs zèbrent le ciel et les soldats avec leur barda avancent péniblement en forêt dans la boue. Bientôt les voici à proximité de la lisière.
Un caporal note : « L’ennemi va avoir une désagréable surprise. Des colonnes montent de partout ».
Soudain la terre se met à trembler.
L’artillerie française bombarde : « Ce sont nos pièces qui tirent à pleines gueules », souffle un sergent. L’ennemi ne répond pas.
Après une matinée à l’abri, les poilus reçoivent l’ordre d’occuper Villers-Hélon. Aussi, sur le chemin, revoient-ils la Grille, Longpont, la tranchée du Chemin de fer et bientôt le château.
Pour l’instant, le régiment reste en réserve du corps d’armée mais les gars ne sont pas dupes.
Ils savent que les divisions d’attaque doivent s’emparer du bois Mauloy et des villages de Blanzy et de Saint-Rémy-Blanzy.
Ce n’est pas gagné.
La capture de plusieurs soldats allemands confirme l’imminence d’une puissante attaque ennemie le 15 juillet.
Aussi l’alerte générale est-elle transmise sur le front.
Une pause pour des artilleurs auprès de leur 155 très efficace.
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L’ennemi veille avec ses canons et ses fantassins.
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Un chien du service de santé très patriote.
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Un mortier de 220 va bientôt parler
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Si les Allemands pavoisent parce qu’ils sont parvenus avec un système de pontons guidés à faire traverser la Marne à leurs pièces d’artillerie et ont surpris les poilus du PC du 113e RI entre Saint-Agnan et la Grange-aux-Bois, ils craignent toutefois une réplique alliée.
Bien sûr, la 51e DI a été éventrée près de Courthiézy mais ils constatent que les tirs d’artillerie coordonnés des batteries françaises et américaines empêchent une progression d’ensemble. La résistance est plus forte que prévue.
Après avoir protégé Mareuil-le-Port, les marsouins du33e régiment d’infanterie coloniale (RIC) se replient dans les bois de Nesle-le-Repons. Les villageois prennent la route pour fuir la zone de combat.
A Igny-le-Jard (Igny-Comblizy aujourd’hui), le sergent-chef d’infanterie Pierre Maheux écrit : « Les gens sont épouvantés, ils Partent avec le peu qu’ils ont et font tout pour protéger leur bétail. » N’ont-ils pas raison ? Le sous-officier ajoute : « Tout va mal, des gars du 338e qui étaient entre Igny et Dormans viennent de me dire que leurs pièces ont été prises par les Allemands. C’est sûr, il va y avoir du pillage dans les fermes. »
Les Français constituent à la hâte des môles de résistance comme au château de Vandières. Le front craque également à hauteur de Chaumuzy ce qui met en danger la 3e division italienne qui, depuis le secteur de Bligny jusqu’à l’Ardre, est contrainte au repli. Des ruptures de lignes s’opèrent et dans le secteur de La Neuville-aux-Larris, les Italiens du 2e corps n’ont plus de nouvelles des Français du 5e !
La réussite ennemie entre la Montagne de Reims et la Marne inquiète le général Pétain qui imagine déjà une fracture entre la 5e et la6e armée. Il décide de reporter sa frappe sur Château-Thierry et de transférer une partie des moyens sur Epernay. Foch entre dans une colère noire et intime l’ordre à Pétain de ne rien faire. Ainsi les généraux Mangin et Degoutte conservent l’ensemble de leurs moyens opérationnels. C’est un désaveu pour Pétain. Le général Fayolle mentionne dans l’un de ses carnets : « Pétain est désespérant par son manque de confiance. »
Le soir du 15 juillet, le général Degoutte achève son plan de contre-offensive que la 6e armée doit entamer au sud de la Marne. La 3e division d’infanterie américaine réagit la première et pendant la nuit rejette entre Fossoy et Mézy plus d’une brigade ennemie faisant huit cents prisonniers.
Le 16 à l’aube, le 356e RI reprend sa progression vers Saint-Agnan tandis que le 2e RI arrivant de la Chapelle-Monthodon conquiert les hameaux de Chézy et Montleson. Les pertes sont importantes parce que les Allemands utilisent bien leurs mitrailleuses.
C’est alors que le 147e RI attaque depuis Chézy en se repérant avec la route de Dormans. Du côté sparnacien la 7e, armée ennemie attaque en direction de Boursault tandis que des Italiens et des Français refluent vers Nanteuil-la-Fosse et espère que la route d’Hautvillers est libre pour rejoindre Epernay. Heureusement, l’intervention de la 14e DI sur ce secteur empêche une catastrophe. Le président du conseil Georges Clemenceau consulte le général Berthelot qui a établi son PC à Montmort.
A Montmirail avec l’état-major du 3e corps d’armée, il n’obtient pas de meilleures nouvelles.
Le 17 juillet, la 9e armée du général de Mitry entre en scène sur la Marne pour engager la reconquête.
Il n’est que temps de mettre le paquet puisqu’entre Château-Thierry et Reims, la situation est fragile mais l’attaque française imminente. L’échec allemand est programmé.
Hervé Chabaud
Dès leur attaque lancée, les Allemands qui cherchent à atteindre la Marne par Port-à-Binson et Mareuil-le-Port tentent d’enfoncer la résistance française concentrée sur le secteur de Vandières.
Le 317e RI qui défend l’endroit subit les assauts rageurs des Allemands et, rien qu’au niveau du château, doit combattre pendant treize heures pour empêcher la conquête des lieux. Néanmoins, l’ennemi progresse vers Châtillon-sur-Marne et laisse derrière lui Pareuil, Trotte, la Ferme des Essarts, la Grange-aux-Bois, le bois de la Malmaison. La progression équivaut rapidement à plus de cinq kilomètres à l’intérieur des lignes françaises. Le 317e se bat avec un courage inouï et tient ses positions par tous les moyens mais il est décimé.
Le général Pellé rédige la note suivante le 16 juillet : « Le 115e RI a ses effectifs réduits à 250 hommes, le 117e a au mieux 500 hommes à placer en ligne, le 317e est inexistant. » L’un de ses officiers, le sous-lieutenant Marcel André Boullet tombe à la sortie de Vandières en direction de Trotte. Le 14 juillet, veille de sa mort, il écrit encore à ses parents : « je vais bien, très bien. Nous vivons dans un enfer épouvantable qui ne nous gêne que par le son puisque les boches ne nous répondent pas. Vous ne pouvez pas vous imaginer ce qu’ils ont reçu sur le nez cette nuit. C’est incroyable. C’est la vraie guerre. Poilus épatants et bien méritants. Deuxième dimanche sans messe, priez pour moi, je vous embrasse. »
Sa dernière citation témoigne de son courage : « a été tué au milieu de ses hommes au moment où l’attaque de l’ennemi venait se briser devant le front de sa section galvanisée par l’exemple de son chef. » Inhumé dans un bois, le sous-lieutenant Boullet a été transféré le 26 avril dernier dans le carré militaire du cimetière de Vandières après un émouvant hommage des Marnais.
La contre-attaque française du 18 juillet 1918 surprend les Allemands. Le lieutenant Walter Zimmermann, commandant la 2e section de la minenwerfer Kompagnie 441, est posté entre Pernant et Ambleny à l’Ouest de Soissons : « J’étais engagé avec mes trois gros lance-mines près d’un moulin éventré où les ennemis, comme nous-mêmes, allaient s’approvisionner. Lorsque l’artillerie française a ouvert le feu nous avons été débordés avant même de nous en apercevoir. Un sous-lieutenant accompagné d’une douzaine d’hommes m’a signifié que j’étais prisonnier. Je lui ai répondu que c’était lui qui l’était, vu qu’il se trouvait sur mon emplacement. »
Le lieutenant Christoph Fisher de la 2e batterie du 48e RA de Sachs avait son cantonnement dans une grotte proche d’Ambleny : « J’ai été surpris à5 h 30 par le feu nourri des Français.
La position de tir de notre batterie sur la colline à l’ouest de Patry était déjà occupée et je me suis aperçu que les fantassins qui progressaient étaient des Américains. J’ai immédiatement donné l’ordre de détruire notre poste émetteur. »
Cette surprise est le résultat des précautions alliées. Le lieutenant Tassin du 2e BCP avait reçu l’ordre de se tapir avec ses poilus dans une creute (*) à Mortefontaine.
Et pour éviter le bruit des transports, on enveloppait les fers des chevaux avec des chiffons : « Tout le 20e corps avait reçu l’ordre d’une impérative discrétion. » Cet ordre était général.
(*)Carrière souterraine creusée par les carriers afin d’en extraire de la pierre calcaire.
La capture de plusieurs soldats allemands confirme l’imminence d’une puissante attaque ennemie le 15 juillet.
Aussi l’alerte générale est-elle transmise sur le front.
Des chars Renault pour protéger la progression des fantassins.
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L’exemple d’un canon de 75 monté sur un véhicule pour tirer sur les avions ennemis.
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Un parc français de réparation d’artillerie.
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En conduisant un barrage roulant d’une exceptionnelle intensité et parfaitement synchronisé, l’armée Mangin engage l’assaut de la reconquête.
L’ATTAQUE qui débute le 18 juillet s’opère d’abord en plein flanc de l’armée allemande échelonnée entre l’Aisne et la Marne. Surpris par cette manœuvre et la puissance des moyens employés, l’ennemi recule. Le 37e RI participe au mouvement d’ensemble avec sa division et le régiment bénéficie du concours des blindés pour conquérir en deux étapes la corne Nord de la forêt de Bouquigny et les carrières de la cote 204, des positions indispensables pour battre le terrain jusqu’à la Marne.
Le 20 juillet, après une très brève préparation d’artillerie, les 1er et 2me bataillons surgissent derrière un feu roulant et réussissent à franchir le barrage adverse. Ils arrivent au pas de course dans le ravin de Nesles, débordent le village et atteignent la lisière du bois dès Plans et du bois de Nesles. Après une courte pause, l’artillerie française envoie ses salves et les fantassins reprennent leur marche, bien protégés par les tanks dont ils admirent les tirs de précision de leurs équipages sur les nids fortifiés de mitrailleuses allemandes.
Dès 10 heures, le régiment occupe tous ses objectifs et peut progresser en direction du bord de Marne. Dans la nuit du 20 au 21, l’état-major décide de relever le 37’ RI sur ses positions pour le transférer sur l’autre rive au Nord d’Epernay. Les soldats parviennent jusqu’à la forêt d’Hautvillers où ils reçoivent l’ordre de bivouaquer. Les officiers expliquent aux hommes qu’il s’agit toujours d’attaquer sans ménagement l’ennemi sur ses flancs.
La ligne allemande s’établit alors au niveau de Reuil. Elle traverse le bois des Savarts, la clairière de la ferme des Savarts, le bois du Roi et se profile vers Saint-Euphraise pour courir ensuite jusqu’à Ormes à l’Ouest de Reims à proximité de la route de Soissons.
Le bois et la ferme des Savarts sont des objectifs stratégiques évidents. Si les poilus parviennent à s’en emparer, ils occuperont des points surélevés qui leur permettront de dominer la rive droite de la Marne jusqu’à Chatillon-sur-Marne.
Les 1e et 3e bataillons du 37e RI sont alors mis à la disposition de la 7’ division qui doit avec le 102e RI conquérir ce secteur très défendu par les Allemands.
Le 23 juillet à l’aube, les fantassins du 37e rejoignent dans leurs positions leurs camarades du 102e. Le 3e bataillon reçoit l’ordre d’attaquer en première ligne avec un groupe de blindés dont la feuille de route indique qu’il doit pénétrer dans la clairière des Savarts pour réduire au silence les mitrailleuses ennemies dont plusieurs nids sont dissimulés dans les ruines de la ferme.
A 10 heures, les 9e et 10e compagnies, emmenées par le capitaine Pitot et le lieutenant Verger, foncent mais sont stoppées par une nouvelle ligne de défense ennemie. Il est impossible de passer. 37 braves sont tués et 113 poilus sont blessés. Comme le mentionne Jean Beudy : « La bravoure incomparable des hommes conduira à l’attribution de plus de 150 citations et la remise d’une dizaine de Médailles militaires. » Après ce choc, les soldats des deux bataillons sont retirés de la position en fin de journée. On décide alors de les transférer dans le bois de la ferme d’Ecueil. Il s’agit alors de stabiliser le secteur.
Cet ordre est confirmé le 24 juillet. Le capitaine Adam du 403’ RI, toujours convalescent, apprend l’attaque française chez ses parents en région parisienne. Comme sa blessure cicatrise bien, il sait qu’il va bientôt repartir au front mais dans le Doubs, loin du grand mouvement en marche. Cet officier d’expérience sait qu’un jour où l’autre il va se retrouver en première ligne, là où ça chauffe.
Hervé Chabaud
Lorsque le 30 juillet 1918, Abel Ferry est de retour des armées où il vient de mener à son terme une mission d’observation, il s’interroge « sur la médiocrité de nos grands chefs ».
Il décrit le général Mangin et insiste sur ses traits, ses cheveux drus et noirs, ses yeux clairs comme pour mieux montrer ses ambitions de généralissime : « J’admire la souplesse fine de ses attaques contre Pétain. Elles ont quelque chose d’étrange, d’indéfinissable, de sauvage. Pétain ne voulait pas l’offensive du 18 juillet sur le front de Soissons à Château-Thierry. Foch l’y a contraint. » Le succès les a grisés. Ferry a la même impression lorsqu’il étudie le comportement du général Degoutte qu’il estime toutefois « plus froid et méthodique ».
L’ancien sous-secrétaire d’Etat s’étonne que le général Mangin lui promette la victoire pour la fin de l’année. Il se souvient que lors de son discours de politique générale du 20 novembre 1917, Clemenceau ne pensait l’emporter qu’en 1919.
Ferry oppose alors Pétain, « une sorte de Turenne qui ménage le sang des hommes », à Mangin, dont il reprend le surnom donné dans les tranchées : « le bourreau ». Il partage l’agacement du Tigre et du président Poincaré, navrés par le pessimisme de Pétain. Il s’abstient de dresser le portrait du général Duchêne : « Je ne le ferais pas si, en le peignant, je ne peignais pas une des tares de l’armée française. » Et d’ajouter tout de même : « Sa brutalité envers les inférieurs, sa grossièreté envers les supérieurs cachaient un esprit d’hésitation perpétuelle. Ce n’était que contre-ordres. »
Ferry a obtenu la destitution de Duchêne.
Le général Mangin transmet dès la fin juin un plan offensif encore sommaire mais qui en dit long sur sa volonté d’enfoncer le dispositif avancé ennemi. Le déploiement de ses moyens atteste qu’avant même la décision du généralissime de passer à la grande offensive, il est prêt à y aller.
Il n’est pas sûr qu’il lise avec intérêt la directive de Pétain qui recommande « la pratique de procédés d’attaque simples, audacieux et rapides ». Il considère qu’il ne faut plus attendre, convaincu que les Allemands préparent un grand coup dans les Flandres pour début août.
Le calendrier du haut commandement ennemi doit être bousculé alors que les troupes sont épuisées et surtout que Ludendorff n’a pas les moyens de les faire relever. Mangin en profite et concentre 470 batteries d’artillerie, dix-huit divisions d’infanterie dont deux américaines, et près de 500 chars d’assaut. Il obtient aussi la garantie d’être soutenu par 300 à 400 avions.
Il n’est plus question d’éparpiller les blindés mais de mettre en mouvement « les fantassins blindés », c’est-à-dire assurer la progression des troupes à pied à l’abri des tanks.
La progression des blindés et des convois jusqu’à l’orée de la forêt de Villers-Cotterêts est facilitée par un violent orage qui couvre les bruits de moteur. C’est pourquoi lorsque les fantassins alliés s’élancent le 18 à l’aube, le front des 7’ et 9’ armées allemandes est bousculé en raison de l’effet de surprise. Mangin n’a pas fait précéder l’assaut d’une préparation d’artillerie.
Des sapeurs équipés de masques à gaz réparent un fil téléphonique coupé.
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Des soldats au repos se transforment en moissonneurs pour préserver et protéger au mieux les récoltes.
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Carte de l’offensive du 201e RI sur Plessier Huleu.
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DANS la nuit du 20 au 21 juillet, les fantassins se rassemblent autour du village de Saint-Rémy-Blanzy et constituent deux pôles dans le bois de la Folie et la garenne Manet qui se trouvent face au village de Plessier-Huleu.
Les Allemands y sont retranchés et dominent ainsi tout le plateau. Le point le plus dangereux est au nord-est le bois Plessier où l’ennemi a enterré des nids de mitrailleuses et constitué ainsi une ligne très organisée.
L’ordre est direct : il faut enlever le village. La mission est redoutable. Le 21 vers 10 heures, les 4e et 5e bataillon sorte de la garenne Manet pour rejoindre celle de Fonteny, au sud de la commune. A peine le mouvement est-il engagé qu’un contre-ordre est donné. Si le 5e bataillon parvient à rejoindre ses positions initiales, le 4e est cloué sur place et soumis à un feu nourri des mitrailleuses allemandes.
L’état-major ordonne alors un redéploiement des forces et à un changement de l’angle d’attaque. Plus question d’agir au sud à droite de la route mais il faut passer désormais à gauche. Comme le 4e bataillon ne peut pas être employé, le 1er RI fournit l’un des siens commandé par le capitaine Lemay.
A 16 h 30, l’assaut est lancé sous le tir des mitrailleuses ennemies appuyées par un barrage roulant ! Onze chars Renault viennent aider les fantassins. La manœuvre est parfaite si bien que les fantassins arrivent sur la lisière ouest du village. Les premières maisons sont conquises et la pression sur l’ennemi est de plus en plus forte. La zone d’occupation est élargie grâce aux choix audacieux opérés par le capitaine Aimé commandant la 18e compagnie et les poilus du capitaine Trinquard. Les Allemands choisissent alors le repli et abandonnent plusieurs prisonniers ainsi qu’un matériel considérable. Plessier-Huleu est de nouveau français et le restera. C’est un excellent point d’appui à l’ouest de la route qui mène de Château-Thierry à Soissons. Pour bien tenir le secteur, des renforts s’avèrent indispensables. Un bataillon du 233e RI aux ordres du commandant Pons en assure la défense.
Le 23 juillet, les fantassins du 201 reprennent l’offensive. Ils doivent atteindre la ligne de chemin de fer puis la route de Soissons et enfin le village de Grand-Rozoy. L’ennemi est encore bien organisé et neutralise huit chars d’assaut. L’ennemi essaie de reconquérir la voie ferrée mais il échoue et doit reculer en conservant le contrôle de la route de Château. Les tirs des batteries allemandes bien renseignées par une aviation très présente rendent la situation incertaine. Comme un soldat parvient à abattre un appareil d’observation à coups de fusil, l’ennemi fait plus attention mais les rangs des bataillons de première ligne se sont fortement éclaircis. On leur demande de tenir encore vingt-quatre heures avant une relève qui va être assurée par le 105e RI à partir du 27 juillet.
Pour la troisième fois en quatre mois, le 201 RI a été employé jusqu’à usure complète. Un officier écrit : « L’excès de fatigue que nous éprouvions nous empêchait de voir encore toute la grandeur de l’œuvre accomplie. Elle était magnifique ». De fait devant un ennemi puissant exalté par ses succès du printemps, bénéficiant de beaucoup de réussite, l’ardeur des fantassins à continuer le combat avec cette « foi du charbonnier » aux tripes permet petit à petit de renverser la situation à l’avantage des alliés.
Ces succès sans lendemain des Allemands ont coûté cher aux régiments engagés. Les pertes ont été sanglantes mais cette fois les poilus ont la nette impression que quelque chose est en train de changer.
Textes : Hervé Chabaud
L’association La Cavalerie dans la Bataille de la Marne qui a reconstitué quarante itinéraires pour faire revivre au grand public les combats de la fin de la Première Guerre mondiale n’a pas chômé ces derniers jours.
Autour du commandant Maurel et des passionnés de la Grande Guerre a été évoquée la disparition dans le ciel du Tardenois, le 14 juillet 1918, du pilote Quentin Roosevelt, fils du président des Etats-Unis Theodore Roosevelt et dont un monument évoque la mémoire à Coulonges-Cohan. L’aviateur US a été abattu alors qu’il repérait les préparatifs allemands de l’offensive Friedensturm du 15 juillet 1918.
Les passionnés se sont retrouvés pour évoquer la traversée de la Marne par les Allemands le 15, jour du 90r anniversaire de l’attaque ennemie, le 16 à Ville-en-Tardenois où le 2e corps italien n’a pas eu le temps d’aménager les lignes de défense en profondeur de son secteur de la haute vallée de l’Ardre vers Epernay. Dans ce secteur les combats sont demeurés incertains jusque fin juillet. Le 17, ils sont allés à Souain et à la ferme de Navarin où l’attaque ennemie du 15 est un échec face à l’armée du général Giraud. Le 18 ils se sont rendus à Venteuil pour mieux comprendre pourquoi les Allemands voulaient s’emparer d’Epernay pour isoler Reims et dominer la plaine champenoise.
Le 19, ils étaient à Longpont pour la contre-offensive de Mangin et Degoutte sur le front de l’Aisne et de la Marne. Le 26 juillet, les passionnés seront à Oulchy-le-Château et autour de la butte Chalmont pour les violents combats conduits sur l’Ourcq fin juillet 1918.
Le samedi 2 août, ils ont prévu de se rendre à Fismes avec départ depuis la ferme de Montaon pour étudier la reprise du chef lieu de canton au début d’août 1918. Les Allemands vont alors maintenir des forces importantes dans ce secteur.
Le 21 juillet, exploitant le recul allemand, la 39e DI en profite pour libérer Château-Thierry et reprend une progression d’environ huit kilomètres au Nord de la ville. A l’Est la 3e Dl américaine franchit la Marne avec des radeaux de fortune.
Partant de la cité castelle, l’axe de progression de l’armée Degoutte rejoint celui de la 10e armée dans le secteur de Fère-en-Tardenois que les stratèges estiment la clé de voûte du dispositif ennemi au sud de l’Aisne.
Le 23 juillet, le président de la République Raymond Poincaré se rend à Château, une ville en ruines. Il décore plusieurs soldats dont le neveu de Clemenceau puis rencontre les quelques habitants qui n’avaient pas fui et des villageois de l’Omois.
Dans ses mémoires, le chef de l’Etat note : Le champ de bataille est criblé de trous d’obus, couvert d’arbres renversés, de cadavres qu’on enterre. Les villages sont tous en ruines. C’est un spectacle lamentable. Mais des champs de blé, d’orge et d’avoine sont intacts. Le général Degoutte trouve que ses troupes sont maintenant trop en avant et trop engagées dans la lutte pour faire la moisson et la récolte ».
Pourtant en plusieurs endroits, les poilus vont se faire moissonneurs. Le 25 juillet, Poincaré se rend cette fois à Villers-Cotterêts où il discute avec le général Mangin.
Des autoscanons complètent le dispositif allié
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Le Kaiser étudie le recul des troupes allemandes avec le maréchal Hindenburg et le général Ludendorff.
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Les régiments d’artillerie reçoivent de nouveaux 155
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Dès le 28, il s’empare de Nesles mais la résistance allemande est féroce et les combats d’une rare intensité. Le village est perdu puis repris à plusieurs reprises. L’important est de ne pas céder, de ne pas donner l’impression aux Allemands qu’on croit en leurs chances de rétablir la situation.
De son côté, la 62e Dl tout juste transférée des Vosges est débarquée près de Villeneuve-sur-Fère pour conduire une puissante attaque sur Fère-en-Tardenois. La manœuvre est complexe puisque l’ennemi a pris soin de faire sauter tous les passages et de renforcer ses moyens sur les points de franchissement les plus crédibles avec des nids de mitrailleuses bien pourvus en munitions. La détermination des poilus est payante puisqu’un bataillon réussit à s’infiltrer par le sud-est dans La Fère.
La progression est stoppée puisque l’ennemi a choisi de conduire une guerre urbaine. Vers midi, le 28, deux compagnies qui appartiennent au 338e RI franchissent l’Ourcq si bien qu’en fin de journée, l’ennemi n’est plus en capacité que de résister au nord-ouest de la ville.
Le même jour, des troupes écossaises de la 15’ division conquièrent Buzancy où les Allemands retranchés depuis huit jours ne voulaient rien savoir. Hormis quelques points noirs autour de Hartennes, la route de Soissons à Château-Thierry est désormais sous la maîtrise des alliés. Mais l’ennemi n’a pas renoncé puisque Hindenburg a fixé un nouvel espace de résistance. Cette stratégie est vite comprise par le général Fayolle qui regrette : « une progression lente » et « une retraite boche moins rapide qu’envisagée ».
Est-ce à dire que les Allemands disposent encore d’une capacité de retourner la situation. Non mais, si le doute persiste, c’est que l’état-major ne sait pas encore que le Kronprinz a donné l’ordre à Hindenburg d’organiser un repli général sur la Vesle pour le 1" août.
L’ennemi doute et sa priorité est de raccourcir sa ligne de front pour économiser ses hommes, ses munitions et faire face à un déficit de ravitaillement de plus en plus préoccupant pour les commandants d’unités. Si la 7e armée allemande se maintient dans le Tardenois, c’est avec le seul objectif de favoriser le repli ordonné des régiments d’artillerie et des unités de l’intendance. Si le 29 juillet, le 338’ RI est fier d’avoir libéré La Fère, il n’a pas encore réussi sa jonction avec les forces américaines puisque les Allemands s’accrochent à la cote 184 tandis que le village de Sergy est le théâtre d’assauts réciproques et meurtriers. Pour tenter de détruire la 62e Dl, l’ennemi engage un violent bombardement avec des pièces de gros calibres. Il met sur le front quatre divisions en renfort dont les 4e et 6e de la Garde jugées redoutables. Ces unités sont prêtes à tous les sacrifices puisqu’elles pénètrent à plusieurs reprises dans La Fère et réussissent même à reprendre position à la gare. Plus au sud, les 3’ et 28e divisions d’infanterie américaines s’avancent difficilement vers Ronchères. Les Allemands mettent le paquet et noient le secteur d’obus chimiques. Foch retire la 9e armée du front pour la remettre en réserve. Le généralissime ne tient pas à sacrifier inutilement ses unités mais veut employer son temps à préparer d’autres offensives à même d’achever la déstabilisation de l’ennemi qui est déjà réelle.
L’idée est : « frapper l’ennemi sans lui donner le temps de se ressaisir ».
Hervé Chabaud
Dans la contre-offensive de juillet 1918, les chars jouent le rôle d’engins de rupture et d’accompagnement.
Un char Schneider lourd progresse à Condé-sur-Aisne.
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La X’ armée est équipée de trois groupements Schneider, de trois groupements Saint-Chamond et de trois bataillons de chars légers tandis que la VI’ armée possède trois bataillons du 503’ régiment de chars d’assaut amenés par voie ferrée.*
Le 18 juillet dès 7 h 30, en raison des difficultés de liaison et de la rapidité de la progression, les chars légers en réserve d’armée sont mis par l’état-major à disposition des XXe et XXXe corps d’armée pour être employés dans le sillage des divisions qui sont parvenues à progresser le plus en profondeur.
L’action n’est pas sans risque puisque sur les 324 chars amenés sur le terrain, 225 sont engagés, 102 mis hors de combat dont 62 par les tirs précis de l’artillerie ennemie.
Les pertes sont lourdes puis qu’elles atteignent 25 % de l’effectif engagé.
Lors de la reprise de l’attaque, le 19, sur 146 chars impliqués, 105 participent au combat mais 50 sont détruits par l’artillerie allemande.
Les pertes atteignent encore 22 % des effectifs engagés.
Les unités sont reformées ainsi le 20 juillet, les blindés sont employés à une série de petites opérations mais sur les 32 chars, 17 sont détruits et plus d’un cavalier sur deux est tué.
Le 21 juillet est une dure journée et le 22 également, avec l’opération engagée sur Plessier-Huleu.
Pendant ce temps au sud de Reims, contre le flanc est de la poche allemande et jusqu’à la rive de la Marne, les 4e, 5e et 6’ bataillons de chars légers poursuivent une progression maîtrisée jusqu’au 27 juillet sans subir de pertes majeures.
L’état-major est convaincu que les chars ne doivent plus quitter le champ de bataille.
Aussi pendant tout le mois d’août, les blindés légers vont-ils soutenir les troupes qui se battent au nord-ouest de Soissons dans le secteur de Nampcel.
En ce 28 juillet 1918, le général Erich Ludendorff doute de plus en plus de la capacité de l’armée allemande à l’emporter. Il s’interroge et note sur ses carnets : « La décision finale de tout combat repose en dernier ressort sur l’infanterie. J’ai fait partie de cette arme, je lui appartiens, corps et âme et j’ai dit aussi à mes fils : entrez dans l’infanterie. Ils l’ont fait ; plus tard seulement, un attrait les a poussés à passer de la vie des tranchées à la libre activité de l’aviateur ». Il note aussi la belle phrase de l’ancien règlement sur l’instruction du fantassin : « L’infanterie porte le poids principal du combat et subit les plus grandes pertes, mais en retour la plus grande gloire lui échoit. Cette phrase restera toujours une vérité militaire ».
Et d’ajouter un peu plus loin dans sa réflexion : « Rester immobile sous le feu roulant de l’ennemi, dans la boue et le froid, dans la faim et la soif, ou bien rester blotti, replié sur soi-même dans des abris, des trous de caves, en attendant un ennemi supérieur en force, voilà ce qui fait le héros ». Pour ne pas décevoir les autres combattants, il conclut : « Je ne veux pas en parlant ainsi, rabaisser les services que d’autres armes ont rendus. L’aviateur éprouve aussi le sentiment de la victoire remportée mais il n’a pas à supporter l’action dissolvante d’un combat. L’artillerie doit endurer des épreuves comparables à celles de l’infanterie. Elle est de plus en plus souvent le point d’appui du combat et le soutien du front mais elle n’a pas à disputer cette gloire à l’infanterie ».
L’effort colossal engagé par les alliés porte ses fruits et les Allemands subissent des revers en cascade qui les contraignent au repli.
Une batterie d’artillerie alliée.
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Le vitrail de Gérard Ansart évoque la conférence de Doullens.
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Alors que l’état-major ordonne de harceler l’ennemi qui se replie même s’il oppose en certains secteurs une résistance acharnée, une section de poilus appréhende dans la soirée du V’ août deux soldats allemands.
Ces deux fantassins qui se trouvaient près de la ferme Cayenne dans le secteur de Fère-en-Tardenois sont bavards. Ils indiquent aux Français que l’ordre leur a été donné de décrocher. Cette information conforte Foch dans son analyse tandis que le général commandant la 62e DI envoie plusieurs patrouilles observer le mouvement ennemi sur une ligne Arcy, Saponnay et Nesles. Très vite, les poilus se heurtent à des groupes d’arrière-garde bien armés qui leur interdisent une progression sans casse.
Le lendemain, tous les renseignements recueillis auprès des unités en première ligne concordent.
Les Allemands évacuent la poche de Château-Thierry aussi les troupes alliées avancent de nouveau sans rencontrer de résistance.
Les Américains font le même constat alors qu’ils bougent en direction de Mareuil-en-Dôle. Des recommandations sont lues aux soldats pour qu’ils se méfient des pièges de l’ennemi.
Une grande attention doit être portée aux fils télégraphiques qui jonchent le sol et peuvent être reliés à de puissantes charges d’explosifs.
Dans les maisons en ruines, on déconseille de toucher aux tiroirs entrouverts des meubles, aux outils abandonnés dans des endroits inhabituels ou aux tonneaux bourrés de cheddite. Il faut aussi éviter de bouger un cadavre car une grenade dégoupillée peut avoir été laissée sous l’un de ses membres. En outre, des caves ou des appentis sont minés. Les dégâts sont considérables comme le constatent les chasseurs entrés dans Soissons.
Tous les ponts de franchissement de l’Aisne et du Canal ont été détruits alors que sur la rive droite, les fantassins allemands se retranchent pour tenter de tenir le plus longtemps possible. Les officiers discernent un risque de guerre urbaine et une volonté forte des « boches » de s’accrocher à la sous-préfecture axonaise.
Ce souci n’est pas celui de la 10e armée dont les stratèges observent le mouvement de la 41e DI qui gagne Jouaignes et Tannières alors qu’à la 62eDl on s’étonne de ne plus trouver de soldats ennemis entre Loupeigne et Mont-Notre-Dame. Ce dernier village qui avait dû recevoir le Kaiser quelques jours auparavant est repris par le 307e RI dont les officiers constatent que la collégiale n’est plus qu’un amas de pierres éclatées.
Il s’agit d’un exemple de destruction volontaire du patrimoine français.
Les artificiers du génie de Guillaume II ont attendu d’apercevoir les premiers poilus pour tout faire sauter. Vexées, les troupes d’Hindenburg se vengent et exécutent une retraite de la terre brûlée. Comme si cela pouvait ralentir les alliés dans leur volonté d’amplifier la pression contre le front mouvant de leur ennemi. Pourtant les Allemands veulent épouser les espaces marécageux de la Vesle pour rétablir un combat défensif et profiter des embouteillages sur les routes qui ralentissent l’artillerie alliée. Un bilan dressé le 5 août indique que depuis l’offensive du 18 juillet, les forces alliées ont fait près de trente mille prisonniers et se sont emparées de plus de six cents canons ainsi que d’au moins trois mille mitrailleuses.
Hervé Chabaud
Le général Ferdinand Foch est élevé par décret à la dignité de maréchal de France le 6 août 1918.
Le général Ferdinand Foch est élevé par décret à la dignité de maréchal de France le 6 août 1918.
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Son bâton lui est remis le lendemain par le président de la République Raymond Poincaré en son quartier général de Bourbon au cours d’une brève cérémonie. Il est, depuis la conférence de Doullens le généralissime, le commandant en chef des armées alliées.
Lorsque la Grande Guerre éclate, ce polytechnicien participe à la tête du 20e corps à l’offensive décidée en. Lorraine par Joffre. Il est en première ligne lors des combats difficiles de Morhange. Désigné comme commandant de la 9’ armée à la veille de la première bataille de la Marne, il reçoit la mission de limiter la brèche entre les 4’ et 5’ armées. Animé d’une volonté incroyable et capable d’une improvisation qui en déconcerte plus d’un, il parvient à stopper les Allemands.
Pour expliquer sa détermination, il confie alors : « J’étais sourd à tout, parce qu’on se fiche de tout, qu’on doit se ficher de tout, dans ces moments-là ».
Une fois la victoire acquise, Foch devient le délégué du général Joffre auprès des troupes britanniques et belges. Il coordonne les forces qui arrêtent l’ennemi dans sa course à la mer. En 1915, il a en charge les offensives d’Artois puis à partir du 1`’` juillet 1916, il conduit la bataille de la Somme qui est un échec meurtrier. Il subit une disgrâce provisoire.
On le rappelle après l’effroyable déconvenue du général Nivelle les 16 et 17 avril 1917 sur le Chemin des Dames. Foch devient alors le chef d’état-major général de l’armée, le bras droit du général Philippe Pétain. 1918 est l’année de sa consécration parce qu’il exprime toutes ses qualités au commandement unique interallié.
Après les reculs alarmants du printemps, il structure la contre-offensive générale engagée le 18 juillet et décide de ne plus relâcher la pression sur les armées allemandes qui retraitent par échelon. I1 est le forgeron de la Victoire qui s’annonce à la fin de l’été comme un formidable espoir.
Le 25 juillet, le général Maistre, commandant le Groupe d’armées du centre, ordonne au 1l’ corps italien qui s’est battu dans la vallée de l’Ardre de passer sous le contrôle de la 4` armée du général Gouraud. Les Italiens viennent d’y perdre 282 officiers, environ 10.000 hommes de troupe, une quarantaine de canons et un millier de chevaux et de mules sans compter des matériels divers. Le Ile corps doit d’abord être réorganisé mais il a peu de temps pour le faire puisque le général Pétain dans un ordre remontant au 23 juillet a décidé que dès le 6 août, les Italiens devront être en ligne sur le front de la 2’ armée française où ils se substitueront au XIIIe corps.
Lorsque le général Maistre demande, le 26 juillet, au corps italien de prendre la responsabilité d’un secteur argonnais dès le 3 août, le général Albricci constate qu’il manque de temps et de moyens pour répondre à la sollicitation française.
Alors que le 4 août, le général italien organise une importante prise d’armes près d’Arcis-sur-Aube, l’état-major français confirme le besoin immédiat de la 3’ division italienne pour remplacer la 35e division française qui occupe l’aile gauche du XIIIe corps d’armée.
Albricci ordonne alors les reconnaissances préalables. Le segment qui est assigné s’étend de la route de Haute-Chevauchée jusqu’à l’ouest de Vienne-le-Château.
Les troupes progressent d’abord vers Villers-en-Argonne, Florent-en-Argonne, Les Islettes. Les soldats qui avaient été envoyés en repos le 26 juillet du côté de Saint-Quentin-les-Marais, Vanault-le-Chatel, Bussy-le-Repos, Heiltz-le-Maurupt, Jussécourt, Le Buisson, Haussignemont, Vitry-en-Perthois, quittent la région de Vitry-le-François pour aller prendre position à la charnière de la Marne et de la Meuse.
Le général Albricci réclame de nouvelles troupes tout en sachant que son pays ne peut plus en fournir en raison des exigences de la bataille de la Piave.
Les généraux ne pavoisent pas des succès enregistrés. S’ils sont comme leurs hommes plus confiants, ils cherchent à analyser les opérations réussies et commentent leurs faits vécus.
On discerne bien la ligne de front du 6 août 1918.
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PROFITANT d’une relative accalmie sur le front, le général Piarron de Mondésir, commandant le 38e corps d’armée, s’intéresse à l’action très utile qui vient de mener la 3e Division américaine lors de son franchissement de la Marne puis dans la progression des armées alliées vers la Vesle et Fismes.
Lorsque le 2 août, les Allemands battent vraiment en retraite, ils s’arrangent pour défendre au mieux Fismes afin de profiter de ses ponts pour passer sur l’autre rive de la Vesle avant de les faire sauter.
Tandis que les chasseurs du 10e appuient les Américains dans leur avancée, en les aidant à se déployer pour les combats dans des secteurs boisés et à disposer leurs mitrailleuses, le général s’intéresse plus particulièrement à la reconquête de Fismes, ce chef lieu de canton qui se trouve sur la route entre Reims et Soissons à proximité de la frontière entre la Marne et l’Aisne.
Mondésir pense que les soldats US qui talonnent l’ennemi en repli vont entrer dans ce gros bourg dès le 3 août dans l’après-midi. Il est un peu optimiste. Aussi pour mieux comprendre la situation, se déplace-t-il au PC du commandant de la 32e division américaine installé à Dravergny.
Les routes sont embouteillées, ce qui complique les déplacements. L’officier US est prêt à attaquer mais il lui manque son artillerie. Mondésir le dissuade d’attendre ses canons et déclare : « Les Allemands n’ont plus à Fismes qu’une arrière-garde qui protège les ponts pendant qu’on prépare leur destruction. Les obus que nous recevons sont tirés de la rive droite de la Vesle. Dès que l’ennemi sentira ses communications menacées, il cédera. J’en conclus qu’il faut s’adapter aux circonstances. Tandis que vous occuperez l’ennemi sur les lisières de la ville, formez une demi-douzaine de petits détachements munis chacun d’une ou deux mitrailleuses. Qu’ils aillent en amont et en aval de Fismes, le long de la rivière de manière à apercevoir le pont. Vous verrez que l’ennemi déguerpira en vitesse et qu’il restera peut-être un pont intact ou insuffisamment détruit, donc réparable. Faites cela avant que l’obscurité empêche de voir les ponts ».
Le général américain acquiesce mais lorsque Mondésir rejoint son PC de Mont-Saint-Père, il trouve un ordre du Grand quartier général qui lui enjoint de passer le commandement des trois divisions US qui constituent désormais le 3e corps américain au général Bullard.
Le commandant du 38e corps indique : « Je pouvais le faire avec honneur, car je lui remettais ces divisions en pleine victoire ». Le général français est bientôt comblé puisqu’il apprend que les Américains de la 32e division sont parvenus à sauver un pont fismois. Ils sont les premiers de toute la VIe armée à être arrivés sur la Vesle.
Mondésir dresse alors un bilan depuis l’engagement du 15 juillet. Le 38e corps a fait plus de quinze cents prisonniers, s’est emparé de treize canons de campagne et de deux pièces de gros calibre ainsi que d’importants stocks de munitions complétés d’une vingtaine de bateaux d’équipage. Mais il a aussi perdu beaucoup de vaillants soldats, environ quatre mille cinq cent dont les quatre-cinquièmes sont des Américains.
Lors d’une réunion organisée au quartier général du 1- corps américain, le général Ligget fait remarquer au général Pétain, commandant les troupes françaises que les pertes US sont beaucoup plus élevées que les françaises pour des opérations comparables. Le général suggère alors de revoir les marches d’approche, où les Américains enregistrent des tués et blessés en trop grand nombre.
Hervé Chabaud
Après la libération de Fismes le 4 août, dès le lendemain, la 4e division américaine repousse une attaque ennemie et entreprend une offensive pour disposer d’une solide tête de pont sur la rive nord de la Vesle.
Des porte-Chars montent vers le front.
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Les soldats s’y accrochent malgré plusieurs puissantes contre-attaques. Ils disposent une ligne de défense derrière la voie ferrée.
Le 6 août encore, la 6e brigade de la 3e division US en place le long de la Vesle à droite de Fismes tente également de franchir la Vesle.
Du 7 au 10 août, plusieurs nouveaux essais sont des échecs et le 11, l’état-major décide de relever ces troupes épuisées. La 6e brigade a perdu six cents hommes en trois jours.
Du 7 au 9, la 4e division est programmée pour mener plusieurs offensives sur les lignes ennemies qui se trouvent entre Fismes et Braine sur Bazoches. Les Allemands y ont concentré plusieurs batteries d’artillerie qui interdisent toute progression. Avant la relève de cette division par les hommes de la 77’, elle va perdre dans ces combats sans concession plus de trois mille hommes.
La 28e division qui a Fismette comme objectif s’engage dans des combats acharnés pour une conquête des lieux maison par maison.
Si le 10 août, la conquête est effective, pendant deux semaines d’intenses échanges de tirs vont s’y produire.
Le 27 août est une journée terrible. Les Allemands chargent au lance-flammes et capturent tous les Américains qui en défendent les points d’appuis.
Les rescapés s’échappent en traversant la Vesle à la nage.
Le retrait de la Russie de la guerre n’est pas du goût de tous les militaires parmi lesquels des survivants de la 1re brigade spéciale qui s’était battue à Courcy lors de l’attaque ordonnée par le général Nivelle le 16 avril 1917 et des rescapés de la 3’ brigade qui avait occupé le Mt Spin.
De nouveaux armements pour les poilus.
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Ces militaires et d’autres se rassemblent autour du colonel Gotoua et demandent la possibilité de constituer une Légion russe.
Le 23 décembre 1917, l’autorisation est donnée et les troupes sont alors versées dans la division marocaine de l’armée française.
Au printemps en Picardie, ces soldats se montrent à la hauteur.
Après les durs combats du mois de juillet la Légion russe reçoit pour la première fois des renforts composés de volontaires de l’ancien corps expéditionnaire.
Cela permet de constituer un bataillon qui entre comme une unité indépendante au sein de la 1re brigade de la division marocaine. Début août, la Légion accueille de nouveaux volontaires aussi le bataillon dispose-t-il alors de deux compagnies et demie de tirailleurs et d’une compagnie de mitrailleurs toujours associée à la 1re brigade de la division marocaine.
Ce bataillon est conduit dans le secteur de Terny Sorny puis progresse vers Laffaux sur la bordure de la ligne Hindenburg. Les soldats se préparent alors aux assauts de tranchées bétonnées et d’ouvrages fortifiés aménagés en profondeur des lignes ennemies.
Au même moment la presse rappelle les engagements héroïques de ces légionnaires lors des attaques de mai sur la route de Soissons à Château-Thierry et insiste sur le nombre de croix de chevalier de la Légion d’honneur et de croix de guerre qui ont été remises à ces vaillants soldats. On se permet même alors en citant la Légion russe de parler de la : « Légion d’honneur ».
Foch lui octroie la fourragère aux couleurs de la croix de guerre et aura encore l’occasion de la distinguer avant la signature de l’armistice.
Dégager complètement l’Aisne de la présence ennemie et préparer les forces nécessaires à désenclaver la région rémoise sont deux missions qui occupent les alliés en ce mois d’août 1918.
Les combats s’éloignent de Soissons mais les soldats y sont toujours présents.
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Le 9, les Allemands évacuent Bazoches mais dès le 10 les Américains sont obligés de se replier au sud de la Vesle et leur liaison avec les Français est interrompue.
Le 11 août, les ordres sont donnés pour remplacer les troupes en première ligne. Le secteur qui est occupé par la 62e DI est partagé entre la 77e division d’infanterie américaine et la 164e DI française.
Le 12, la 77e division relève la 4e à l’ouest de Fismes et le lendemain les limites des divisions sont encore modifiées si bien que la 28e tient Fismes et quatre kilomètres de la rive sud de la Vesle à l’Est tandis que la 77e tient les cinq kilomètres de la rive sud à l’Ouest. Pendant les dix jours qui suivent jusqu’au 22 août, c’est une longue observation. Les soldats se cachent pour ne pas être la cible des tireurs isolés tandis que les observateurs d’artillerie étudient à la jumelle d’éventuelles présences pour régler les tirs. Dès que la nuit tombe, les hommes s’activent pour renforcer leurs positions et surtout consolider leurs abris. Des patrouilles sont envoyées pour découvrir aussi bien les positions adverses que d’éventuels préparatifs offensifs de l’ennemi.
Le 22 août, les Allemands s’en prennent aux positions de la 77e division derrière la voie ferrée et rejettent les Américains sur la rive sud de la Vesle.
Dès le 23, les soldats US contre-attaquent et après de longs combats regagnent une partie du terrain concédé. À l’aube du 27, un assaut minutieusement préparé permet de reconquérir Bazoches. Le château du Diable est également attaqué mais les troupes ne réussissent pas à conserver leur avantage. Toujours volontaires malgré la pression ennemie, les alliés empêchent les Allemands de repartir à l’assaut le 1er septembre.
Le 18 août, au nord de Soissons, l’offensive reprend pour contourner les lignes ennemies aussi l’état-major de Ludendorff comprend que, pour éviter le piège, il doit entreprendre l’évacuation de la rive Nord de la Vesle. Le repli se fait en bon ordre et est protégé par de redoutables nids de mitrailleuses.
Néanmoins le 4 septembre, les divisions US prennent en chasse les Allemands vers le nord. Elles occupent Bazoches et atteignent la vallée de l’Aisne.
Le 6 septembre, ordre est donné d’établir une ligne de front près de la rivière après une progression significative de 9 kilomètres. Le même jour, la 28e division prend Baslieux mais est arrêtée à un peu plus d’un kilomètre au nord par un ennemi qui tente de structurer une position défensive.
Les jours suivants sont incertains et il faut patienter jusqu’à la mi-septembre pour que l’inexorable progression reprenne malgré les positions fortifiées le long du canal de l’Aisne où plusieurs assauts s’avèrent infructueux.
Le front est stabilisé sur cette ligne le 16 septembre aussi les 28 et 77e divisions sont alors relevées par deux divisions italiennes qui s’étaient distinguées dans la vallée de l’Ardre au sein de la Ve armée pendant le mois de juillet.
Hervé Chabaud
Une pause des équipages devant leurs chars Renault FT 17.
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Entre Montdidier et Morlancourt, la poussée est significative et elle s’étend à partir du 14 août en Bray-sur-Somme à Arras.
L’évacuation de la zone par les Allemands ne s’effectue que très lentement ce qui permet aux alliés d’occuper à la fin du mois les rives de la Somme, de l’Ancre et de la Scarpe. En effet, dès le 8 août, la disposition des soldats britanniques commandés par le général Rawlinson implique que les militaires canadiens du général Currie et le corps australien du major général Monash lancent l’assaut principal au sud de la Somme. Les moyens opérationnels investis dans la manœuvre sont considérables. 456 chars font mouvement sans préparation d’artillerie. Les Allemands sont surpris d’entrée et le temps qu’ils perdent à reconstituer une ligne est un moment favorable aux troupes alliées. Elles pénètrent en profondeur dans le dispositif ennemi et, en une journée réussissent une avancée de seize kilomètres tout en faisant 6.500 prisonniers.
Conscients qu’ils ne sont plus en capacité de retourner la situation, les Allemands engagent une retraite par échelon les 14 et 15 août, des bords de l’Ancre jusqu’à la ligne Hindenburg. Le village de Proyart est occupé par un contingent australien tandis que les Anglais ouvrent l’étau ennemi sur Arras si bien qu’ils libèrent la ville le 30 août. Au milieu des ruines de la Grand-Place, une musique écossaise joue une marche martiale pour fêter l’événement.
La propagande met en scène le patrimoine et utilise l’image des enfants qui deviendront de vaillants soldats.
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La deux reprises pendant la première quinzaine d’août, le quartier-maître général Erich Ludendorff informe ses quatre groupes d’armées des risques d’attaques alliées. Il se livre à un recensement qui tient compte de l’évolution du front mais on discerne chez le commandant en chef un réel doute puisqu’il ne parvient pas à cibler les zones les plus exposées à la poursuite de l’avancée des armées coordonnées par le maréchal Foch. Ludendorff estime que l’ennemi peut agir à Kemmel et contre le saillant de la 6e armée, contre les positions en constante évolution entre la Somme, l’Oise et la région soissonnaise. Il pense aussi qu’à l’Est de Reims dans le secteur de Pontfaverger, les hauteurs de Moronvillers peuvent donner lieu à de violents échanges. Il note aussi que le front lorrain et le Sundgau sont très exposés. Il recommande une organisation défensive de tous les point répertoriés mais demande la préparation de nouvelles offensives selon des modèles variables. Il détaille l’attaque « Hagen », jugé d’un petit modèle mais très utile sur des segments étroits où une reconquête est jugée possible sans pertes excessives. Il continue avec l’attaque « Kurfürst » qui serait la plus efficace entre Montdidier et Soissons. Enfin il ne néglige pas le harcèlement et pense que les secteurs proches de Reims en particulier autour du fort de la Pompelle et près de la butte e Vauquois sont très favorables à ces démonstrations limitées mais infernales pour l’adversaire. Enfin il décrit des actions à l’ouest de la Moselle avec les troupes du duc Albrecht afin de gagner des positions meilleures sans négliger les possibilités de nouvelles conquêtes territoriales à l’est de la Moselle. Il précise : « Nous ne saurions attacher trop de valeur à une arrivée rapide des approvisionnements et des troupes à la simplification de la préparation. Il peut ainsi devenir possible, sur des fronts plus étroits et à des points choisis d’obtenir des succès et d’exploiter les faiblesses de l’ennemi. Toutes les attaques sont à préparer comme des mesures de défense ».
L’ambition de l’état-major est, sans brusquer les armées qui occupent le front avec méthode, de les faire progresser vers les frontières.
Le maréchal Foch en compagnie du Président du Conseil, Georges Clemenceau, au quartier général de Bombon.
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Il nous faut maintenant envisager de marcher vers les Ardennes » déclare le maréchal Foch à son chef d’état-major le général Weygand.
En cette seconde quinzaine d’août 1918, le généralissime n’a rien perdu de sa rigueur. Il rédige toujours ses ordres sous la forme d’une note de sa belle écriture régulière et à peu près sans ratures dont les paragraphes numérotés se succèdent avec une logique implacable. Foch a un remarquable esprit de synthèse et porte un regard lucide sur les profonds bouleversements obtenus sur le front depuis la contre-attaque victorieuse menée le 18 juillet. Autant Foch est exigeant sur le fond et la justesse des expressions employées, autant il se montre indifférent à la forme générale du document à expédier aux chefs d’armées.
Depuis le 8 août que Ludendorff a qualifié « de jour de deuil pour l’armée allemande », il compte redoubler les coups portés à l’ennemi. Ce n’est pas pour rien si le 12, il a lancé la 3e armée française contre la XVIIIe armée allemande qui battait en retraite. 11a aussi envie d’associer à cette chasse la 3e armée anglaise mais le maréchal Haig est plus timoré. Il ne l’envisage pas, invoquant sa responsabilité à l’égard de son gouvernement.
« Esprit de travail incessant »
L’action se calme en Picardie mais les alliés ne sont pas inertes puisque sur l’initiative de Mangin, ils engagent de petites opérations permanentes de harcèlement sur les ailes allemandes. L’attaque de la 10e armée le 17 août s’avère fructueuse puis¬qu’elle a comme conséquence la réalisation d’une poche de quinze kilomètres dans le flanc de l’adversaire. Alors qu’il étudie la manière de disposer ses forces sur l’Aisne et sur la Marne pour rejoindre au plus vite la frontière belge, Foch savoure les initiatives cumulées entre le 21 et le 29 août qui permettent au front de passer par Croisilles, Bapaume et Péronne pour longer la Somme et le canal du Nord. Si Ludendorff compte que ses soldats vont pouvoir souffler sur les anciennes positions de 1916, il fait erreur. Foch ne tient pas à lui laisser le temps de remettre en bon ordre de défense la ligne Hindenburg. C’est pourquoi dès le 30 août, il lance Mangin dans l’offensive afin de porter un violent coup de boutoir dans le Chaunois. L’opération porte ses fruits puisque le général français enlève Coucy-le-Château le 3 septembre. Dans le même temps, sur sa droite, les armées des généraux Berthelot et Degoutte franchissent la Vesle afin de venir border l’Aisne de la manière la plus cohérente qui soit. A peine les Allemands parviennent-ils à ralentir l’élan des alliés que l’offensive repart au nord. Cette fois les poilus de Debeney traversent la Somme et établissent de solides têtes de pont. Plus au nord encore, les Britanniques stimulés par l’audace des Français ceinturent le mont Kemmel qu’ils s’apprêtent à reprendre et avancent vers Armentières.
A son QG, Foch prend chaque information avec sérénité et confiance. Son état-major vante alors « la quiétude, la paix qui règne, l’esprit de travail incessant sans fièvre et sans bruit ». Le généralissime a fait passer ce message : « Le travail doit s’accomplir dans une haute et sévère compréhension du devoir. » Alors qu’il sait que les troupes vont encore accomplir des exploits pour chasser l’ennemi du territoire il confie : « C’est dur de voir tomber tant d’hommes, sacrifices sanglants et cruels. Plus ils sont cruels, plus ils créent ce devoir supérieur de ne pas être vains. »
Pendant ce temps, l’ennemi est fébrile et son comportement à l’égard des populations des villages occupés des Ardennes se durcit. Preuve que les Allemands perdent confiance en eux.
Hervé Chabaud
Georges Clemenceau lors de sa visite éclair dans la vallée de la Marne.
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La visite le 28 juillet du président du Conseil Georges Clemenceau témoigne de l’intérêt du gouvernement pour la résistance qui s’est opérée ici. Accompagné des généraux Berthelot et Mordacq, le Tigre remet la fourragère au drapeau du 33e régiment d’infanterie coloniale (RIC) qui appartient à la division Marchand, le héros de Fachoda, puis visite les ruines de la maison Chandon. Il part pour Haut¬villers afin d’avoir une vue d’ensemble sur le secteur.
Peu après le sénateur Léon Bourgeois apporte des nouvelles encourageantes, confirmant la libération de Châtillon-sur-Marne et le recul ennemi sur Ville-en-Tardenois. Le 30 juillet, le trafic ferroviaire reprend mais la nuit suivante des bombes explosives sont larguées sur la ville. Plusieurs incendies se déclarent.
Le dimanche 4 août, le sénateur Ernest Vallée, président du conseil général, visite les quartiers sinistrés et les communes touchées de la rive gauche de la Marne. Il dresse un premier bilan lourd des dégâts. Le lendemain, six cents lits sont installés à la caserne Rolland. Les nuits suivantes, plusieurs alertes se produisent et quelques bombes tombent en centre ville. Epernay reprend son rôle de ville de l’arrière-front mais n’est pas à l’abri des attaques aériennes ennemies. Ainsi dans la nuit du 13 au 14 août, plusieurs escadrilles passent à l’attaque et larguent des bombes et des torpilles. Les propriétés Pol Roger et Chan-don sont touchées ainsi que plusieurs commerces. Deux avions larguent la nuit suivante quatre bombes sur la route de Cumières.
Le 24 août, une religieuse, sœur Sainte-Barbe reçoit la croix de guerre du général Cadoux. Le 2 septembre, l’express Epernay-Paris reprend ses navettes sur la ligne Paris-Nancy. Si les Allemands s’acharnent sur Epernay, c’est qu’ils croient que le quartier général de la Ve armée y est installé. Ils ne pensaient pas que les cavaliers du 16e’ et 22e dragons de Reims, commandés par le général Ferraud, et les chasseurs des 5e et 15e de Châlons, qui avaient repris Festigny et Oeuilly, préserveraient avec panache Épernay.
Les prix des principales denrées ne cessent d’augmenter en 1918.
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Les légumes frais deviennent des mets de luxe. Mieux vaut les acheter à la ferme ou chez les maraîchers plutôt que sur les étals des marchés. La pomme de terre s’achète entre 1 et 2 F le kilo. Les carottes qu’on payait 12 centimes le kilo en 1914 ne se vendent plus à moins de 80 centimes. Deux poireaux qu’on payait cinq sous valent désormais au moins 40 centimes et il est bien rare de trouver un chou à moins d’un franc. Le poisson est hors de prix. La viande est rare et chère.
Cette guerre qui n’en finit pas complique les approvisionnements si bien que les produits de première nécessité manquent. Le chocolat est introuvable. L’huile est rare. Sur la devanture des crémiers fromagers, on lit sou- I vent cet écriteau : « Pas de lait, 1 pas de beurre, pas d’œuf ni de fromage. » L’hectolitre de vin est passé de 15F en 1914 à 80 ou 90F à l’été 18. Bien sûr les régions proches du front subissent avec plus de rigueur les restrictions mais il est patent que sur les côtes, la situation n’est parfois pas plus enviable.
Anatole France écrit que dans les Alpes-Maritimes, on manque de tout. Le gouvernement est contraint de durcir le contrôle des prix. 4, création en 1917 d’un ministère du Ravitaillement est loin de régler tous les problèmes. « L’Illustration » explique à ses lecteurs la façon d’utiliser à plein rendement chaque espace de terrain. On recommande aussi de se restreindre et on vante le mérite d’accommoder les restes. Une carte d’alimentation unique comprenant six séries de coupons est distribuée aux familles. La première série de coupons est réservée pour le pain, la deuxième pour le sucre, les troisième, quatrième, cinquième et sixième restent sans emploi.
La nouvelle opération de reconquête fixée par l’état-major général est destinée à reprendre l’offensive de la Picardie à l’Argonne. Les régiments qui avaient, en juillet, dégagé la vallée de la Marne, sont à nouveau sollicités.
Travaux de consolidation des positions avant de monter à l’assaut.
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Les poilus du 37e RI relèvent les 1er et 3e bataillons du 22e RIC au sud-ouest de Reims, entre Ormes et le faubourg de Vesle. Le 2e bataillon est déjà mis en ligne dans ce secteur. Les régiments qui étaient restés en position sur les bords de Vesle ne doutent plus que Foch a décidé de porter l’estocade.
Pendant une semaine, les fantassins adaptent des positions défensives mais assurent aussi de nombreuses patrouilles. De nuit, certains petits groupes parviennent jusqu’à la route de Reims à Soissons. Tandis que sur la droite du front rémois, le 2e bataillon du 37e RI s’empare de la ferme de Constantine, à gauche, le 1er s’installe sur la cote 100 et le Mt Saint-Pierre à proximité de Thillois que le 160e RI, bloqué par des tirs de barrage, n’est pas parvenu à conquérir. Le lendemain, la Vesle est atteinte et au cours de la soirée, le 3’ bataillon relève le 2e. Les deux journées suivantes, plusieurs tentatives échouent pour déloger l’ennemi du château de Maretz et continuer la progression alors que le 65e RI tente de prendre la ferme de Baslieux et que le 160e essaie de lancer une tête de pont sur la Vesle face à Merfy. La détermination des poilus est impressionnante et finalement, le château de Maretz est pris.
Pour autant le commandant de la division ordonne d’interrompre la poussée afin de consolider les positions conquises. Le régiment reçoit la mission de s’infiltrer du côté de Saint-Brice pour récupérer le château de la Malle et surtout reconstituer la liaison avec le chemin de Thillois. Bref, tout le dispositif mis en place répond aux préparatifs de l’offensive qui doit être lancée le 30 septembre. Dans la nuit, des passerelles sont lancées sur la Vesle et dès le lever du jour, les soldats foncent. La première progression s’effectue sans encombres puisqu’en début d’après-midi, les poilus sont au bord de la route de Reims à Laon.
Autant dire que l’ennemi s’est retiré de vastes espaces de la ceinture rémoise. Ce résultat est la conséquence de la stratégie de harcèlement qui a été développée les semaines précédentes de manière à manifester une détermination conquérante.
Les fantassins regardent d’un côté les ruines de La Neu¬villette et se préparent à une contre-attaque. Jamais jusqu’ici, qu’ils aient été surpris ou accrochés, les Allemands n’ont abandonné leurs positions sans donner le change, c’est-à-dire l’impression de se battre au moins pendant quelques jours.
Dès le lendemain, l’ennemi repart en contre-offensive et tente de reprendre les positions dont il a été chassé. Pour ce faire, les Allemands s’appuient sur les tranchées qu’ils occupaient avant l’attaque du 27 mai. Les fantassins du 37e ne s’en laissent pas compter. Ils se distinguent en première ligne et attaquent plusieurs ouvrages défensifs comme celui de Grouin. C’est dans cette ambiance que les premiers jours d’octobre correspondent à des temps de vifs échanges entre Français et Allemands ; Au matin du 4, après une brève mais intense préparation d’artillerie, les 6e et 10e compagnies, sous le commandement du chef de bataillon Conrad, s’élancent à l’assaut. L’ennemi est surpris par les cris et la hargne des Français. Il abandonne des nids de mitrailleuses et près de 80 soldats sont faits prisonniers. La 10e compagnie reçoit la citation suivante à l’ordre de la division : « S’est élancée à l’attaque d’un labyrinthe d’où tiraient de nombreuses mitrailleuses protégées par un épais réseau de fils de fer. S’est emparée de la position après avoir fait prisonnier deux officiers et quarante soldats. A gardé le terrain conquis malgré plusieurs attaques à la grenade ». La 6e compagnie est également citée à l’ordre de la brigade pour son bel entrain.
Hervé Chabaud
Les ruines de l’église de La Neuvillette.
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Le 15, un intense bombardement d’artillerie se produit dès 5 heures, et dans la foulée, deux détachements de l’adversaire partent à l’assaut de la tranchée Branly qui est à l’est de La Neuvillette. Les soldats français sont contraints à un repli tactique sur la parallèle de résistance, si bien qu’ils peuvent alors utiliser leurs mitrailleuses ainsi que des tirs nourris de grenades pour déloger « les boches ». Pour se prémunir contre de nouvelles offensives ciblées, les artilleurs effectuent un tir de barrage devant la ferme Pierquin pendant l’opération de l’ennemi. Le réglage est alors assuré par un ballon ! Pour ne prendre aucun risque inutile, une concentration d’artillerie lourde de campagne et de moyens plus légers est opérée autour des villages de Thil, Pouillon, Saint-Thierry et du Moulin de Villers, cela en coo¬pération avec l’artillerie de la Ve armée. Ce sont des 75 et des 155 qui sont employés.
Le 16, ce sont encore trois patrouilles allemandes de reconnaissance qui sont dispersées par les tirs amis au nord de Reims. L’audace ennemie est réelle, aussi au nord-est de La Neuvillette, on n’évite pas un corps à corps.
Le 17, ce sont cette fois les patrouilles françaises qui sont accrochées. L’une d’elles, qui s’approche de Bétheny, est allumée par un groupe d’Allemands qui, après un feu intense se replie en emportant ses blessés. Pour ne pas donner l’impression de subir, l’artillerie alliée envoie plus de 800 obus de 75 et une quarantaine de 155 sur la verrerie de La Neuvillette. Dans le même temps, l’aviation du corps d’armée réussit une trentaine de clichés des positions qui s’échelonnent de Cernay-lès-¬Reims en passant par les Cavaliers de Courcy, jusqu’à Brimont. De précieuses informations sont recueillies.
Le crapouillot, compagnon des poilus pour la nouvelle offensive.
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Le 6 septembre, les unités françaises entrent à Ham puis à Chauny et contraignent les Allemands à se replier vers la ligne Hindenburg et l’un de ses points d’ancrage qui est Saint-Quentin. La forte poussée des poilus déstabilise l’ensemble de la ligne de feu ennemie, ce qui oblige l’armée du général von Boehn à abandonner toutes ses positions situées au nord de Soissons à la 10e armée du général Manin. Cette avancée spectaculaire est également patente sur le front tenu par les 1er, 3e et 4e armées britanniques commandées par les généraux Orne, Bing et Rawlinson.
Les Anglais exercent une redoutable pression en direction de Saint-Quentin et de Cambrai. Les Allemands y ont concentré des forces et comptent s’appuyer sur les fortifications de la ligne Hindenburg pour clouer sur place les troupes d’assaut alliées. L’état-major n’envisage pas ici une attaque frontale au regard des solides positions allemandes. En frappant les flancs et en affaiblissant le dispositif général, Foch compte sur le repli allemand. Il considère que l’état-major ennemi ne prendra pas le risque de milliers de prisonniers au sein de ses unités.
Appuyés par les Canadiens, les Australiens et les Néo-Zélandais, les alliés qui ont déjà bousculé le verrou Drocourt-Queant du 2 au 4 septembre tiennent à ce que la ville de Saint-Quentin soit vidée de ses occupants. Pour cela une poussée est effectuée sur la poche de la Lys constituée lors de l’offensive Georgette du mois d’avril. Les Allemands sont alors contraints de se replier sur Le Catelet aménagé en place défensive.
Du 1 er au 10 octobre, de violents combats sont menés au nord de Reims alors que les Allemands tentent de retarder l’inexorable progression des Alliés. Les fantassins français entretiennent une redoutable pression.
L’ennemi a fortifié ses lignes de défense. Il va être difficile à déloger
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Les Français progressent en bon ordre. La coordination des assauts est un atout majeur, d’autant que l’ennemi n’a laissé que de faibles effectifs pour donner le change.
L’état-major adverse compte stopper les troupes françaises au bord de la Suippe ; c’est pourquoi il a ordonné à ses troupes à pied de se replier derrière la rivière et de se fortifier si nécessaire dans les ruines des villages qui la bordent. Le 37e RI est intégré dans ce mouvement de vaste ampleur. Ses 7e et 2e bataillons filent vers Courcy qu’ils occupent avant d’atteindre le bois Soulain et d’entreprendre des reconnaissances en direction de Bourgogne. La progression est stupéfiante de rapidité puisqu’au coucher du soleil, les premières compagnies sont à six cents mètres de la rivière et s’installent dans des bois de sapin.
Plus question de progresser puisque la zone est bien couverte par les nids de mitrailleuses de l’ennemi qui dispose aussi de solides lignes de défense.
L’état-major profite de la nuit pour faire franchir le cours d’eau à des éléments légers mais l’infiltration s’avère impossible.
L’ennemi multiplie, jusqu’au 7 octobre, les contre-offensives aussi est-il plus utile de défendre les nouvelles positions plutôt que de s’aventurer dans un terrain incertain et risquer une mini-débâcle.
Le long de la route conduisant de Bourgogne à Saint-Étienne-sur-Suippe, la situation est difficile mais elle aussi délicate du côté de Bazan¬court et de Boult-sur-Suippe.
Dans l’Aisne, les troupes alliées qui se trouvent au nord de Sois¬sons choisissent l’axe du Laon-nois pour dépasser le Chemin des Dames et filer en direction de Sissonne.
Pendant ce temps, les poilus du 37e RI concentrent des moyens autour de la ferme Guerlet à l’Ouest de Saint-Etienne-sur-Suippe. Les Allemands semblent ébranlés et ils résistent principalement devant la grande ferme située à l’entrée de la commune.
Le 8 octobre, une attaque menée contre la ferme et à la lisière sud du village permet à la 5e Cie du régiment de conquérir la ferme tandis que les 9e et 11e établissent une solide tête de pont au sud-ouest de Saint-Etienne-sur-Suippe et au nord de la ferme Guerlet. C’est un coup qui est porté au moral de l’adversaire mais ici encore, les Allemands ont déroulé des centaines de mètres de fils barbelés qui s’ajoutent aux obstacles de franchissement préalablement construits. Face à cette ligne très structurée, l’état-major de la division choisit une organisation défensive des fantassins.
Le 9 octobre après une intense préparation d’artillerie, les Allemands attaquent sur tout le front du 37e RI. Devant la ferme Guerlet, l’ennemi est repoussé sans ménagement. Au centre, favorisé par le brouillard et de hautes herbes, il réussit à encercler un groupe de fantassins. La situation reste critique et comme le 37e est sollicité depuis plusieurs jours en première ligne, il est remplacé par la 3e brigade de zouaves qui est venue bivouaquer à Bezannes au Sud de Reims.
Sur la route de Châlons-sur-Marne à Suippes, à hauteur du village de Cuperly, le 403e RI s’abrite aussi dans des bois de sapins avant de partir à l’assaut en direction de la ferme de Nava¬rin et de Sommepy. Le capitaine Adam avec le 2e bataillon sait que l’ennemi y a fortifié ses lignes de tranchées sur huit kilomètres de profondeur. Il se prépare avec ses hommes à la ferme de Piémont à l’entrée de Suippes. Avant de prendre position dans des tranchées à deux kilomètres du bourg, les poilus reçoivent quatre jours de vivres. Ce n’est pas de trop avant de franchir quatorze tranchées ! La première se trouve à six cents mètres des poilus du 403e RI et est occupée par des chasseurs bavarois qu’on dit démoralisés. Aussi l’optimisme est de rigueur avant la préparation d’artillerie destinée à fracasser leurs positions.
Hervé Chabaud
Prochain article : Éventrer les lignes adverses
L’ennemi n’a pas renoncé à se défendre.
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Il est patent que les Allemands renforcent leurs positions défensives et s’adonnent à des travaux du génie qui préoccupent les officiers français. Dès qu’une patrouille s’avance, elle est allumée par les mitrailleuses ennemies dont les positions sont consolidées.
L’artillerie de l’adversaire augmente la cadence de ses tirs sur le secteur de Merfy et autour du Moulin de Maco.
A l’Est, des soldats réussissent à avancer jusqu’au ruisseau des Trois-Fontaines et entre le Parc de la Malle et la Vesle. Là aussi, les fantassins du Kaiser s’activent et creusent pour mieux se protéger.
Toujours le 24 vers 16 h 45, des Allemands franchissent le canal pour tenter un coup de main sur le secteur voisin qui est tenu par la 2e DIC à environ 200 m au nord-est du Pont de Saint-Thierry. Ils sont débusqués et pris sous les tirs des fusils-mitrailleurs des poilus de la 168e. Pour les dissuader de revenir, l’artillerie effectue un tir de harcèlement au moyen de ses 75 et donne même du 155 sur Maco et la carrière de Châlons-sur-Vesle ! Ce sont au total quatre cents obus qui sont envoyés. Les Allemands répliquent et visent à la fois Gueux, Vrigny ainsi que les bois qui entourent Chenay, Ormes, la petite route conduisant d’Ormes à Thillois. Saint-Brice-Courcelles et Champigny ne sont pas épargnés. L’aviation réussit plusieurs observations pour guider les tirs sur les batteries adverses.
Il faut sécuriser la progression des fantassins.
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Tandis que les fantassins harcèlent l’ennemi qui se maintient à la ferme de Baslieux, l’artillerie multiplie ses tirs de réglages des deux côtés. Chacun s’épie et si on a l’impression que le front n’est pas près de bouger, la vigilance de part et d’autre témoigne du contraire. Les canons allemands tirent même plus que de coutume et plusieurs obus tombent le 28 septembre sur Bezannes, Pargny¬-lès-Reims et Coulommes-la-Montagne. On recense six cents coups dont cent soixante de gros calibres.
Tandis que l’ennemi densifie ses réseaux de barbelés à l’ouest de Reims pour compliquer les franchissements à venir, les éclaireurs et les observateurs aériens confirment d’importants mouvements de troupes.
Dans la matinée du 28, toutes les informations croisées concordent. L’ennemi a formé des colonnes de fantassins qui retraitent de Loivre vers le village de Bourgogne, En fin de matinée, de nouveaux convois sont identifiés à la sortie de Bourgogne en direction de Boult-sur-Suippe et se cachent à l’approche des avions dans les bois situés au sud-ouest de ce village proche des frontières ardennaises et axonaises. Il s’avère que l’ennemi accélère son repli avec l’intention d’utiliser le cours de la Suippe pour reconstituer une ligne de défense. Autant dire que les unités sont certaines de subir, dans cette plaine, un feu violent même si elles parviennent à desserrer l’étau de l’adversaire autour de Reims. Bref, les travaux observés sont plutôt destinés à ralentir la progression des alliés qu’à engager un combat interminable. Cela gonfle le moral des poilus qui ne se sentent pas pour autant sortis d’affaires.
Jusqu’à la mi-octobre sur le front de Meuse Argonne, la 77e DI américaine reprend à l’ennemi des positions stratégiques dans des secteurs escarpés à la charnière de la Marne et des Ardennes.
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La première phase de progression est destinée à tailler un saillant d’une douzaine de kilomètres sur le front de la ligne Hindenburg. Le premier choc est opéré dans le secteur de Binarville où les réseaux de tranchées sont impressionnants. Les doughboys conquièrent des positions et semblent réconfortés puisqu’ils trouvent chez l’adversaire des stocks de bouteilles d’eau minérale. Le répit est de courte durée.
Dès le 27 septembre, les Américains sont soumis aux terribles contre-offensives de l’ennemi qui déciment ses rangs. La situation est compliquée par un ravitaillement irrégulier. La situation est provisoirement rétablie le 30 septembre. Convoqués au QG US, le major Whittlesey du 308e reçoit l’ordre de prendre position au Moulin de Charlevaux. C’est le début de l’histoire du « Bataillon perdu ».
Les soldats doivent dans un premier temps atteindre le ravin du ruisseau de Charlevaux et prendre position près de la route qui conduit vers le moulin. La conquête de la position est impérative le 2 octobre ! Après un tir de barrage assuré par l’artillerie de campagne, Whittlesey et ses hommes montent à l’assaut accompagnés par des sections de mitrailleuses. L’attaque n’est pas assez puissante en tout cas, l’adversaire parvient à repousser les Américains. Cela confirme qu’il a renforcé ses positions et tient à conserver ce front.
Le général US Alexander ne veut rien savoir et ordonne un deuxième assaut. Près de sept cents soldats s’élancent et malgré de lourdes pertes parviennent à faire une trentaine de prisonniers et d’occuper un petit ravin au sud du Moulin de Charlevaux. Immédiatement les Américains déploient un système défensif en disposant leurs mitrailleuses sur les flancs de leurs positions.
Le 3 octobre, Whittlesey dépêche plusieurs estafettes vers le QG US mais il s’aperçoit vite qu’il est en passe d’être encerclé par l’ennemi. Les autres unités n’ont pas progressé de la même manière. Le major sait que sa troupe risque d’être anéanti aussi envoie-t-il un premier pigeon voyageur alors que l’artillerie allemande les pilonne.
A l’arrière la situation est jugée inquiétante même si le bataillon perdu réussi en fin de matinée à recevoir un renfort de 150 hommes dirigés par le lieutenant Holdermann. Il est impossible d’évacuer les blessés et le manque de nourriture et d’eau se fait sentir tandis que la gestion des munitions exige un juste emploi des stocks restants. Whittlesey lâche alors un deuxième pigeon et explique une conjoncture dégradée. Dans l’après-midi du 4, l’étau se resserre et les Allemands lancent une violente attaque contre la poche américaine en mitraillant les positions de tous les côtés. La riposte s’avère de plus en plus complexe mais les doughboys conservent tous leurs points d’appuis au prix de grands sacrifices. Si en fin d’après-midi, les Américains soufflent un peu lorsque leur artillerie matraque la crête infestée d’Allemands, ce n’est que partie remise. Le major expédie son dernier pigeon pour réclamer qu’on rallonge les tirs qui commencent à s’abattre sur ses propres sections à demi enterrées.
Le 5 à l’aube, les avions US cherchent « le bataillon perdu ». Le relief accidenté et la végétation ne facilitent pas la tâche.
Le 6 des appareils US larguent des colis dans l’espoir qu’ils soient récupérés par les leurs. En vain. En fin de journée, les dernières munitions sont épuisées.
Le 7, les Allemands essaient d’obtenir la reddition des Américains en forçant l’un des prisonniers à être le médiateur du renoncement. La réponse de Whittlesey est claire : « Allez au diable ! Si vous nous voulez, venez nous chercher. » Ils ne viendront pas et les Américains seront sauvés in extremis.
Hervé Chabaud
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Le 19 dès 7 heures, le 3e bataillon franchit l’Oise entre Sissy et Châtillon sur des passerelles confectionnées par les pionniers du régiment. En début d’après-midi, les fantassins occupent Ribemont dont ils contrôlent les accès, ils s’emparent aussi de Lucy et de la cote 105. Les Allemands se réorganisent de l’autre côté de la rivière et organisent une forte résistance avec l’appui de groupes de mitrailleuses. Les hommes du 2e bataillon ne renoncent pas à les harceler ni à conquérir un important ouvrage de défense à l’est de Lucy. Cette pression maintenue permet à l’état-major de la 168e DI de préparer une attaque contre Villers-le-Sec et plusieurs ouvrages répertoriés voisins qui verrouillent les passages possibles. L’assaut qui est programmé pour le 24 doit bénéficier de l’appui du 9e RI qui poussera sur la gauche tandis que des unités de la 153e Dl se placeront sur la droite. Le 37e RI doit réduire plusieurs points de résistance proche de Lucy notamment pour que le bois des Marais de Lucy soit débarrassé des mitrailleuses allemandes.
La joie est grande, lorsque le capitaine Adam peut lire : « L’Allemagne demande un armistice » et en sous-titre : « L’Allemagne, l’Autriche, la Turquie s’adressent au président Wilson et proposent d’engager immédiatement des pourparlers de paix. » « Voici une bonne nouvelle qui fait oublier la fatigue » relève l’officier.
Le 7 octobre dès 3 heures, il faut regagner la position de la deuxième tranchée allemande de Saint-Souplet. Les soldats y restent jusqu’au 9 puis en fin de journée, ils sont désengagés et passent par Saint-Souplet avant de se diriger vers Saint-Hilaire, Mourmelon-le-Grand et Mourmelon-le-Petit avant de pénétrer dans le camp de Châlons.
Le 10 à 5 heures, les soldats épuisés s’installent dans des cantonnements en briques et n’en reviennent pas d’autant de confort. Les nouvelles sont satisfaisantes puisque les Allemands continuent de reculer vers Rethel comme dans l’Argonne ardennaise.
Adam écrit à ses parents pour leur confier sa peine d’avoir perdu son ordonnance : « Je suis bien attristé depuis ce matin par l’annonce de la mort de mon pauvre Salis qui n’a pas survécu à sa blessure du 28 septembre. Il est mort en fait le jour même à 19 heures à l’ambulance de Suippes des suites d’une péritonite. Je ne peux pas me faire à la disparition de mon fidèle ordonnance qui ne m’avait jamais quitté depuis trois ans et demi et avait partagé avec moi les mêmes misères et les mêmes dangers. J’avais laissé une lueur d’espoir à sa femme très inquiète qui m’avait écrit il y a quelques jours. »
Le 15 octobre, la jeune veuve lui répond : « Je vous remercie de l’intérêt que vous portiez à mon mari et des renseignements que vous me donnerez sur sa mort et l’endroit où il est resté. J’ai reçu une lettre de Sené. Mon mari lui a fait ses dernières recommandations. Jamais je ne pensais qu’il y resterait. J’ai vu sa mère tantôt ; sa peine égale la mienne. Heureusement que notre petite fille ne comprend pas bien encore. Si elle savait le papa qu’elle perd. Il faut du courage pour notre enfant. D’elle, Monsieur, un bon baiser pour la peine que vous avez de son papa. Permettez-moi de vous envoyer mon amitié en échange de celle que vous aviez pour lui. »
Entre Meuse et Argonne marnaise et ardennaise, les Américains sont mis en ligne pour hacher les lignes de défense articulées en plusieurs blocs de résistance par un ennemi déterminé à ralentir l’avancée des alliés.
De très nombreuses munitions sont dépensées pendant la progression.
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Des cantons de Grandpré et de Buzancy, Ville-sur-Tourbe jusqu’en Meuse, les forces ennemies comptent sur le général von Gallwitz pour stabiliser le front. Dix divisions ont été mises à sa disposition pour être opérationnelles en première ligne et autant lui sont assurées en réserve. La défense qu’il organise s’articule sur quatre lignes construites sur une profondeur de trente kilomètres. Toutes ces tranchées sont protégées par des kilomètres de lignes de barbelés tandis que des nids bétonnés de mitrailleuses sont installés de manière à balayer tous les champs de progression. L’artillerie possède aussi de solides positions abritées.
La première ligne de défense débute sur le ruisseau de Forges au Nord de Vienne-le-Château près du petit village de La Harazée. Elle se poursuit vers Malancourt, Avocourt, Vauquois et Boureuilles.
La deuxième ligne est orchestrée autour de Montfaucon et part vers l’ouest en direction de la forêt d’Argonne. Les unités du génie ennemi y ont installé des cloisons accrochées aux arbres qui interdisent toute progression par les chemins naturels.
La troisième ligne va d’Haraumont à l’est de la Meuse jusqu’à la forêt en passant par Cunel, Romagne et enfin Grandpré.
La dernière ligne se développe depuis Barricourt pour glisser vers Thénorgues et s’amarrer au dispositif allemand à Buzancy. Toutes ces positions défensives sont protégées sur leurs flancs par une artillerie puissante disposée de part et d’autre de la forêt d’Argonne.
Si l’ennemi a fait autant d’effort, c’est en raison des voies ferrées qui lui sont indispensables pour poursuivre son effort de guerre. S’il ne maîtrise plus l’axe Metz-Sedan-Lille, il sera vite en grande difficulté y compris pour coordonner sa retraite au-delà du Rhin.
Le secteur qui est attribué aux Américains est depuis septembre aux mains de la 2e armée française entre Regneville sur la Meuse et La Harazée en Argonne marnaise. La relève par la 1re armée américaine est organisée dans la plus grande discrétion. Le général Pershing s’apprête à mettre en ligne quinze divisions dont sept ont été engagées dans la réduction victorieuse du saillant de Saint-Mihiel. Les huit dernières viennent d’achever leur instruction en Haute-Marne et dans les Vosges, enfin trois arrivent des environs de Soissons et une de Bar-le-Duc. Pétain renforce ce dispositif du 2e corps colonial et du 17e corps fort de ses six divisions d’infanterie et de la 5e division de cavalerie. En outre, près de 2.800 pièces d’artillerie sont mobilisées pour réussir une opération qui est programmée du 26 septembre au 3 octobre.
Le 26, à 5 h 30, trois corps américains partent à l’assaut et enlèvent d’un élan magistral les premières positions de la défense ennemie. Si les soldats avancent de deux kilomètres, ils ne parviennent pas à s’emparer de Montfaucon. Le 27, les Allemands durcissent leur résistance mais les soldats US du général Cameron conquièrent Montfaucon. Dans la forêt d’Argonne, les hommes de Ligget marquent le pas mais les positions de l’adversaire sont entamées. Toutefois, la progression de la 1re armée US est estimée insuffisante par Pétain qui critique l’impuissance de ses chefs et un ravitaillement chaotique. Foch est moins sévère mais il envisage une restructuration des effectifs qui déplaît à Clemenceau. Finalement pour éventrer les lignes de l’adversaire, Foch maintient l’organisation initiale mais prévient Pershing le 2 octobre : « Il faut que vos attaques partent sans tarder et qu’une fois parties, elles se continuent sans temps d’arrêt analogues à ceux qui viennent de se produire. »
Hervé Chabaud
Ces obus qui effraient les soldats.
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A Suippes, au cours de la bataille qui implique la 43e DI commandée par le général Michel, trois groupements sont positionnés sur une ligne de front de trois kilomètres à la lisière sud du camp de Suippes. A l’est, ce sont les poilus du 158e RI, au centre les hommes du 1er et 31e bataillons de chasseurs et, à l’ouest, les soldats du 149e RI.
Lorsque l’assaut français est lancé le 26 à 5 h 15, après six heures de préparation d’artillerie, les chasseurs progressent dans l’obscurité et par un épais brouillard. Malgré cette absence de visibilité, ils réussissent à occuper leur premier objectif dès 7 h 30. Il s’agit d’une bosse située au sud de la route conduisant de Sommepy à Tahure. Vers 9 h 40, le brouillard se lève aussi à 200 mètres au sud de cette même route, les chasseurs découvrent le Mont-Muret. Les braves s’élancent baïonnette au canon, dépassent le sommet et prennent position à 10 heures sur la lisière nord.
De nombreux soldats allemands s’enfuient. Les derniers nids de résistance sont réduits au silence. En effet, la ligne Souain, Mont-Muret, Tahure a été fortifiée. Les chasseurs font cent cinquante prisonniers et aménagent leurs positions pour passer la nuit. Le 27 à l’aube, sur un axe sud-nord, l’ennemi, qui a réorganisé une ligne de mitrailleuses, interdit toute progression.
Les officiers réclament l’intervention de l’artillerie et une section de chars qui se présente à 8 h 20. Les chasseurs poussent vers les Ardennes et, le lendemain, de violents échanges ont lieu entre Sommepy et Aure. Ils réussissent à franchir la voie ferrée. En fin de journée, la 43e DI est relevée par la 13e. Si le 1er bataillon a enregistré peu de pertes, le 31e a payé un lourd tribut.
Le 1er est cité à l’Ordre de l’armée : « Le 26 a triomphé superbement des résistances les plus énergiques. Les 27 et 28 a continué à combattre avec la même ardeur, enlevant tous les objectifs capturant en ces trois jours d’assaut plus de sept cents prisonniers. » Un bel exemple.
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A 5 h 45, les poilus savent qu’ils doivent se glisser entre le port de la Neuvillette et les Cavaliers de Courcy pour mieux avancer en direction de Bourgogne. L’avancée n’est pas facile puisque l’ennemi défend encore Loivre et Courcy ainsi que la bordure ouest du canal où se trouvent encore de fortes concentrations de mitrailleuses. Les tirs allemands en direction de Pouillon et de Thil n’impressionnent pas les Français qui observent dans la journée du 2 plusieurs combats aériens.
Un avion ami poursuivi par trois ennemis s’écrase au sud de la Garenne à l’entrée de Gueux. Les fantassins du 85e, aidés par l’artillerie, parviennent à conquérir Loivre mais en raison d’une violente contre-attaque, ils sont contraints de renoncer et se replient. Le 27e RI informe que les Allemands font sauter les ponts sur le canal. Le 3, après une courte mais intense préparation d’artillerie, le 95e RI s’empare de Loivre, ce qui permet en fin de journée aux unités de la 16e DI de border le canal de la Marne à l’Aisne. Le même jour, le 79e RI pénètre la tranchée des bourricots et occupe la tranchée du Pirey, ce qui permet aux hommes de se positionner à 250 mètres de la lisière sud-ouest de Loivre.
Le 4, le 79e avance dans le boyau de la Dansette en direction du canal et permet au 37e RI de s’emparer au lever du jour de l’ouvrage de défense du Grouin et de la tranchée de la Chenille. 75 adversaires se rendent. Les observateurs notent une retraite des Allemands, aussi ne sont-ils pas surpris de voir des colonnes de fumées s’élever depuis Bourgogne où l’ennemi allume des incendies avant de se replier derrière la Suippe.
L’État-major orchestre la progression de troupes en direction de la Belgique et des Ardennes. Les avancées au nord de Reims sont consolidées par l’avancée d’autres troupes depuis le secteur de Suippes.
Les Allemands en repli emportent tout ce qu’ils peuvent avec eux.
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L’arme saisie tire une cartouche en acier aussi grosse que le pouce et perce les blindages avant de provoquer l’embrasement de l’intérieur du char. La progression se fait le long de la ligne jusqu’à Sommepy. Les rails passent à cet endroit sur un remblai de trois mètres de haut.
Alors que les officiers attendent l’arrivée d’une section de tanks pour neutraliser plusieurs positions d’armes automatiques de l’ennemi, ils aperçoivent les chars avancer beaucoup trop à droite et être la cible des canons boches.
Plusieurs brûlent tandis que les obus explosent à l’intérieur. Bref, le franchissement de la Py par les fantassins est stoppé puisque la tête de pont est sous le feu nourri des mitrailleuses de l’adversaire. Plusieurs blockhaus puissamment défendus interdisent tout mouvement. Le capitaine Adam qui reçoit plusieurs cavaliers leur demande de neutraliser les positions fortifiées sans s’exposer inutilement. « Vous allez reconnaître un passage sur la Py pour les chars et pendant ce temps, je vais demander au colonel un tir d’obus fumigènes sur la crête qui nous domine de façon à aveugler les observateurs ennemis. Quand ce feu sera déclenché, vous pourrez franchir sans risque le passage dangereux. » Malheureusement, les fumigènes ajoutent à la confusion et certaines positions que l’on croit abandonnées par l’adversaire sont toujours tenues. Là où les chars échouent, les fantassins sans protection ne peuvent rien si ce n’est être fauchés comme les blés par les balles allemandes. Le 2 octobre, un bataillon du 403e RI est envoyé à un kilomètre de Sainte-Marie-à-Py. Là aussi, la deuxième position allemande semble imprenable. Le lendemain la situation est confuse et les troupes sont clouées sur place. Le 4 vers 2 heures, le colonel ordonne que tout le 2e bataillon se porte à hauteur de la voie ferrée.
Cette fois, l’ennemi reste silencieux. Les patrouilles constatent que les Allemands ont évacué leurs lignes. Le capitaine Adam écrit : « Pour la première fois depuis quatre ans, le régiment prend au combat une formation de marche d’approche à travers champs. Le 1er bataillon est à l’avant-garde du régiment, le 3e marche en échelon à gauche, le 2e en échelon à droite ».
Les poilus retrouvent le moral, dépassent Saint-Souplet-sur-Py et le bois du Grand Bellois. La progression est déjà de trois kilomètres depuis le matin et les hommes approchent de Saint-Clément-à-Arnes dans les Ardennes.
C’est à cette hauteur que se trouve la troisième et dernière position ennemie. Bientôt, le 1er bataillon arrive sur Saint-Pierre-à-Arnes et prend la direction de Juniville et fait la jonction avec des compagnies du 19e RI.
Les passerelles sur l’Arnes ont été détruites ou piégées. Les sapeurs doivent faire leur travail avant que le 265e RI soit envoyé plus avant. Les fantassins du 403 sont retirés le 10 et envoyés se reposer dans le camp de Châlons alors que le recul allemand s’établit désormais à une petite dizaine de kilomètres de Rethel.
Les fantassins du 403 passent quelques jours de repos dans la Vallée de la Marne à Damery. Le 18 octobre, c’est le retour à pied vers le front via Auménancourt, Poilcourt, Asfeld.
L’objectif est l’attaque fixée au matin du 25 octobre sur la route Banogne-Recouvrance et Condé-lès-Herpy de manière à s’ouvrir un passage pour gagner Charleville et Mézières par la route de Signy-l’Abbaye. Avant d’espérer voir la Meuse, il faut encore franchir trois lignes de défense de l’adversaire en suivant la 45e division.
Hervé Chabaud
Jusqu’au 10 octobre, la bataille fait rage aux portes de Bazancourt.
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La poussée française s’accentue. Le 5 octobre, le 85e RI précédé par un barrage roulant de 75, attaque au-delà du canal de la Marne à l’Aisne. Des reconnaissances poussent rapidement jusqu’à Orainville et Pontgivart. Les batteries d’accompagnement et des compagnies du 1er régiment d’artillerie coloniale (RAC) franchissent le canal avant que le génie ait établi les moyens habituels de passage !
De son côté, le 44e RAC serre au plus près le canal, si bien que les poilus s’emparent des passages de la Suippe à hauteur de ces deux villages. Le 6, l’infanterie s’empare d’Auménancourt-le-Petit et de la ferme Guerlet, mais se heurte au nord de la Suippe à une forte résistance ennemie.
L’artillerie boche en profite pour pilonner Orainville et Pontgivart. Sur Bazancourt, les hommes du 5e bataillon de tirailleurs sénégalais et les trois bataillons du 21e RIC montent à l’assaut et, dans la soirée du 5, occupent la première position allemande.
En liaison à droite avec le 7e RIC et à gauche avec le 160e RI mènent de durs combats jusqu’au 10 octobre pour élargir leurs têtes de pont le long de la Suippe. Chaque jour, les Allemands engagent des contre-attaques qui sont préparées par d’intenses concentrations d’artillerie et l’emploi de nombreux obus à l’ypérite.
Les 27 et 95e RI se maintiennent dans une atmosphère empoisonnée et une compagnie du Génie divisionnaire rétablit le passage d’Orainville saturé par les gaz. La bataille fait rage aux portes de Bazancourt. Ce n’est que le 10 octobre que l’étreinte de l’ennemi est définitivement desserrée.
Malgré les pertes, toutes les positions conquises sont conservées et les Allemands qui avaient un moment repris pied dans le village vers le cimetière sont définitivement chassés.
Dans l’effort, le 21e RIC a 73 tués, 225 blessés et 65 disparus, Le 5e BTS 23 tués, 171 blessés et 71 disparus.
Au bout de cette route se trouve le nœud ferroviaire de Bazancourt.
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Les progressions sont confirmées également sur l’axe Lavannes, Caurel, Pomacle. Le canton de Bourgogne est en passe d’être libéré, mais surtout le nœud ferroviaire de Bazancourt qui permettait à l’ennemi de remonter jusque dans les Ardennes vers Challeranges lui est interdit. Les poilus reprennent leur marche et, toujours aussi opiniâtres avec les 16e et 45e DI, traversent le rideau de mitrailleuses qui avait été laissé en arrière-garde par un ennemi qui a décidé d’organiser une nouvelle ligne de défense cette fois dans le Rethélois.
Bref, les fantassins approchent de la Retourne. La résistance ennemie est patente avec la constitution de nouveaux nids de mitrailleuses. Les compagnies du Génie des deux divisions d’infanterie ainsi que deux équipages de ponts sont mis sous les ordres directs du colonel qui commande le Génie du corps d’armée pour le lancement de deux ponts de bateaux à Asfeld ville et à Vieux-lès-Asfeld.
L’opération qui est conduite par le colonel en personne est réalisée sous des tirs nourris, mais elle permet, le 13 octobre à l’aube, le passage des fantassins puis, en fin d’après-midi, de l’artillerie.
Bien organisés et toujours aussi motivés, les poilus occupent leur journée à réduire au silence les derniers points de résistance de l’ennemi. Les Allemands reculent encore pour se tapir derrière le ruisseau des Barres où ils installent cette fois des mitrailleuses portatives.
Le 14, le combat est violent mais les fantassins français prennent l’avantage sur le ruisseau et consolident leurs positions. Le front s’étend alors de Nizy-le-Comte à Saint-Germainmont en passant par le cimetière de Le Thour. Les 16e et 45e DI sont alors engagées dans des attaques de harcèlement près de la position ennemie dite Hünding.
Poursuivre le dégagement de l’Aisne tout en entreprenant celui des Ardennes après avoir conforté la libération des territoires marnais s’inscrit dans la logique de l’Etat-major général allié.
Le port du masque s’avère indispensable
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LA montée des renforts vers les points d’attaque des positions fortifiées ennemies de la Hünding stellung est l’occasion pour les poilus de constater l’ampleur des dégâts dans la campagne axonaise et dans le nord rémois.
Le 24 octobre, les derniers préparatifs sont ordonnés avant la poussée projetée dès le lendemain à l’aube. Vers 18 h 30, les troupes quittent Auménancourt, traversent Poilcourt et rejoignent Asfeld en milieu de nuit. Trois objectifs sont identifiés : la route Banogne-Recouvrance, Condé-lès-Herpy ; le village de Saint-Fergeux et la crête qui domine le ruisseau proche de la commune, puis Chaumont-Porcien et Doumely-Bégny. Le 403e RI doit accompagner la progression de la 45e DI mais six kilomètres en arrière. Le mouvement s’engage d’Asfeld à Juzancourt puis par le sud de Saint-Germainmont.
Dans un premier temps, il s’agit de prendre position dans les bois qui surplombent légèrement le bourg. Le 27 octobre, une importante réunion rassemble les chefs de bataillon. Une autre attaque doit être déclenchée à 11 heures. Le 3e bataillon du 403e RI doit remplacer plusieurs unités de la 28e division et forcer plus au nord sur un front de cinq cents mètres pour évaluer la volonté de l’ennemi de tenir ses positions.
Vers midi, des troupes gagnent la tranchée de la première position de la Hünding stellung conquise la veille au matin. Le 2e bataillon est cantonné dans un petit bois où les trous et cavités laissés vacants par les poilus du 1er bataillon sont rapidement occupés.
L’après-midi est calme et les fantassins observent avec un plaisir partagé des avions de bombardement français qui se dirigent vers le village de Seraincourt. Les nombreuses explosions qui retentissent au loin confirment que les alliés ont acquis la maîtrise du ciel. C’est un sérieux réconfort pour les hommes qui savent la précision des données communiquées par les aviateurs aux batteries d’artillerie.
Pendant ce temps, les Allemands reconstituent des positions de défense pour protéger les lignes ferroviaires de ravitaillement plus au nord et assurer les débarquements sur Mohon et Sedan. Le 28 octobre, la progression prévue n’a pas lieu. Des nids de mitrailleuses interdisent de quitter les tranchées et les abris provisoires. Le 29, les 407e et 410e RI sont placés en première ligne avec l’ordre de partir à l’assaut de l’ennemi à 11 heures. Le 403 est pour partie en réserve et chargé d’appuyer le 410 si besoin s’en fait sentir. Très vite, il faut mettre les masques. L’adversaire envoie des salves d’obus toxiques et chacun se réfugie comme il peut dans d’anciennes positions allemandes inachevées.
Le 30 octobre, l’ennemi déclenche un très violent bombardement sur l’ensemble des positions françaises. Pendant trois heures, le pilonnage est intense. Lorsque le calme revient, les chefs de bataillon font le tour de leurs compagnies pour évaluer les dégâts. Dans les zones fortement touchées par l’ypérite, la situation est critique. Beaucoup de poilus ont de graves difficultés respiratoires et les autres ont le sentiment que la peau les brûle. Ils souffrent aussi de démangeaisons aux yeux.
Dans l’après-midi, les tirs ennemis de gaz asphyxiant reprennent avec plus d’intensité. Cette fois il ne s’agit plus d’ypérite mais d’arsine, comme si l’adversaire liquidait ses stocks avant un nouveau repli. Ce gaz est redouté par les fantassins parce qu’il s’infiltre à travers les masques ! Pour les soldats, l’inconfort est maximum. Beaucoup d’entre eux n’ont pas pu faire un brin de toilette depuis huit jours. Les gaz génèrent de l’angoisse parce que les Français sont convaincus que si l’ennemi ne maîtrise plus ses lignes de défense, il est toujours en capacité de tuer des hommes avec ses munitions chimiques. Ce sont les mêmes moyens que l’ennemi emploie sur un terrain plus instable dans les environs de Sissonne. Les obus toxiques déciment les compagnies mais les alliés gardent leurs positions et attendent l’appui des blindés.
Hervé Chabaud
Toujours autant des destructions en montant vers les Ardennes.
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Tandis que les combats se déroulent, la bataille générale se développe à l’est de la Meuse où, dès le 8 octobre, le 17e corps qui a été renforcé par les 29e et 33e divisions US est passé à l’attaque après une puissante préparation d’artillerie. Les canons américains ont tiré pendant presque vingt-quatre heures avant que les fantassins reçoivent l’ordre d’avancer.
Le 12 octobre, une deuxième armée US est créée et confiée au général Bullard. Une fois le franchissement de la forêt d’Argonne, les pertes sont moins sévères mais elles s’élèvent tout de même à 4.700 morts pendant la seconde quinzaine d’octobre. Le 25 octobre, le général Pershing, commandant le corps expéditionnaire US est ravi. Son armée passe de la subordination au général Pétain, commandant en chef des armées du Nord et du Nord-Est à celle du maréchal Foch. « Vous devez continuer à frapper sur l’ennemi à coups redoublés par des attaques ordonnées. Il faut que tous les Allemands comprennent bien que c’est fini pour eux et qu’ils doivent renoncer et réclamer le cessez-le-feu. Il est donc de la plus haute importance que la 1re armée américaine soit en mesure de poursuivre son offensive stratégique pour obtenir des résultats déterminants », recommande le maréchal bien décidé à frapper un grand coup début novembre si l’ennemi ne manifeste pas les signes de son renoncement. Le général Liggett se voit confier la préparation de la prochaine étape : celle de la victoire.
Un des traquenards de tanks aménagés
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Une attention particulière est portée su les points formés par Herpy, le Moulin de Herpy, le Moulin de Banogne, les cotes 91, 95, 135 et 145, la lisière sud du village de Saint-Quentin-le-Petit. Le commandement choisit de nettoyer l’ensemble de ses zones de résistance par une action de vive force. Le 13e CA reçoit un renfort particulier d’artillerie. Son front est réduit de trois kilomètres.
La 151e DI est alors mise à sa disposition pour exploiter sans attendre le retrait forcé de l’ennemi qui ne pourra pas résister longtemps au pilonnage de ses tranchées. Le 25 octobre, après trois heures de préparation de l’artillerie, l’infanterie s’avance dès 9 heures sous la protection d’une contre-batterie si bien ajustée que la réaction de l’artillerie ennemie est nulle. La progression n’est cependant pas une formalité. Les soldats ennemis enterrés interdisent une avancée linéaire et les fils de fer installés devant la position Hünding sont difficiles à dégager pour établir des lignes d’entrée.
Les 16e et 45e DI dont les effectifs sont à peine suffisants en raison des pertes enregistrées lors des précédents combats stoppent en fin de journée sur la route qui va de Banogne-et-Recouvrance vers Condé-lès-Herpy. Ils ont déjà réalisé une percée de deux kilomètres sur un front de trois et neutralisés plusieurs batteries d’artillerie. Les fantassins s’attendent pourtant à une contre-offensive dès le lendemain.
Fatigués et sales, les poilus maintiennent la pression devant les lignes ennemies, encouragés par la rumeur persistante d’un cessez-le-feu proche même si les Allemands se battent encore.
Heureux, les Américains baptisent une rue du nom de leur président.
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Le 4 novembre, alors que les régiments sont informés du renoncement autrichien, les combats ne sont pas interrompus sur le front de l’ouest. Dans le Rethélois, comme en Thiérache axonaise, l’ennemi bombarde sans retenue les lignes françaises.
Aux 403e et 407e RI comme au PC de la division on s’interroge : « N’avez-vous pas l’impression qu’il se passe quelque chose de nouveau du côté de l’ennemi et ne croyez-vous pas que les Allemands se replient ? » Un chef de bataillon répond : « Le bombardement que nous venons de subir est certainement anormal. Il avait pour but de préparer soit une attaque en profondeur, soit de couvrir un repli général. L’attaque à laquelle nous étions préparés n’ayant pas eu lieu, il faut opter pour la retraite des boches, qu’ils ne tiennent pas à se retirer avant de nous avoir pilonnés avec les obus qui leur restent. » Les officiers d’état-major reçoivent des informations satisfaisantes sur la progression des troupes US : « Les Américains ont avancé aujourd’hui de dix-sept kilomètres et ils approchent de Sedan. Nous devons nous assurer au plus vite qu’ils ont abandonné leurs tranchées. Il faut former sans tarder des reconnaissances pour vérifier si notre intuition est la bonne. »
Le 5 novembre vers 4 heures, les petites colonnes qui ont progressé de nuit, aussi bien du côté de Vervins et au nord de Saint-Quentin que dans le Rethélois, confirment que l’ennemi maintient au moins des nids de mitrailleuses dont les servants n’hésitent pas à ouvrir le feu dès qu’ils aperçoivent le moindre poilu.
Soudain, lors d’une nouvelle tentative d’approche qui est opérée dans les Ardennes entre 6 et 7 heures, les Allemands ont disparu. Dans les rangs, on manifeste l’envie de marcher sur leurs talons mais on attend les ordres. Dans l’Aisne, le repli est très limité mais dans le Rethélois, il semble plus évident. A Saint-Fergeux, les soldats découvrent dans des baraques des mitrailleuses alignées et abandonnées.
Le 6 novembre, sous une pluie battante, les Français repartent en direction de Charleville et rien que dans la matinée, ils progressent de sept kilomètres. Vers 20 heures, le 2e bataillon du 403e RI entre dans Doumély, un village de deux cents âmes qui est toujours habité : « Leur bonheur est encore plus grand que le nôtre et c’est un peu émouvant d’assister au premier contact entre les populations libérées et leurs sauveurs. Dans la maison où je cantonne, nos hôtes nous laissent leurs lits et vont coucher dans le grenier, sur du foin. Ils nous mettent de bons draps bien propres dans lesquels nous avons honte de nous glisser. Cela fait en effet treize jours que nous ne nous sommes pas lavés » écrit le capitaine Georges Adam.
Le 7 novembre, la rumeur affirmant que les plénipotentiaires allemands sont en route enfle. Les Allemands ont abandonné le long de la route de Signy-l’Abbaye de très nombreux tonneaux remplis de marmelade de betteraves. Cela servait de nourriture à la troupe et pour la préparer, l’ennemi réquisitionnait les femmes. Une adolescente confie au capitaine : « Lorsque nous le pouvions, nous urinions dedans pour que les boches attrapent des maladies ». Ce qui fait dire à un sergent : « Mieux vaut ne pas y toucher, les boches y ont peut-être mis du poison pour nous faire crever. » Une fermière lui explique aussi qu’avec d’autres, elle était obligée de cueillir des orties que les Allemands utilisaient pour faires des vêtements. A Signy, l’ennemi a abandonné un parc d’artillerie impressionnant. Pour les officiers que se concertent, il ne s’agit plus d’une simple retraite mais du début d’une débandade même si le génie adverse continue de faire sauter des routes et des ponts.
Hervé Chabaud
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Le recul sur le front de l’Aisne et des Ardennes se poursuit. Marcel Migot, du 56e régiment d’artillerie de campagne, observe une activité inaccoutumée : « Des officiers aux costumes pas trop neufs viennent nous rendre visite de plus en plus nombreux. Que va-t-il se passer ? » Chacun y va de son interprétation.
Le cuistot est le plus prompt à reconnaître qu’il sait beaucoup de choses… : « Paraît qu’on doit attaquer sous peu avec une grosse offensive. Je vous dis qu’on va délivrer Metz, Strasbourg, bref, l’Alsace et la Lorraine. » Un autre des fourneaux est convaincu que la paix est proche, ce qui suscite un fou rire général. Un sous-officier ancien glisse : « Voilà près de cinquante-deux mois que je suis dans le bain. Ils n’ont jamais été foutus de nous assurer une perme régulière et tu penses qu’ils nous donneront la paix ? Avant que cela n’arrive, tu auras bien le temps d’avoir la croix de bois sur le ventre. » Le front n’est pas sûr puisque début novembre et cela plusieurs soirs de suite, les guetteurs sonnent l’alerte au gaz. Et comme un refrain, le vieux sous-officier, qui n’a rien oublié de la conversation, répète : « Tiens, voilà la paix qui descend du ciel ! »
Dès lors, après quelque temps d’enthousiasme, les artilleurs de la batterie bichonnent leurs 75 pour être prêts à tirer de nouvelles salves. « Dehors, la température est glaciale. Nous sommes en automne mais c’est déjà l’hiver. Le ciel est blafard. Pendant combien de temps cela va-t-il encore durer ? » s’interroge Migot.
D’autres, moins émus, s’amusent à braconner un peu. L’un d’eux a gardé précieusement du fil de fer acheté chez M. Lacroix, marchand de fer et de charbon à Soissons, et il a quelques camarades doués pour confectionner une cinquantaine de cravates destinées à piéger les lapins imprudents. Bref, entre angoisse du lendemain et chasse sans autorisation, les poilus ne dressent pas de plans sur la comète.
A cheval et en avant !
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Maréchal des logis au 2e escadron du 24e régiment de Dragons, Alphonse Bonnet est cantonné en cette fin octobre 1918 à Saint-Quentin.
Le lundi 4 novembre, il se met en selle dans un peloton de douze files dont le commandement est confié à un capitaine de Chasseurs à cheval. Dans la journée, les cavaliers entrent dans Guise qu’ils occupent. Le pont est coupé mais une reconnaissance permet d’identifier un gué et de franchir l’Oise.
Les maisons inhabitées ont été fouillées et pillées par les Allemands. Les hommes s’installent dans la cité sous une pluie battante et sont encouragés par un vieil aumônier : « Courage mes enfants, vos misères touchent à leur fin. » Ce qui suscite cette réplique d’un ancien : « J’entends ça depuis quatre ans ! »
Après une nuit très humide, les cavaliers effectuent des patrouilles aux environs de Guise et font plusieurs prisonniers. Bonnet vit alors deux jours de galère. Un renseignement mal transmis le laisse isolé des lignes amies et sans ravitaillement. Le sous-officier et plusieurs de ses camarades ne retrouvent leur peloton que le 7 novembre auprès de fantassins du 339e RI. « Nous voyons arriver deux officiers allemands les yeux bandés de blanc et guidés par deux poilus. « Parlementaire », dit l’un d’eux. Aussitôt le capitaine se précipite sur le téléphone et rend compte à ses supérieurs. La réponse ne se fait pas attendre : « Les diriger tout de suite sur La Capelle », distante d’environ deux kilomètres. Les dragons sont heureux de cette nouvelle et le manifestent. On exige d’eux le silence. Le téléphone sonne à nouveau. Le capitaine reçoit un ordre destiné à être répété aux unités : « A partir de maintenant, jusqu’à demain 8 heures, le feu est suspendu sur le front de la division. » Bonnet précise : « Ces messieurs étaient venus, paraît-il, annoncer le retard des plénipotentiaires ennemis en raison du mauvais état des routes. »
Vers 20 h 30, alors que le maréchal des logis se trouve dans une cour, il remarque une grande lueur qui éclaire un convoi se dirigeant vers La Capelle. Le sous-officier écrit : « Je me souviens parfaitement avoir entendu la trompette allemande du convoi. Nous étions bouleversés. »
Tandis que les Allemands se regroupent derrière la Meuse, les poilus sont soumis à la gelée matinale après avoir eu les pieds dans la boue et supporté d’interminables averses.
Un convoi ferroviaire de matériel abandonné par l’ennemi dans les Ardennes.
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« ÇA pince » ! La météo en ce 8 novembre 1918 est humide et fraîche. Mais il y a au moins une bonne nouvelle. Les cuisines roulantes sont arrivées et la nourriture est abondante ce qui permet aux poilus de bien manger avant de reprendre la direction de la frontière. Les fantassins traversent Lalobbe. Sur le clocher flotte un drapeau blanc que l’ennemi laisse sur tous les villages qu’il évacue à la hâte pour prévenir les Français que les maisons sont habitées. Les troupes à pied s’engagent dans un défilé boisé près de Signy-l’Abbaye. Les Allemands ont fait sauter les ponts du chef-lieu de canton ardennais mais un habitant courageux a coupé pendant la nuit les fils de mise à feu, si bien que l’un des ponts est intact. C’est une aubaine. Le capitaine Adam du 2e bataillon du 403e RI reconnaît le secteur. il retrouve les paysages des cartes postales que lui adressait un camarade, Laurent, qui y venait avant guerre chaque été. Les officiers français font l’inventaire du parc d’artillerie abandonné par l’ennemi dans le bourg. Ils vérifient notamment que les pièces ne sont pas piégées et que des explosifs à retardement n’ont pas été armés et dissimulés dans un périmètre immédiat. En début d’après-midi, les poilus parviennent à hauteur de la ferme du Grand Turc. L’ordre est donné de stopper mais la pluie redouble aussi les soldats cherchent à se mettre à l’abri et à allumer des feux pour faire sécher leurs vêtements. D’autres fantassins partent s’installer dans la ferme inhabitée de la Fosse-aux-Lions. Le dîner est frugal mais les hommes ont encore avancé de sept kilomètres dans la journée, ce qui fait vingt-huit kilomètres en quatre jours.
Le 9 novembre, le lieutenant Chevalier ne tient plus en place. Il est impatient e retrouver son épouse et son enfant qu’il n’a pas vu depuis 1914 ! Sa famille habite à Guignicourt-sur-Vence à une douzaine de kilomètres à l’Est du cantonnement du 2e bataillon du 403e RI auquel il appartient. Le capitaine Adam ému par son lieutenant griffonne : « Je lui accorde l’autorisation d’aller les embrasser. Il m’a promis de nous rejoindre sans faute dans la soirée ». Peu après 8 heures, le capitaine Adam se rend auprès du colonel commandant l’infanterie divisionnaire mais à Thin-le-Moutier, il aperçoit le fanon du général commandant la division, aussi s’arrête-t-il à son PC pour prendre la température des événements et réclamer un peu de ravitaillement aérien. L’officier traverse ensuite Warby puis Clary où il retrouve le patron de l’infanterie divisionnaire à proximité d’un entonnoir d’un diamètre impressionnant.
Comme le pont sur le ruisseau a été détruit, les hommes le franchissent sur une passerelle dont l’équilibre est incertain. L’ordre est donné d’avancer vers Mézières dont ils ne sont plus selon les pancartes qu’à douze kilomètres. Pas très loin, les compagnies du 410e RI marchent vers Sury et Belval. Adam a mission avec son bataillon de rejoindre Saint-Marcel où les officiers peuvent déjeuner dans une grande salle à manger mise à la disposition par un habitant enthousiaste de voir autant d’uniformes amis. Les cuisines roulantes ont suivi et les poilus se régalent et font des plans sur la comète, imaginant que la fin de la guerre n’est peut-être plus qu’une question d’heures. Ils ont encore avancé d’au moins quatorze kilomètres et ont des fourmis dans les jambes. On leur annonce que le 10 novembre, ils resteront sur place ce qui revient à une journée de repos bien méritée seulement au petit matin la campagne est toute blanche. Il vient de geler et assez fort. Seul changement, la reprise des tirs d’artillerie vers Mézières. On murmure que les Allemands se sont regroupés sur la Meuse et qu’ils s’activent pour interdire toutes les tentatives de franchissement de la Meuse. Adam s’interroge sur la volonté des plénipotentiaires adverses de mettre un terme à cette guerre infernale. Difficile de se faire une idée précise d’autant qu’aucun journal n’est parvenu au régiment depuis le 7 novembre.
Hervé Chabaud
Prochain article : Ils ont signé.
Les cavaliers stationnés en Thiérache sont à tout instant prêts à monter à cheval.
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Dans les Ardennes la tâche aurait été plus facile du côté de Vouziers.
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Le caporal n’a qu’une envie quitter l’endroit au plus vite. Cette fois il reconnaît le tir cadencé d’une mitrailleuse portative. Convert se lève puis zigzague tandis que les balles sifflent à ses oreilles. Il aperçoit sa tranchée mais sent alors un vif pincement au mollet gauche. Il trébuche et y bascule face à son lieutenant auquel il remet une gourde : « Vous avez quelques fuites Convert » s’amuse-t-il avant d’appeler les brancardiers pour soigner le brave qui s’est pris une balle dans la jambe mais a la vie sauve.
Après quatre années d’une guerre meurtrière qui a endeuillé chaque famille de France, l’armistice est signé et met fin à une effroyable tuerie. Il y a de la joie, mais aussi beaucoup de tristesse pour tous les disparus.
L’armistice a été signé à Rethondes.
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La guerre n’est pas finie et dans les Ardennes. Au bord de la Meuse, des combats acharnés ont lieu pour empêcher les Français de franchir le fleuve. Les fantassins du 415e RI qui, depuis le 26 septembre, sont partis des tranchées marnaises d’Aubérive pour progresser en direction de Mézières, sont en première ligne.
Près de Flize, à Dom-le-Mesnil, les sapeurs du capitaine Wahl qui ont travaillé toute la nuit sont parvenus à poser des madriers sur les ruines du barrage métallique qui enjambe le fleuve. Ils ont réussi à élargir le tablier. À 1 heure, le sapeur Oduin fixe le dernier élément sans se préoccuper des balles ennemies qui ne cessent pas de siffler. Trois soldats qui appartiennent à la 3e compagnie et transportent un lourd barda glissent sur la rive et tombent dans l’eau glaciale du fleuve. Il n’y a rien à faire pour les récupérer.
Peu après, les hommes de la 10e compagnie dirigés par l’aspirant Blin progressent à califourchon sur les poutres. Ils n’en mènent pas large mais ils atteignent l’autre rive. Soudain, un Allemand interroge : « Qui va là ? » Comme il n’obtient pas de réponse, les défenseurs ouvrent le feu. On entend des rafales de mitrailleuses tandis que plusieurs explosions de grenades résonnent, suivies de tirs de fusées éclairantes. Trop tard, les soldats de Blin sont sur l’autre rive et ont bien l’intention de tenir leur tête de pont. Un peu plus loin, à hauteur du pont de Nouvion-sur-Meuse dont il ne reste que les esquisses des piliers, d’autres sapeurs volontaires tentent un coup. Trois parmi eux mettent à l’eau des sacs Albert qui, remplis de foin, présentent la particularité de tendre leur toile étanche et de flotter. Ils vont jouer le rôle de canots de franchissement.
Bientôt, c’est au tour des 9e et 11e compagnies d’avancer, mais les tirs ennemis sont toujours aussi meurtriers. Le radio Charton reçoit une balle en plein cœur et tombe dans les bras de son camarade Gazareth, un agent de liaison carolo. Les informations ne sont pas rassurantes puisqu’on signale de vives contre-attaques des Allemands contre les groupes qui sont parvenus à s’accrocher à l’autre rive de la Meuse. Les soldats adverses du 2e régiment de la Garde et du 4e régiment de Fusiliers sont intraitables.
À 7 h 30, le capitaine Adam, qui ne s’est pas encore levé, entend un homme entrer dans le bureau voisin annoncer : « Ah ! dites les gars, l’armistice est signé. Tout le monde saute de joie dans la rue ». Comme il n’a pas de confirmation officielle de son régiment qui se trouve à Thin-le-Moutier, à huit kilomètres, Adam hésite à en informer son bataillon. Il cherche à vérifier l’information. Les poilus sont calmes, discutent en petits groupes. L’officier note : « On a l’impression que les hommes font un effort pour être joyeux ». Enfin la nouvelle est officialisée. Au 403, on apprend que l’ennemi a abandonné de nouveaux wagons chargés de vêtements et de vivres aussi les habitants avertis arrivent avec des brouettes pour se servir. Les soldats du 2e bataillon du 403 font de même et rapportent des conserves et du miel. Un peu partout, les maisons sont pavoisées.
En soirée, des poilus s’amusent à lancer de signaux de toutes les couleurs. ce spectacle démontre que quelque chose vient de changer. Cela ne dure pas. Dès 21 heures, les soldats exténués vont se coucher et le plus grand calme règne dans le cantonnement. Tout le monde s’endort vite, comme si demain, les combats allaient reprendre. De nouveaux communiqués arrivent de l’état-major. Il sera bien temps de les lire le 12 novembre. La victoire se savoure à petites doses.
Hervé Chabaud
Prochain article : l’envie de rentrer chez soi
La tombe du sapeur Almire Mille à Charleville.
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Le grand-père de Mme Noizet a reçu une blessure provoquée par un éclat d’obus qui lui avait troué le casque. Conduit dans un poste de secours, le sapeur avait reçu les premiers soins avant d’être rapidement renvoyé en première ligne. Il a continué à se battre jusqu’au bout. Le dernier Almire a été grièvement blessé le 11 novembre et laissé pour mort sur le terrain. Retrouvé un peu plus tard, il n’a malheureusement pas survécu et s’est éteint le 30 novembre. « Cet homme qui avait connaissance des rumeurs de l’armistice, s’est levé confiant, pensant que c’était le dernier jour de son calvaire et bien loin d’imaginer que la grande faucheuse allait passer. »
« Envoyer jusqu’au bout ces braves au casse-pipe, c’était monstrueux et pourtant… », écrit, ému, Jean Noizet, 81 ans. Almire n’a pas été le seul soldat de France à tomber pour son pays quelques minutes avant que le clairon ne sonne sur le front le cessez-le-feu.
Et de conclure : « Lorsque vous êtes devant cette tombe, vous êtes interloqué et vous demeurez sans voix face à cette grande injustice ».
Le clairon Delaluque a sonné le cessez-le-feu.
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À 5 heures, dans le froid vif, devant les hommes du 3e bataillon, la Meuse charrie de multiples débris. La journée ne sera pas facile. « Il faut passer, ce sont les ordres », entend-on. Rien d’étonnant, c’est l’instruction communiquée par le général Boichut, commandant la 163e DI. L’objectif n’est pas seulement de franchir le fleuve mais d’occuper Vrigne-Meuse et le signal de l’Epine avant de s’établir en bordure du ruisseau de Vrigne.
Jusqu’à 11 heures, les fantassins du 415e et du 142e RI vont vivre des moments terribles tant les tirs nourris des Allemands témoignent de leur volonté de leur interdire toute progression. Ils utilisent encore plus que d’habitude leurs redoutables lance-grenades. Dès 7 heures, et malgré le brouillard, l’ennemi arrose les lignes françaises. Transis, les fantassins restent blottis dans leurs trous individuels, certains ont pris le remblai du chemin de fer. Soudain, sur une passerelle métallique rafistolée, un soldat court et agite le bras au bout duquel on aperçoit un morceau de papier. Il crie mais il est inaudible en raison des obus qui explosent à proximité des berges de la Meuse. Le capitaine Lebreton prend le message. Il pâlit. Il est écrit : « Tous les clairons de la place où ils sont exécuteront la sonnerie du cessez-le-feu, précédée du « garde à vous » et suivi du « au drapeau ». »
La nouvelle se répand de trou en trou mais il y a encore deux heures à patienter. C’est à 11 heures qu’il faut sonner. Un temps interminable pendant lequel le capitaine Lebreton désigne Delaluque pour interpréter les trois sonneries requises.
Dilemme, il n’a pas sonné le cessez-le-feu depuis un exercice sur un champ de tir en 1911. Le capitaine lui fredonne la sonnerie réglementaire avec les paroles : « t’as tiré comme un cochon, t’auras pas de permission ». À 11 heures, Delaluque s’exécute. C’en est fini.
Les poilus, délivrés du stress quotidien de la guerre, font des plans sur la comète et s’imaginent de retour dans leur famille. Pas si simple lorsqu’on sait que la priorité du gouvernement reste la sécurité de nos frontières.
On expose dans les villes des matériels pris à l’ennemi.
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LES troupes alliées doivent désormais progresser en trois étapes vers les frontières et s’assurer ainsi du retrait effectif des dernières unités allemandes et de leurs matériels. Les dates retenues sont les 17, 21 et 27 novembre. Autant dire qu’à la fin du mois, les forces alliées doivent s’établir le long de la frontière allemande avec la Belgique, le Luxembourg et l’Alsace-Lorraine où les scènes de liesse populaire devant le drapeau tricolore témoignent de cette fierté retrouvée d’être français. Pour prévenir les provocations ou de simples erreurs, il est établi qu’une distance de dix kilomètres doit être laissée entre les régiments qui se replient et les unités alliées qui progressent vers les frontières reconnues de l’Hexagone.
Le maréchal Foch reste prêt à toute éventualité et son état-major a mis au point un plan sévère d’intervention si jamais et pour une raison inexpliquée, l’ennemi ne respectait plus ses engagements de Rethondes. Les premiers rapports indiquent que le retrait des Allemands s’effectue sans incident et que les soldats de retour de l’autre côté du Rhin où la révolution gronde sont accueillis chaleureusement. Les comités révolutionnaires créés dans les principales métropoles considèrent que les régiments du peuple n’ont pas failli et qu’on leur a volé une victoire quasi certaine ! Des cérémonies sont en préparation pour accréditer cette idée. Le grand défilé qui est organisé à Berlin le 10 décembre 1918 témoigne de cette envie de faire des forces repliées des divisions victorieuses. Lorsque dix divisions en uniformes de parade défilent sous la porte de Brandebourg, elles sont applaudies par la foule. Le chancelier Ebert en rajoute : « Nul ennemi ne vous a vaincus ! L’unité de l’Allemagne est maintenant entre vos mains. Nous sommes fiers de vous ». Les discours tenus ne sont jamais revanchards mais il est patent que le pouvoir soigne les militaires pour qu’ils soient plus enclins à s’opposer fantassins préfèrent regagner leurs foyers avant même d’être démobilisés.
Dans les Ardennes, les routes sont engorgées par des régiments de fantassins qui se replient. dans les secteurs de Signy-l’Abbaye et de Chaumont-Porcien, les poilus qui marchent vingt à vingt-cinq kilomètres par jour attendent de bénéficier de quelques vrais jours de repos. Les hommes du 403e RI savent qu’ils doivent tout faire à pied. Ils repassent à Seraincourt puis à Banogne et Hanogne, là où ils ont été stoppés et ont conduit de durs combats entre le 25 et le 5 novembre. Bientôt, ils entrevoient les ruines d’Auménancourt.
Enfin, le 20 novembre à 6h15, ils partent pour Rilly- la-Montagne, traversent Reims puis se dirigent vers Champfleury, Villers-Allerand. Enfin, le 21, ils n’ont pas besoin de se lever à l’aube et de charger leur barda. En quatre jours, ils ont parcouru plus de cent kilomètres !
Le 22, c’est cette fois la dernière étape. Ils arrivent au bord de la Marne à Mareuil-sur-Aÿ. Ils sont reçus aux cris de : « Vive l’armée ! ». Le capitaine Georges Adam écrit alors à ses parents : « Nous sommes heureux de pouvoir enfin nous détendre, nous reposer et nous payer quelques petites douceurs ». Il sait qu’il va être remplacé à la tête du 2e bataillon par le capitaine Moing qui est annoncé. Il sait dès lors qu’il reprendra ses fonctions de capitaine adjudant-major, c’est-à-dire de n°2 de son bataillon qui s’apprête à intégrer de jeunes de la classe 1919. Les hommes discutent pour savoir s’ils vont bientôt être démobilisés mais s’il semble acquis que des permissions assez longues vont leur être accordées, on ne leur promet pas encore de rentrer définitivement chez eux. Ils apprennent l’ampleur des dégâts recensés dans les départements du front, mais aussi l’ampleur des confiscations dans les zones occupées. « Ce n’est pas possible. Les boches vont devoir rendre des comptes. Il faut qu’ils paient leurs outrages » s’exclame un adjudant de compagnie lors d’une pause sur la place Royale à Reims.
Hervé Chabaud
Prochain article : Le temps des nouvelles missions
Le redoutable bombardier Breguet XIV B2.
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Les aviateurs veulent faire comprendre à tous qu’ils ne sont plus cantonnés à l’observation des tirs d’artillerie, à la destruction des ballons captifs, aux duels hasardeux dans le ciel mais qu’ils représentent l’avenir d’une force de frappe crédible dans les attaques au sol et les bombardements stratégiques à longue distance.
Après l’échec de l’offensive du Chemin des Dames en avril 1917, le général Pétain avait dit sa conviction de l’utilité de l’aviation. N’avait-il pas déclaré : « L’aviation a pris une importance capitale : elle est devenue un des facteurs indispensables du succès, il faut être maître de l’air » ? C’est une des raisons de la désignation, le 2 août 1917, du colonel Duval comme chef du service aéronautique du Grand Quartier général auquel on demande un instrument aérien capable de compenser par sa puissance de feu la baisse des effectifs d’infanterie victimes d’assauts sanglants et inutiles. La création, le 14 mai 1918, de la division aérienne dont la mission est de bombarder les lignes adverses et de frapper leurs arrières dans une profondeur de vingt kilomètres s’inscrit dans la même logique. Cette unité, qui va rassembler jusqu’à six cents appareils, est constituée de deux brigades disposant chacune de deux escadres : une de bombardement de jour, une de chasse. Duval défend l’effet de masse et de puissance et utilise à bon escient les chasseurs Spad VII et Spad XIII et les bombardiers Bréguet XIV B2. De même, l’arrivée des Caudron R XI, capables d’escorter au plus près les bombardiers est un atout constant.
L’efficacité du dispositif est patente après l’attaque de juillet 1918 lorsque la 1re brigade de la division est stationnée à Sézanne et la 2e à Ermenonville. Leur mobilité est alors saluée par le général Voisin qui est aussi conscient de l’urgence d’envisager de nouvelles infrastructures d’accueil pour une juste présence territoriale de l’aviation.
Jean Beudy a vécu dans l’Aisne après la guerre.
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Blessé le 5 octobre 1918 près de Courcy dans la Marne, Beudy rejoint son bataillon avant le 17 puisque sur sa carte des sites visités, le pointage reprend près de La Fère jusqu’à Anor. Malheureusement, il n’est pas encore près d’être démobilisé. Le soldat, qui était mobilisé depuis le 29 juillet 1914 après trois ans de service militaire et avait effectué toute la guerre au 3e bataillon du 37e RI à la 11e puis à la 10e compagnie, devra attendre le mois de juillet 1919 ! Bien sûr, il obtient entre-temps des permissions à Rozoy-sur-Serre, mais en juin 1919, il est toujours sous l’uniforme à Sarrebruck. Il obtiendra encore un certificat de bonne conduite que lui délivrera le colonel Étienne, commandant de son régiment avant son départ. Sans doute s’impatiente-t-il de retrouver une vie apaisée dans l’Aisne où il a choisi de s’installer, mais il est comme beaucoup de poilus contraint de rester sous les armes jusqu’à la signature d’un traité de paix. Jean Beudy était titulaire de la Médaille Militaire, de la Croix de Guerre, de la Médaille de Verdun, de la Médaille des rescapés de l’Aisne, de la Médaille commémorative d’Arras et du brevet délivré par les collèges échevinaux de Nieuport-Dixmunte et Ypres en témoignage de reconnaissance pour sa participation à la défense du dernier lambeau du territoire belge au début du conflit.
La surveillance des frontières et la présence requise sur le sol allemand sont le signal des nouvelles obligations des régiments qui y sont affectés pour un temps indéterminé.
La 2e division marocaine baigne les franges de ses fanions dans le Rhin
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L’état-major a la manière de présenter les transferts de troupes dans les régions retrouvées. Dans un document signé le 27 novembre 1918, le général Pétain écrit : « Les unités combattantes seront successivement appelées à l’honneur de stationner en Alsace-Lorraine reconquises ou d’occuper si besoin les pays rhénans ». Il s’agit ici de vanter la chance qu’il y a à accomplir cette mission et d’associer dans la même communion tous ceux qui sont les ardents défenseurs du sentiment national.
Les villages libérés tiennent à pavoiser si possible sur chaque maison. Les drapeaux tricolores restent en place comme pour mieux marquer la fierté de pouvoir dire que l’on est de France. Si bon nombre des troupes qui ont vécu les derniers combats des Ardennes obtiennent de longues permissions et la certitude de passer Noël en famille, il n’en est pas de même pour le Jour de l’an. Si de nombreux Allemands établis en Alsace-Lorraine sont expulsés de l’autre côté du Rhin, certains Alsaciens jugés trop germanophiles sont confiés à des commissions d’épuration chargées de leur demander des comptes.
De même le gouvernement est conscient que la cohabitation entre les fantassins qui ont combattu sous l’uniforme français et ceux qui ont été contraints de le faire sous l’uniforme allemand, ne va pas être simple.
L’état-major prépare aussi l’entrée en Allemagne qui doit débuter le 1’ décembre, aussi certains régiments sont concentrés le long du Rhin avant d’obtenir le feu vert pour les missions de sécurisation qui leur sont pro mises. Le capitaine Georges Adam qui a pu passer vingt-six jours de repos dans sa famille du côté d’Aix-en-Provence puis à Antony en région parisienne va rejoindre le 403e RI dans les Vosges. Le point de ralliement est à Midreveaux, près de Neufchâteau. L’officier suit les opérations du Rhin et les photos immortalisant les soldats baignant les franges de leur fanion ou du drapeau de leur régiment dans le fleuve. Il sait que les Alliés ont divisé les espaces de présence pour éviter les susceptibilités.
Si les Belges et les Britanniques vont cantonner vers Cologne, les Américains vers Coblence, les Français établissent leur quartier général à Landau où le général Gérard commandant la Ville armée installe son PC. Le général Mangin, toujours patron de la X’ armée, est à Mayence. Il lit dans les journaux que ces régions ne paraissent pas avoir souffert de la guerre. Les images qui sont alors publiées ne ressemblent en rien aux villes et villages dévastés des départements du front. Ce n’est pas sans inquiéter Fayolle qui dirige l’armée du Rhin. Il résume sont sentiment par cette formule : « L’Allemagne est battue mais non abattue ».
Les ordres donnés sont stricts et exemplaires d’une haute tenue morale. Adam a conservé dans sa sacoche la proclamation du général Pétain qui résume tout : « La France a souffert dans ses campagnes ravagées et dans ses villes ruinées. Les provinces délivrées ont eu à supporter des vexations intolérables et des outrages odieux. Mais vous ne répondrez pas aux crimes commis par des violences qui pourraient vous sembler légitimes dans l’excès de vos ressentiments. Vous resterez disciplinés, respectueux des personnes et des biens. Le monde ne saura ce qu’il doit le plus admirer, de votre tenue dans le succès ou de votre héroïsme dans les combats ». À ces exigences dans la façon de se tenir et de stationner chez l’adversaire d’hier, on oppose l’attitude scandaleuse des soldats de la garde prussienne qui se sont conduits chez nous comme des bandits et des criminels.
Hervé Chabaud
Prochain article : la paix par les traités
Le premier pont français jeté sur le Rhin.
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Le « Te Deum » solennel à Notre-Dame de Paris.
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Toujours est-il que le président du Conseil qui a accepté de participer à plusieurs temps de liesse populaire, ne boude pas les marches de l’opéra pour écouter la cantatrice Marthe Chenal, drapeau tricolore en main, chanter « La Marseillaise » ni le baryton belge Jean Noté entonner la célèbre « Brabançonne ». Mais celui qui a selon la formule « bien mérité de la patrie » crée un incident. Lorsque le cardinal Amette, archevêque de Paris, l’invite à participer au Te Deum qu’il doit présider le 17 novembre à Notre-Dame, le Tigre sort ses griffes et refuse de se rendre à la cathédrale. Le radical laïc jusqu’au bout des ongles surprend. N’a-t-il pas accepté quelques jours plus tôt de participer à un service religieux à Lille ? Lorsqu’on lui demande la raison de son abstention, il se contente de répondre : « Je ne dois pas refaire une entorse à la loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat, à Paris, au vu de la France et du monde entier ! ». Une prise de position qui contraint le président de la République, Raymond Poincaré, à faire de même. Pour ne pas choquer au-delà du raisonnable, l’épouse du chef de l’Etat vient à ND de Paris ainsi que Mme Deschanel, l’épouse du président de la chambre des députés. Plusieurs hauts fonctionnaires expriment leur amertume de ne pouvoir s’associer à cette prière solennelle. Le gouverneur général de l’Algérie, Célestin Jonnart, n’est pas le dernier à dire son agacement. Chez les Alliés, des célébrations comparables sont organisées dans la seconde quinzaine de novembre et ne soulèvent pas de polémique. En Grande-Bretagne, les députés et les lords n’hésitent pas à se rendre en procession à Westminster pour participer à un temps d’action de grâces. Aux Etats-Unis aussi, des élus s’associent aux prières des familles sans susciter de polémiques.
L’armistice étant provisoire et renouvelable, Clemenceau sait qu’il doit travailler à la construction d’un traité de paix avec des priorités qui ne sont pas forcément celles des alliés qui n’ont pas connu la guerre sur leur sol.
La signature de l’armistice n’est qu’une étape. Il faut maintenant préparer un ou plusieurs traités de paix.
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Cette idée a été confortée par Alexandre Ribot qui, le 20 mars 1917 lorsqu’il succède à Aristide Briand, atteste sa pertinence. Il faut dire qu’il est marié à une Américaine, ce qui, pour quelques observateurs, est une raison suffisante. Wilson est dans une position assez proche de celle du Marnais Léon Bourgeois défenseur d’une Société des nations mais dans laquelle il veut inclure une force internationale de maintien des grands équilibres.
Le président des États-Unis maintient qu’il faut une institution qui privilégie : « Une dimension universelle de la paix, une approche diplomatique multilatérale et ouverte, enfin qui dispose d’un recours à la force pour contraindre au respect de la paix ». On est encore loin de la naissance de cet organisme mais la réflexion qui a été conduite pèse sur les travaux préparatoires nécessaires aux traités de paix. On n’envisage pas, pour l’heure, un traité global mais des négociations séparées avec l’Allemagne, l’Autriche, la Bulgarie, la Hongrie et la Turquie. La France veut une ligne dure et aligne des chiffres qui justifient son exigence : 1.350.000 morts, 2.800.000 blessés, 600.000 invalides, 600.000 veuves, 750.000 orphelins. Clemenceau est ferme : « Ce n’est pas parce qu’au moment de l’armistice, les Allemands ont été plus conciliants et ont indiqué les endroits où ils avaient placé des mines à retardement dans les secteurs nouvellement conquis par nos soldats que nous devons les prendre pour des doux ». Le président du Conseil considère que l’arrêt des hostilités ne met pas fin aux difficultés et que la reconstruction des dix départements du front comme la réhabilitation et le redémarrage des industries sabotées ou déménagées par l’ennemi et occupant vont coûter très cher au budget. « Je dois convaincre les Britanniques et les Américains que nous avons subi, comme les Italiens d’ailleurs, la guerre sur notre propre territoire. Des gens ont été humiliés, leurs biens pillés, l’occupation a été dure. Nous avons droit à des dommages de guerre ! »
Clemenceau cite la production de charbon : 18 millions de tonnes en 1914, autour de 2 millions fin 1918. Non seulement il faut programmer le retour des régions industrielles dans la production mais il s’avère déterminant de préparer la mutation des ateliers qui ont été transformés pour répondre à l’effort de guerre.
Le gouvernement n’a plus à commander les mêmes tonnages d’obus et de munitions. Les fabrications de canons et de chars vont être ralenties peut-être stoppées. Les plus pacifistes défendent l’idée d’un arrêt des productions d’armement au profit des biens de nécessités dans les familles.
Clemenceau tient à ce que la question de la démobilisation des forces soit abordée et surtout qu’un périmètre restreint soit imposé à l’armée allemande. Il ne veut pas qu’elle soit un jour prochain à même de remettre l’Europe à feu et à sang.
Chez les Anglais et les Américains on s’inquiète de la dureté française. Les alliés voudraient une relance rapide du commerce et compte sur l’Allemagne même ébranlée pour activer les affaires. En décembre 1918, on flèche déjà quelques pierres d’achoppement et, au quai d’Orsay, on voit mal un traité pouvoir être signé avant six mois. Il s’agit d’une évaluation raisonnable. Le traité de Versailles avec l’Allemagne, ne serait-il pas paraphé le 28 juin 1919 ?
Hervé Chabaud
Prochain article : préparer de vraies fêtes.
Des villages ne seront jamais reconstruits.
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Lorsque le prélat rejoint Souain, il est frappé par l’aspect de la campagne : « De toute part, les champs plantés de fer se sont ouverts d’une moisson hérissée, sous laquelle toute trace de la verdure d’antan a fini par disparaître ».
L’évêque parvient dans le village qu’il ne reconnaît pas. De l’église, il ne reste que les fondations et lorsqu’on regarde tout autour vers le pied de la butte du Moulin, des ruines. Mgr Tissier observe « un crucifix mitraillé qui porte le corps du Christ privé de ses bras » alors qu’un peu plus loin, la terrible butte de Souain rappelle « d’interminables combats ».
L’évêque tient à aller à Navarin et à Sommepy et s’arrête devant une contrée bouleversée et fracturée : « Sont-ce des tranchées, des boyaux, des trous d’obus, ces fossés commencés, ces lignes ravinées, ces excavations imprécises, cette tempête immobile de vagues blanches à l’écume de craie qui, du sol arable de notre Champagne, a fait un désert moutonneux ? » Sommepy est comparé à « une Pompéi aux murailles plus basses et moins bien alignées ». Le cimetière est dans un piteux état et des tombeaux y ont été violés : « A-t-on voulu après les vivants dépouiller les morts, ou bien l’ennemi a-t-il cherché sous les dalles des sépultures, un macabre abri contre notre mitraille ? »
L’évêque est sûr que le village va être reconstruit, il est confiant dans la détermination des habitants qui reviennent. Tout le long de la vallée de la Py, il identifie les signes des dernières batailles du côté de Sainte-Marie, vers Saint-Souplet avec au loin les Ardennes.
À Tahure, non loin d’abris creusés à contre-pente, l’évêque prie devant des tombes encore fraîches. Tout autour, il y a un maquis inextricable de fils de fer barbelés, de dépôts d’obus, de restes de camouflages, d’emplacements de batteries.
Le pèlerinage continue vers Rouvroy, le Vallage, la Dormoise où les blessures sont aussi apparentes. Le prélat s’interroge : « Tahure, Ripont, Rouvroy, Fontaine, Grateuil sont devenus de simples expressions géographiques. Les ruines mêmes en ont péri. Ces villages retrouveront-ils leur existence ? »
L’église de Suippes a retrouvé sa beauté d’avant-guerre, comme promis à l’évêque de Châlons.
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À Saint-Hilaire-le-Grand, alors qu’on s’approche du champ de bataille, le spectacle est tout aussi tragique. le village n’est plus qu’une ruine où l’église ne dresse plus qu’un pan de sa tour. Les tombes militaires sont rassemblées en trois cimetières. Hormis les soldats, il n’y a pas âme qui vive. À Jonchery-sur-Suippe, il existe encore des maisons. Mgr Tissier y rencontre des Annamites qui participent aux travaux de déblais dans le village et s’abritent dans l’église. À Suippes, au milieu des maisons endommagées et des bâtiments incendiés, des immeubles sans portes ni fenêtres, des familles s’activent. L’église est bien abîmée et cela depuis 1914, lorsque les Allemands en ont incendié la flèche. La chaire sculptée est debout avec son clocheton et quelques stalles ont survécu tandis que l’orgue a été déménagé. Le commerce semble reprendre mais ici aussi, on sait qu’il y en a pour plusieurs années de travaux avant que la petite ville ne retrouve son visage accueillant On assure à l’évêque que l’église de Suippes retrouvera sa beauté d’avant-guerre : « Les Bretons de Saint-Nazaire se sont promis de la lui rendre ». Un peu plus loin, Somme-Suippe semble moins touché. Ce n’est pas le cas de Perthes lorsqu’on se dirige vers le nord. On tombe sur de nombreux vestiges des combats et des cagnas abandonnées. Un prêtre qui accompagne Mgr Tissier note : « Fixée aux croix noires et blanches, parmi les rares fleurs que le vent d’automne flétrit une à une, la cocarde du souvenir continue à jeter un éclat modeste mais glorieux sur le champ où reposent ceux qui nous ont mérité la victoire ».
Si la guerre est terminée, les négociations de la paix commencent et si le régime des permissions est assoupli pour les fêtes, il y en a qui les passeront loin de chez eux.
POUR ceux qui ont échappé à la mort au cours de cette Grande Guerre, pouvoir se retrouver en famille à l’occasion de Noël est une légitime exigence.
Les soldats ont longtemps rêvé aux réveillons d’antan passés dans leur famille. Pour certains, ce rêve va enfin redevenir une réalité.
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Même si Ernest Laut avait écrit dans « Le Petit Journal Illustré » : « Dans les heures les plus sombres la tradition de Noël est restée vivante et respectée. Cette tradition de réveillon est si profondément ancrée dans nos mœurs que, même dans les plus pénibles campagnes d’hiver, nos soldats ne voulurent pas y renoncer », la réalité sur le terrain a souvent été différente. L’absence des proches en ces moments privilégiés a été une lourde blessure à porter et parfois un mauvais coup pour le moral. On comprend pourquoi, en 1918, le besoin de retrouver ces habitudes chaleureuses de la Noël s’impose. Parce qu’on veut aussi oublier certains tristes souvenirs des 25 décembre. A Reims, certaines familles de retour ne veulent pas répéter la messe et le repas partagé dans les caves de 1914 mais essayer un début de retour à la normale même dans une maison couverte de cicatrices par la mitraille.
A Crouy, là même où le général Maunoury avait lancé ses fantassins à l’assaut au matin de la Nativité en 1914, on tient à ce qu’une image de paix et de sérénité domine malgré les souffrances toujours présentes dans les esprits. On cherche aussi à immortaliser ce temps nouveau où l’idée de dresser à nouveau le sapin excite les plus jeunes, même si parfois un papa manque autour de la table et qu’on laisse sa place vide pour montrer qu’on ne l’oublie pas.
Le temps de Noël ne suspend pas l’activité politique puisqu’on définit alors les limites de la zone neutre sur la rive allemande du Rhin. Il s’agit d’une disposition prévue par l’armistice du 11 Novembre qui prévoit que l’Allemagne évacue ce territoire dans un délai de onze jours en cas de conflit.
Au même moment des dispositions sont prises pour rapatrier les prisonniers. Une division française et le croiseur Montcalm sont partis pour la Baltique afin de coordonner ces opérations et de porter secours aux hommes les plus affaiblis.
Le gouvernement essaie aussi d’assurer le retour des prisonniers les moins éloignés des frontières et qui, parfois, sont contraints de se rapprocher du Rhin à pied avant d’accéder à des trains qui les ramènent chez eux.
Certains se souviennent des cartes postales qu’ils ont reçues ainsi que des initiatives des revues et des associations pour permettre de leur adresser un colis avec quelques friandises et gâteries à l’occasion de Noël.
Ne pouvait-on pas lire encore l’année précédente : « Pendant qu’ils rêvent tous, nos bons soldats guerriers, aux réveillons d’antan, passés dans leurs familles, le vieux père Noël leur jette des lauriers, dont chacun sera fier d’arborer les brindilles » ?
Noël c’est aussi une expression de la solidarité de la nation avec la proposition de l’adoption d’un soldat isolé, le colis de l’armée composé d’un peu de chocolat, d’un paquet de tabac, de noix et parfois d’un lainage.
Dans « La Mode Illustrée » du 16 décembre 1917 on justifie même la générosité : « La tradition des cadeaux ne représentait souvent qu’une ennuyeuse corvée ; depuis que l’on se refuse tout superflu, elle nous apporte la joie de faire un plaisir dont seraient privés ceux que nous voulons gâter ».
En décembre 1918, les chocolatiers et les pâtissiers rivalisent encore pour proposer des sacs de friandises aux noms évocateurs.
Les emballages sont très patriotiques avec des visages de poilus et des drapeaux tricolores qui se substituent aux décorations traditionnelles de Noël.
A Château-Thierry, à Soissons et à Reims des boules de crème du poilu ont un vrai succès. Dans les Ardennes on cuisine des petites ardoises pour les palais des libérateurs. Bref, la confiserie garde la thématique de la guerre, parce que le conflit reste dans tous les esprits.
Hervé Chabaud
Prochain article : jouer à la guerre.
Beaucoup de villages ont été détruits, mais « Tout cela revivra ».
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L’optimisme du prêtre est patent, mais le prélat qui circule vers Servon prend le chemin qui mène vers le bois de Gruerie puis reprend la route de Vienne-le-Château. Le terrain est bouleversé et il observe des tranchées à peine comblées qui le couvre de cicatrices tandis que les trous d’obus y creusent « de formidables obstacles où les véhicules ne peuvent pas s’aventurer ». Mgr Tissier gagne Vienne-le-Château, « cette capitale charmante de la forêt d’Argonne » par Saint-Thomas naguère, « village riant sur le promontoire boisé qu’il occupe mais dont l’église et les maisons ne sont plus aujourd’hui que des souvenirs ».
L’évêque remarque des abris réalisés à flanc de coteau mais parés de verdure qu’on imagine mal qu’il s’agit « de cagnas de guerre ».
À Vienne-le-Château, Mgr Tissier constate à la nuit tombante combien la cité de la vallée de la Biesme est meurtrie : « Les chevaux ne dédaignent pas de s’installer dans l’appartement d’un docteur ou encore au rez-de-chaussée de l’hôpital dévasté ». L’église est fragilisée : « La pointe du clocher, disloquée et découverte, semble s’effilocher comme le bout d’une corde qui s’use ; mais sauf les écroulements de l’abside, l’édifice subsiste, avec ses murailles et ses voûtes ; sur son pavé recouvert de terre battue brûle et fume un feu de bivouac ; des hardes sèchent le long d’une corde suspendue aux piliers. Église de guerre, cantonnement de guerre, paysage de guerre. »
Le prélat ne veut pas se départir d’un certain optimisme : « Tout cela revivra. La Champagne et l’Argonne verront aussi se lever les temps radieux ».
Pour ces prisonniers allemands, ce n’est pas pour demain !
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Des civils profèrent des injures et des grossièretés au passage des soldats qui, avec leur baluchon, marchent vers la gare, la France et la liberté.
Les cadeaux de Noël offerts aux enfants en 1918 font toujours échos aux quatre années de combats et de souffrances. Les adultes restent aussi séduits par les représentations patriotiques.
Cette carte illustre les jeux des petits soldats avec lesquels les enfants jouent à la guerre.
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Tous ces éléments n’attirent pas que les enfants. Les militaires alliés et français achètent aussi en décembre 1918 des bibelots qui leur rappellent les combats. L’obusier de 420 et le train blindé anglais ont un grand succès tout comme ce dispositif articulé en carton peint où le maréchal Joffre pour les uns et le maréchal Foch pour les autres, étranglent l’aigle impérial. En revanche, les reproductions allemandes ne trouvent guère preneurs. Un effort particulier des familles pour décorer au mieux les maisons est signalé par plusieurs sous-préfets : « Cela fait longtemps qu’on n’a pas utilisé autant de houx et de gui pour constituer des guirlandes naturelles qui symbolisent ce temps de fête. Mais cela n’empêche pas les familles de ceux qui demeurent éloignés de leur foyer pour Noël de leur adresser des colis un peu plus fournis que d’ordinaire avec une carte chaleureuse exprimant l’impatience de leur retour » relève-t-on à Épernay. A Vitry-le-François, une adolescente qui prépare Noël avec sa maman et son petit frère, écrit un compliment pour son papa convalescent qui boîte encore bas mais est de retour à la maison. Elle inscrit sa réflexion dans le temps et reprend d’abord ces paroles d’Anatole France évoquant les 25 décembre de guerre : « Combien de jeunes hommes, sous la lune froide, au fracas des obus songeront dans la tranchée, à ceux qui, demeurés dans la maison, pensent à eux et qui, cette nuit, allument tout de même la grosse bûche, font tout de même griller le boudin, car les usages anciens doivent être toujours suivis ». Et elle ajoute : « Combien de jeunes filles sont heureuses aujourd’hui, de fêter leur papa miraculé et combien n’ont pas cette chance et sont orphelines comme Ernestine. Je suis heureuse que tu sois là. Nous avons beaucoup de chance.
Que notre bonheur calme ta souffrance. Aujourd’hui nous penserons avec toi à tous ceux qui y sont restés pour que l’enfant de la crèche ne les oublie pas non plus. N’oublions pas tous ceux qui ont souffert, souffrent et souffriront encore de cette guerre gagnée mais qui a fait tant pleurer ».
Hervé Chabaud
Prochain article : un nouvel an fraternel
On a idéalisé le poilu pour mieux le soutenir.
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La consommation de vin et d’alcool n’est pas une vue de l’esprit.
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Former des vœux pour une paix méritée et pour un grand plan de reconstruction des régions dévastées est la priorité en cette fin décembre 1918. Même sous l’uniforme, on veut fêter autrement 1919.
L’aspirant Laby confie les secrets de son réveillon de la Saint-Sylvestre.
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Le garçon a vu la mort de près et il compte sur le savoir-vivre des Alsaciens pour entrer avec gaîté dans la nouvelle année. Le voici désormais à Colmar ce qui ne lui interdit pas quelques escapades. Le samedi 28 décembre, il prend le train du soir pour Mulhouse et rejoint vers 20 h 30, le Concordia. Le programme est plutôt sympa : « On danse jusqu’à 1 heure. On lunche chez les Remy puis on re-danse. Couché à 4 heures ». Le lendemain, il ne manque par pour autant la messe avant de s’octroyer un moment de détente en se rendant à un concours hippique. Il faut regagner Colmar aussi après une tasse de thé, il prend l’express de 18 heures. Le lundi 30, il s’adonne à sa passion, celle de dessiner des frises. Déjà, à la veille de Noël, il en avait réalisé une de treize mètres de long pour la popote tandis que ses camarades du service de santé faisaient de la décoration avec des branches de sapin, des tentures et quelques banderoles. Le mardi 31, Lucien Laby veut « fêter la Saint-Sylvestre et l’année de la Victoire ». Il note sur son carnet à la fois son enthousiasme et sa volonté de s’éclater : « Réveillon formidable à tout casser, pis qu’à Noël. Avons invité Mlles Cilly, Zenta, Groethel, Annie et sa sœur, Fifi, Vallery, Marcelle. Dîner, danses, vie de patachons ! Glaces, gâteaux, champagne à minuit. Déguisements en pijamas… Poitevin dit l’antilope est complètement noir : il ne s’aperçoit même pas qu’il casse son baudrier d’assaut, après une poignée de porte. On boit à la bouteille. Tout le monde est un peu gris… Il y a du vent dans les voiles ».
À Châlons-sur-Marne quelques militaires de retour dans leurs foyers ne manquent pas de trinquer au bonheur de retrouver leur famille et leurs amis : « Nous avons rencontré près de l’hôtel de ville, quatre compères qui exhalaient le vin et chantaient des refrains de corps de garde. Eu égard à ce qu’ils ont enduré, nous les avons pressés de rentrer chez eux », relève-t-on sur une main courante. L’aspirant Laby comme bien d’autres doit profiter de son 1er janvier pour récupérer : « Je tiens une bonne gueule de bois, bien fadée », mentionne-t-il à la date indiquée. Les permissionnaires ne sont pas en reste.
À Château-Thierry, des garçons stationnés désormais à Guebwiller dans le Haut-Rhin et qui sont autorisés à passer le nouvel an chez eux se retrouvent pour « trinquer à la bonne année, à la signature de la paix et à la démobilisation la plus rapide possible ». Même si l’euphorie semble gagner les soldats et leurs proches, la guerre se rappelle à eux. Laby écrit le 2 janvier : « J’ai reçu du pus dans l’œil, il y a trois jours alors que j’opérais un kyste. Gouverneur est obligé aujourd’hui de m’enlever un petit corps étranger au bistouri : anesthésie à la cocaïne. J’ai une petite plaie à la rétine ». Il y a parfois même le besoin de retourner sur les lieux où se sont déroulés les combats : « Nous avons pris le train pour Sainte-Marie-aux-Mines où nous attend Alfred Schoën. Nous partons à pied pour les tranchées du Violu : nous avons découvert Schoën et moi que nous avions pris le même secteur à quelques centaines de mètres. Nous allons visiter le terrain et nous arrivons jusqu’aux premières lignes allemandes où a été Schoën. Il reconnaît sa cagna à moitié brûlée ».
Le franchissement des réseaux de barbelés est très difficile du côté allemand et les deux soldats en conviennent : « C’est la raison pour laquelle les Français ne pouvaient pas passer ici ».
Ces pèlerinages fraternels ne sont pas isolés. La vie au front a tellement marqué les survivants qu’ils ont du mal à s’en défaire.
Hervé Chabaud
Prochain article : les cloches de la paix « Les carnets de l’aspirant Lucien Laby », Bayard, 2001, 346 p.
Le capitaine Adam raconte dans le détail son parcours.
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Le capitaine Adam note : « Quelle différence avec l’accueil qui nous attendait dans les régions libérées ». Le 3 janvier, après une marche de vingt-deux kilomètres, les hommes arrivent à Darney, un bourg de quinze cents habitants et y stationnent deux jours. Le 6, le temps se refroidit brutalement et les soldats gagnent un cantonnement à Trémonzey. L’étape de vingt-sept kilomètres se fait dans un paysage boisé et accidenté où serpentent de nombreux petits ruisseaux disposant de petites cascades. Le 7, encore douze kilomètres et les soldats entrent dans Fleury-Saint-Loup.
Une nuit de repos et puis il faut marcher dix-sept kilomètres pour rallier Saint-Sauveur, un village proche de Luxeuil. L’officier mentionne que les chambres sont sans chauffage et la nourriture insuffisante. Le 11, il faut repartir avec cette fois une étape de vingt bons kilomètres pour atteindre Froideterre à côté de Lure. Le lendemain, ce sont vingt-trois kilomètres sous d’importantes averses de neige qui sont au menu et cela pour gagner Plancher-Bas.
Le 13, la direction est sans appel. Un rendez-vous est fixé à Rougemont-le-Château au nord de Belfort. Dans l’après-midi, le ciel s’éclaircit enfin et les poilus aperçoivent les derniers contreforts des Alpes et la Forêt Noire mais pas question de se reposer. Pour garder la forme, rien ne vaut vingt-deux kilomètres supplémentaires.
Le 14, ils font l’ascension du Sudel (900 m) et ont alors une très belle vue sur l’Alsace et sur Belfort. Le 15, après une marche de 11 kilomètres, les militaires cantonnent à Bréchaumont, premier village alsacien et sont surpris de voir des soldats portant un uniforme allemand ! Il s’agit en fait d’Alsaciens. Ils regagnent leurs foyers et sont très heureux d’être à nouveau des Français.
Des enfants jouent à l’infirmière soignant les soldats.
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La surprise de bon nombre de soldats qui arrivent en Alsace est d’entendre surtout parler allemand. À Colmar, le lieutenant Fouquart en fait la remarque tout comme à Mulhouse le capitaine Adam : « Dans les rues, on n’entend causer qu’allemand, mais dans les boutiques, les enseignes sont en français et tous les commerçants parlent notre langue ». Est-ce la raison pour laquelle, l’état-major envisage aussi de développer l’enseignement des langues ? Toujours est-il que le 21 janvier 1919, le général Pétain prescrit d’instituer dans les régiments « des cours élémentaires, moyens et supérieurs ». Et d’ajouter : « On enseignera l’allemand, l’anglais, des notions d’électricité, de comptabilité, d’économie politique ». Dans chaque régiment, on charge un officier de coordonner cette action de formation. En se promenant dans plusieurs villes alsaciennes, les soldats sont interpellés par cet écriteau que l’on voit encore sur la devanture de nombreuses boutiques : « Maison interdite aux militaires français et alliés ». Ce sont des commerces allemands dont les gérants ont été priés de repasser la frontière. Cela vaut mieux puisque les marques d’hostilité à leur égard s’étaient multipliées.
D’ailleurs les soldats sont mis au parfum par leurs logeurs : « Méfiez-vous, les boches chercheront à vous rouler, ce sont des gens de mauvaise foi », « Prenez garde, ce sont des salopards, de vils profiteurs avinés qui nous ont empoisonné l’existence et ont pillé notre pays », « Attention, le boche vous épie de l’autre côté du Rhin, à la première occasion, il reviendra. C’est comme les parasites, on ne s’en débarrasse jamais totalement ». Cette femme qui se confie ainsi au lieutenant Fouquart n’a plus de mari mais deux jeunes enfants qui, en même temps qu’elle dit son doute et sa tristesse, jouent à l’infirmière attentionnée envers les soldats blessés. Et elle ajoute : « Je dois redresser la tête, mes filles ont le droit d’avoir une vie meilleure que la nôtre lorsqu’on nous a volé notre fierté d’être français. Soyez forts et intransigeants pour qu’ils ne reviennent plus jamais ».
Le travail mené par le gouvernement Clemenceau pour que le traité de paix ne néglige pas les dommages de guerre est d’autant plus difficile que les Britanniques et les Américains veulent relancer les échanges.
Le président du Conseil, Georges Clemenceau, et le Premier ministre britannique, Lloyd George, après la signature du traité de Versailles.
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Clemenceau ne se laisse pas impressionner et ne s’inquiète pas de la proximité de l’avocat nantais avec le socialiste Marcel Cachin. Le 29 décembre 1918, il réplique à la chambre évoquant sa rencontre avec le président des États-Unis Woodrow Wilson : « Je mentirais si je disais que je me suis mis aussitôt d’accord avec lui sur tous les points. J’ai peut-être des préoccupations qui lui sont non pas étrangères, il ne serait pas juste d’employer ce mot, mais qui ne le touchent pas aussi vivement qu’elles touchent l’homme qui a vu son pays dévasté pendant quatre ans. »
On comprend par cette synthèse que le Tigre s’attend à ce que les négociations entre Alliés soient difficiles. Mais il ne tient pas à révéler publiquement sa stratégie, pour être plus fort à la table des discussions.
Il ne cherche pas à faire cavalier seul puisqu’il s’engage à soumettre aux chambres les préliminaires de paix. Clemenceau tient bon et il fait le bon choix puisque, le soir même, il obtient la confiance par 398 voix contre 93.
Il dispose alors d’une grande liberté d’appréciation, ce qui dérange le président de la République, Raymond Poincaré, et agace quelques-uns de ses ministres.
Le chef du gouvernement a élaboré un plan fondé sur l’exigence d’une sécurité durable pour la France. D’où l’idée de détacher la Rhénanie du Reich. Une occupation de la rive gauche du Rhin, soit par les Alliés, soit par la France seule, et la constitution d’un ou plusieurs États autonomes permettait de créer un espace tampon pour mieux garantir les frontières de l’Hexagone. Le 10 janvier 1919, Clemenceau confie à André Tardieu la tâche d’établir un mémorandum accumulant un maximum d’arguments pour obtenir ce couloir protecteur. Il sait que Wilson n’a qu’une envie, celle d’imposer son nouvel ordre universel. Seulement, le président démocrate américain est affaibli puisqu’aux élections de mi-mandat les républicains obtiennent une majorité écrasante à la Chambre des représentants et deux voix de majorité au Sénat.
Le 12 janvier, la négociation des préliminaires de paix débute enfin. Elle annonce la conférence de la paix programmée pour le 18 janvier. Plus qu’une paix de victoire, c’est une paix de sécurité que recherche la France.
Vingt-sept nations ainsi que les dominions britanniques sont invités et participent à la première séance ouverte par Raymond Poincaré. Cinquante-deux commissions sont créées, composées de délégués assistés par des experts. Les discussions sont serrées. Alors que Foch maintient la pression et se justifie : « L’armistice n’a d’autre but que de maintenir et d’assurer la suprématie militaire des Alliés pendant les négociations de paix », Wilson craint une Allemagne bolchevique et veut la faire bénéficier du plan américain d’aide à l’Europe.
La querelle reprend sur la taille à venir de l’armée allemande. En février, Clemenceau est victime d’un attentat et est indisponible pendant quelques jours. Fort heureusement, des dix coups de revolver tirés dans sa direction, seules trois balles l’ont touché, et il ne souffre vraiment que d’une blessure à l’omoplate.
Les discussions sont pénibles tout au long du printemps. Wilson avertit : « Notre plus grande erreur serait de donner à l’Allemagne des raisons puissantes de vouloir un jour prendre sa revanche. Il faut éviter de donner à nos ennemis l’impression de l’injustice. » Après de longues séances de finalisation, un texte est soumis à l’Allemagne le 16 juin 1919. Ses délégués disposent de cinq puis de sept jours pour signer.
Sinon, la marche sur Berlin est envisagée par les Alliés.
Le 28 juin, dans la galerie des Glaces du palais de Versailles, le traité est signé d’abord par les cinq délégués allemands puis par Wilson, George et Clemenceau.
Hervé Chabaud
Les célèbres FT17 défilent le 14 juillet 1919, à Paris.
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Les officiers constatent aussi que des civils comblent les tranchées et arrachent les fils de fer qui altèrent tous les franchissements. Les bataillons du régiment et leurs compagnies sont disséminés dans le département du Haut-Rhin. Certains s’installent à Hattstatt, à sept kilomètres de Colmar. Le 4 février, deux des trois bataillons sont dirigés le long du Rhin sur une vingtaine de kilomètres. Enfin, les ordres précisent que la 6e compagnie doit demeurer à Colmar, que la compagnie des mitrailleuses est affectée à Guebwiller, que la 7e compagnie est envoyée à Munster. Ces unités sont chargées d’assurer l’ordre sur les chantiers où les chômeurs sont employés aux déblais et où des prisonniers s’activent pour combler les zones de combat et retirer les munitions et les réseaux de barbelés qui s’y trouvent toujours.
Le capitaine Georges Adam qui, après le départ du capitaine Moing, reprend le commandement du 2e bataillon effectue des déplacements auprès de ses compagnies pour évaluer l’efficacité des travaux entrepris et l’état d’esprit qui prévaut dans les rangs. Le 18 février, il est à Munster, le 20 à Guebwiller. Le 28, la rumeur court que le 403 va être remplacé par des unités provenant du 10e corps. On parle alors de départ pour Metz avant la dissolution. Du 6 au 8 mars, Adam effectue des inspections à cheval le long du Rhin. Le 12, le 2e bataillon du 403e RI est relevé par des troupes du 407e RI.
Les poilus passent sous l’Arc de Triomphe le 14 juillet 1919.
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Le 2 avril, le régiment n’est toujours pas officiellement dissous mais la plupart des cadres maintenus sous les armes sont affectés dans d’autres unités qui stationnent dans la banlieue de Mulhouse. Le 2e bataillon d’Adam est réduit à une petite centaine d’hommes. Il apprend alors que le régiment doit devenir le 11e régiment de chasseurs polonais. Il s’agit d’organiser et d’instruire cette nouvelle unité décidée par l’état-major.
L’officier et ses hommes embarquent le 3 avril à Rouffac et arrivent le lendemain à Sens. Leur cantonnement est fixé à Rousson, à une quinzaine de kilomètres au sud de Sens. Le colonel est stationné à Étigny. Le 6, la compagnie de mitrailleuses et les fusiliers mitrailleurs s’en vont à Saint-Mards-en-Othe pour former à leur tour des régiments de mitrailleurs polonais.
Le 7 avril, le colonel avise les officiers français qu’ils ne sont plus utiles pour l’instruction puisque les Polonais disposent déjà d’un contingent d’officiers instructeurs français ! Voici le temps d’une nouvelle permission bien méritée. Le 15 mai, le capitaine Adam est muté au 122e RI, qui stationnait à Rodez avant la guerre et se trouve désormais à Valenciennes. C’est pour l’officier et ses hommes qui ne sont pas démobilisés la fin d’une époque. Le 18 mai, le 403e RI n’existe plus.