Nous reproduisons ici un article tel qu’il est paru dans le journal « l’union » le jeudi 30 août 2007.
Guy Moquet a écrit cette lettre d’adieux aux siens le 22 octobre 1941 à Châteaubriant (Loire-Atlantique). |
Le 16 mai, jour de sa prise de fonction, Nicolas Sarkozy avait demandé que la lettre d’adieux, écrite par le résistant communiste fusillé par l’occupant allemand à l’âge de 17 ans, soit lue en début d’année à tous les lycéens de France.
« En classe ou en grand groupe », cette lecture pourra être confiée à « un résistant ou un déporté » ou à toute personnalité « dont l’engagement pourrait sensibiliser les élèves », selon le ministre Xavier Darcos, qui a cité hier « les élus, le monde sportif, les artistes ».
Elle pourra être suivie d’autres lectures, « à l’initiative de chacun » et « se poursuivra par une réflexion collective » en classe.
« C’est peu pertinent car, si cette lettre est poignante, son contenu n’est pas très révélateur de la période historique. On est dans l’émotion, et non dans l’intellect. Or on ne peut pas comprendre l’histoire par quelques sursauts d’émotion », estime Aude Lesage, prof au lycée Pierre Corneille à Rouen (Seine-Maritime).
Anne-Marie Cheny, prof à Yvetot (Seine-Maritime), confirme : « ce n’est pas un document historique intéressant. Les raisons qui ont amené Guy Môquet à résister, par exemple, ne sont pas claires. Pourquoi ne pas lire la lettre de Missak Manouchian (résistant d’origine arménienne, fusillé par les Allemands en février 1944, ndlr), où c’est explicite ? ».
François Bouyer, 37 ans, professeur au lycée Léonard de Vinci à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), dénonce « l’intervention directe du politique sur les programmes. C’est le fait du prince ! Parce que Sarkozy a été touché par cette lettre, il faudrait la lire dans tous les lycées de France et de Navarre ! »
« Les élèves vont nous demander : pourquoi cette lettre en particulier ? Il nous faudra répondre : c’est parce que Sarkozy l’a voulu ! », renchérit Valérie Lasorak, prof à La Ravoire, près de Chambéry (Savoie).
Président de l’association des professeurs d’histoire géographie (APHG), Hubert Tison accueille, lui, favorablement l’initiative, « à condition d’expliquer et de remettre en perspective la période aux élèves ». Pour Olivier Jaulhac aussi, prof à Egletons (Corrèze), la lettre de Guy Môquet est « un document patrimonial extrêmement émouvant qui, entouré d’une certaine solennité, devrait s’avérer très parlant pour l’élève ».