Nous reproduisons ici l’article tel qu’il est paru dans le journal « l’union » du 24 juin 2006.
A 65 ans, Jacques Tourtaux en a marre de ce qu’il appelle « les mensonges d’État ». |
Par deux fois il a refusé de faire ses trois jours. Les gendarmes ont dû le menotter pour l’emmener passer son conseil de révision. Jacques Tourtaux, inscrit au PCF depuis 1958 a payé chèrement ses convictions politiques. Envoyé en Algérie en février 1960, il découvre la compagnie disciplinaire de Oued Smar, « un vrai bagne ou un serpate corse fait suer le burnous des gus. Brimades, sanctions, tabassage, sévices, chant nazi, on a porté atteinte à notre dignité ». Militant contre la guerre à l’intérieur même de l’armée, le jeune homme rédige des tracts. Il doit se méfier de « la chasse aux communistes qui font rien pour que l’Algérie reste française ». Avril 1961, opposé à la tentative de putsch d’un « quarteron de généraux en retraite », il fait la grève.
Affecté à 12 km de Blida il doit garder une ferme dans un secteur régulièrement attaqué par l’Armée de libération nationale. « J’ai découvert la torture et les blessés achevés à la MAT 49. » Muté un an à la base de Telergma, il doit garder une soute à munitions. On l’envoie sciemment en patrouille sans munition dans sa mitraillette !
« On nous a aussi fait larguer en avion dans des fosses marines des bombes dites plus bonnes pour la guerre. » Des vols curieusement non répertoriés sur son dossier. Il découvre aussi les bidons spéciaux contenant du napalm. Déjoue un attentat OAS.
Un fait pas noté non plus dans les archives militaires. Revenu en France en 1962, cheminot militant, Jacques Tourtaux brandit le drapeau rouge en 1968 au pont de Witry. En 1982 il proteste officiellement « contre la réhabilitation des généraux félons. » Révolté contre ce qu’il a pu voir en Algérie il intente un procès à l’État qui a « porté atteinte à sa dignité et à sa santé » (il souffre de dysenterie amibienne). Cour de cassation, cour européenne. Après douze années, ses demandes sont rejetées.
Jacques a repris la plume et termine un autre livre intitulé : « Un fils du peuple » dans lequel il raconte sa vie d’ouvrier et de syndicaliste.
Alain Moyat
« Guerre d’Algérie, souvenirs d’un appelé anticolonialiste » (Édition Scripta). Pour tous renseignements : tél.03.26.40.62.15.