Agent orange : l’héritage d’une arme de destruction massive, selon The Independent.3 avril 2006 — 12:04(GMT+7)
Londres (Grande-Bretagne), 3 avril (AVI) - Trente-cinq ans après que les troupes américaines ont déversé de l’agent orange sur le Vietnam, des milliers d’enfants vietnamiens subissent toujours des malformations congénitales, a écrit le correspondant Jeremy Laurance dans un long article paru le premier avril dans le journal britannique The Independent.
A Ho Chi Minh-Ville (Sud), 454 bébés sont nés avec des défauts congénitaux à l’hôpital Tu Du l’année dernière, sur les 36.000 accouchements. "Ceux-là sont juste les cas de malformations visibles. Nous ne savons pas des malformations dans les organes internes, ou des défauts qui émergent seulement des ans après", a fait savoir le professeur, Mme Nguyên Thi Phuong.
Environ 80 millions de litres du défoliant, contenant 386 kg de dioxine, le plus toxique des produits dérivés de l’agent orange, générateur notamment de risques de cancer, de déficiences immunitaires et de problèmes du système nerveuxont, été pulvérisés par l’armée américaine sur le Vietnam pendant le conflit, a rappelé l’auteur.
Le gouvernement vietnamien estime que 500.000 enfants sont nés avec des malformations congénitales provoqués par une contamination par l’agent orange et deux millions de personnes ont souffert des cancers et d’autres maladies, victimes innocents du terrible défoliant.
En 1984, sept compagnies américaines avaient payé 180 millions de dollars pour qu’une plainte d’anciens combattants américains ne soit pas déposée. En janvier, la justice sud-coréenne a condamné Dow Chemical et Monsanto à verser des dommages-intérêts à des milliers d’anciens combattants sud-coréens de la guerre du Vietnam et à leurs familles.
Mais à la différence des vétérans américains qui avaient déversé le défoliant, les victimes vietnamiennes n’ont jamais reçu la compensation, a fait remarquer Jeremy Laurance.
L’année dernière, des victimes vietnamiennes de l’agent orange ont poursuivi les mêmes compagnies de produits chimiques américaines. Ils ont perdu le premier round mais ils fondent leurs espoirs sur un appel. Ce mois-ci, leur procès à entendre dans les Cours de New York a suscité un soutien sans précédent tant national qu’international, a écrit Jeremy Laurance.
À Hanoi, le professeur Nguyên Trong Nhân, vice-président de l’Association des victimes de l’agent orange/dioxine du Vietnam a estimé que l’appui international s’amplifiait pour ce qu’il appellait le grand problème social et humanitaire du Vietnam. "Personne ne peut indiquer combien de générations seront affectées", a-t-il dit.
Malheureusement, les Américains ont évité leur responsabilité, espérant que le souci au Vietnam concernant l’agent orange s’estompe graduellement. Avec une secousse de sa tête, le professeur Nguyên Thi Phuong a lancé un appel : "Demandez, s’il vous plaît, la justice pour les victimes du Vietnam. Le temps s’épuise." - AVI
Anciens combattants et militants demandent justice aux USA.
Hanoi, 29 mars (AVI) - Des vétérans et activistes vietnamiens, américains, australiens, sud-coréens, néo-zélandais, et canadiens ont exigé mardi à Hanoi que les Etats-Unis reconnaissent enfin les terribles dommages causés par l’agent orange, le défoliant déversé par les troupes américaines sur le Vietnam pendant le conflit, et indemnisent ses victimes.
« L’agent orange n’est pas une arme conventionnelle mais une arme de destruction massive. Il est terrible de ne pas tuer que le soldat ennemi mais de tuer aussi son petit-fils, et d`empoisonner son environnement », a souligné Joan Anne Duffy Newberry, ancienne infirmière de l’armée américaine cantonnée à Nha Trang (Centre) pendant la guerre, lors de la première conférence internationale sur le sujet au Vietnam, un an après le rejet par une cour américaine d’une plainte déposée par des Vietnamiens contre les producteurs de produits chimiques.
L’agent orange, nommé en référence aux rayures de couleur qui marquaient ses bidons, fut, pendant dix ans, de 1961 à 1971, l’un des principaux défoliants utilisés par l’aviation américaine et poursuit ses ravages sur les hommes et l’environnement 31 ans après la guerre du Vietnam.
Les symptômes liés à la dioxine sont toujours présents pour trois générations de Vietnamiens, voire quatre selon les scientifiques. Les Vietnamiens souffrent le plus des séquelles de l’agent orange américain qui touche également les vétérans américains, australiens, néo-zélandais, sud-coréens et canadiens.
Les séquelles de l’agent orange/dioxine ne font pas de mystère pour les experts. Selon Thomas Boivin, président de Hatfield, une compagnie de consultation canadienne qui a mené avec le ministère vietnamienne de la Santé une enquête en la matière dans certaines provinces du pays, ce poison est générateur des cancers, déficiences immunitaires, malformations congénitales et de diabète.
L’utilisation de l’agent orange par l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam viole le Protocole de Genève de 1925 qui interdit le recours aux armes chimiques. Les compagnies américaines de produits chimiques doivent présenter leurs excuses et indemniser les victimes, a indiqué la délégation des victimes sud-coréennes de l’agent orange au colloque.
Ce combat pour rendre justice aux victimes est mené non seulement au Vietnam mais aussi dans plusieurs autres pays du monde, pour une génération et aussi pour plusieurs générations, pour la vie des victimes et pour un monde où règnent la paix et la justice, a déclaré le général Dang Vu Hiêp, président de l’Association vietnamienne des victimes de l’agent orange/dioxine (Vava).
Un scientifique russe affirme le lien entre agent orange et santé des victimes
Hanoi, 28 mars (AVI) - Un scientifique russe, Vladimir S. Roumak, a affirmé que les résultats de ses travaux et de ses collègues ont témoigné la relation entre l’agent organe versé par les forces armées américaines pendant la guerre au Vietnam et la détérioration de la santé des victimes vietnamiennes.
Lors d’un entretien avec l’Agence vietnamienne d’information (AVI), en marge du colloque international des victimes de l’agent orange tenu les 28 et 29 à Hanoi, M. Vladimir S. Roumak, directeur général du Centre tropical vietnamo-russe, a précisé que durant 18 ans de recherches et par des études sur des dizaines de milliers de personnes, outre des centaines de tests différents dans plusieurs localités du Vietnam, son groupe de recherche est arrivé à une ultime conclusion sur les liens entre les agents défoliants versés par les Américains pendant la guerre au Vietnam et la santé des victimes vietnamiennes.
Ce lien a également été reconnu lors de nombreuses conférences internationales, a ajouté le professeur et le docteur ès chimie russe.
Il existe actuellement des preuves légales précises pour démontrer les rapports entre cet agent et la santé des victimes vietnamiennes, a fait savoir V. S. Roumak, affirmant que sa tâche est de fournir, de façon objective, des preuves recevables pour soutenir le travail des avocats.
Les ouvrages d’études de ce professeur russe ont fourni aussi des renseignements concrets afin de prévoir une éventuelle contamination par l’agent orange et de rétablir la santé des personnes affectées de ce produit. Ses recherches ont jeté un fondement scientifique pour dédommager les victimes de l’agent orange et restaurer l’environnement atteint. - AVI