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1936 : Solidarité avec l’Espagne républicaine berceau de la Résistance française.
Publié le mercredi 5 juillet 2006

70e anniversaire du Front populaire

1936 : Solidarité avec l’Espagne républicaine berceau de la Résistance française

Pendant la semaine du 17 au 25 juillet 1936 qui suivit la rébellion de 80 % de l’armée espagnole, celle-ci se renforça et s’implanta rapidement dans le pays, avec l’aide de l’Allemagne et de l’Italie fascistes, mais aussi avec l’irresponsabilité coupable du réformisme social-pacifiste de l’époque.

En cette fin du mois de juillet et d’août 1936, les réalités objectives des rapports de forces avaient changé des deux côtés des Pyrénées. En Espagne, la rébellion au nord-ouest de la péninsule ibérique et celle venue du Rif marocain par le sud réalisèrent leur jonction le 4 septembre 1936, s’appuyant désormais sur toute la frontière du Portugal du fasciste Salazar. Dans ces premiers jours de la guerre, « on fusille ici comme on déboise », a dit Saint-Exupéry. « On tue énormément. On a bonne conscience. On a la vérité, chacun a ses évangiles. Aussi on y va carrément. C’est le temps des « grands cimetières sous la lune » et des fosses communes creusées au bulldozer. »1

L’État espagnol et la République sont en déliquescence, « Hésitation politique des dirigeants libéraux du Frente popular : le 19 juillet, le cabinet Casarés Quiroga s’est retiré et a cédé la place à Martinez Barrio, lequel s’est effacé le lendemain devant José Giral, ami du président de la République Manuel Azana, indécis et réticent à l’idée d’armer les ouvriers. Quant à l’armée républicaine, elle n’existe que sur le papier et a cédé le pas aux milices populaires recrutées par les syndicats : l’UGT et la CNT, les partis socialiste et communiste, le PSUC et le POUM catalans, les nationalistes basques et catalans qui ont proclamé leurs Républiques au sein de la République espagnole, sous la présidence d’Aguirre au Pays Basque et de Companys en Catalogne. Parmi les forces populaires les plus célèbres, citons le Quinto Régiment (5e régiment) dirigé par Enrique Lister et Carlos Contreras, levé par le Parti communiste et qui, au moment de son intégration à l’armée républicaine en janvier 1937, aura formé et encadré plus de 100 000 hommes, de même que la colonne Bunoretti-Durruti, organisée par les anarchistes (Durruti tombera en novembre 1936). » 2

Enfin, le blocus décrété par le Comité de non-intervention de Londres va priver les forces républicaines de l’armement moderne nécessaire à l’équipement et à l’entraînement d’une véritable nouvelle armée en formation d’où émergent, à côté de rares officiers de carrière tel le général Miaja, le défenseur de Madrid, des cadres de valeurs : tels Lister, Modesto, Rojo notamment.

Parallèlement, le camp nationaliste va renforcer sa cohésion politique et son potentiel militaire grâce aux accords secrets passés entre le général Franco et l’Allemagne hitlérienne. Franco livre à Hilter les matières premières minérales espagnoles et Hitler, Mussolini approvisionnent son armée à travers la frontière du Portugal du fasciste Salazar. Plus de 1 000 avions et près de 1 000 chars et blindés seront fournis à Franco par l’Italie et 650 avions et 250 chars par l’Allemagne. Ensemble les deux dictateurs enverront aux forces rebelles espagnoles 2 500 pièces d’artillerie, plus de 800 000 fusils, des centaines de millions de cartouches, etc. Sachez qu’au début de 1937, 160 000 Italiens (dont les divisions Littorio et Flèches noires), 20 000 Allemands (Légion Condor, notamment aviation) et des milliers de Portugais combattaient dans les rangs franquistes. Face à cette situation, les blindés et les avions envoyés par l’Union soviétique, les avions et convois de munitions que Léon Blum, artisan de la non-intervention officielle, laissera passer avec son assentiment en contrebande vers l’Espagne, les 30 000 volontaires des Brigades internationales ne seront pas suffisants pour rétablir l’équilibre, que déjà sont engagées les grandes batailles de Tolède et de Madrid.

La solidarité pour le peuple espagnol

Cependant, en France et dans le monde, la solidarité en faveur du peuple espagnol en lutte pour sa liberté et sa dignité suscite de grands élans populaires de générosités et d’initiatives. A Barcelone, depuis le début de juillet 1936 affluent les délégations sportives venues participer aux « Olympiades des travailleurs », grande festivité populaire organisée par les mouvements de gauche internationaux en réplique aux Jeux olympiques officiels qui vont s’ouvrir à Berlin et- Qui sont pour les nazis l’occasion d’une énorme propagande et d’un succès de prestige.

Les 19 et 20 juillet, l’on se bat dans Barcelone où l’armée est sortie des casernes. A l’appel des syndicats et des partis de gauche, l’élan et la masse du peuple étouffent la rébellion. Le 20 au soir, les derniers îlots de résistance sont emportés.

Il n’en est pas de même à Saragosse, à Jaca, à Huesca ni à Téruel où la rébellion semble l’avoir emportée. Dans les colonnes des miliciens antifascistes, qui à partir du 23 juillet avancent en Aragon, se trouve un groupe de onze Allemands, dont trois femmes. Ils ont donné à leur petite unité le nom d’Ernest Thaélmann.

Le 3 août arrive à Barcelone, venant de France, un groupe d’une dizaine d’Italiens, le 8, une quinzaine de Français, deux Anglais, puis le député communiste allemand Hans Beimhler, évadé du camp de Dachau. Il en sera tous les jours ainsi en attendant la constitution des Brigades internationales le 22 octobre 1936.

En France, la solidarité se développe sous toutes ses formes, consolidant le rassemblement antifasciste et élevant la conscience populaire à la défense des idéaux républicains. Le 26 juillet a lieu un meeting au Vélodrome d’Hiver : « Au secours de l’Espagne ». Le 3 août, le PCF lance un appel : « Avec l’Espagne républicaine, pour la sécurité de la France ». Le 25, au stade Buffalo avec Maurice Thorez : « Des avions, des canons pour l’Espagne ! » Le 3 septembre avec la Pasionaria au Vélodrome d’Hiver : « Aidez-nous ! » et le 5 septembre formation du gouvernement républicain dirigé par Largo Caballero, avec la participation de deux ministres communistes. Bien entendu, l’on ne peut oublier la constitution de la Société France-Navigation par le dirigeant communiste Georges Gosnat qui permit, dès le départ, de ravitailler en armement les combattants républicains des Asturies et des Pays Basques.

Le ministre de l’Air du gouvernement de Léon Blum, Pierre Cot, entouré d’une équipe remarquable conduite par le préfet Jean Moulin avec la collaboration de Pierre Meunier, de Robert Chambeyron et André Labarthe déployèrent efficacement et avec ingéniosité pour défendre les engagements de la France et faire passer en Espagne républicaine des avions et des armes de toutes sortes dont elle avait besoin. C’est dans ces conditions qu’André Malraux partit volontaire au service de la République espagnole à la tête de l’escadrille « Espana ».

Pendant ce temps, le 7 septembre 1936, Léon Blum persistait : « … la solution, ce qui permettrait peut-être à la fois d’assurer le salut de l’Espagne et le salut de la paix, c’est la conclusion d’une convention internationale par laquelle toutes les puissances s’engageraient, non pas à la neutralité, il ne s’agit pas de ce mot qui n’a rien à faire en l’espèce, mais à l’abstention, en ce qui concerne les livraisons d’armes, et s’engageraient à interdire l’exportation en Espagne du matériel de guerre. » 3

Comme l’on peut s’en rendre compte, entre l’engagement du ministre de l’Air, radical-socialiste du gouvernement du Front populaire et celui du chef du gouvernement, n’est-ce pas le prélude de ce qui se passa le 10 juillet 1940 à Vichy, où la République française fut assassinée ?

J’ai consulté Jean Lacouture4 pour connaître à l’époque la position du lieutenant-colonel Charles de Gaulle par rapport à l’intérêt de la nation française et de la défense de la paix : « Affecté au secrétariat général de la Défense nationale… le lieutenant-colonel a perdu ses dernières illusions à l’endroit de la classe politique des années trente… Et aussi des chefs militaires qui sont alors à la tête de nos armées, les émules de Pétain… A la satisfaction de nombreux de ses amis, de Gaulle souhaite, sinon la victoire des « rouges », en tout cas la défaite des légions de Franco et de Mola. Pourquoi ? Parce que les putschistes espagnols sont les alliés déclarés de Mussolini et, avec une évidence croissante, de Hilter. »

« Déjà préoccupé, depuis 1935, par la signature du pacte entre les deux dictateurs de Rome et de Berlin, il s’inquiète de voir se former une triplice et se refermer sur la France un anneau qui, du Nord au Sud-Est, s’étendrait aux Pyrénées… »

Et l’ARAC, dans ce bouillonnement de luttes antifascistes, qu’a-t-elle fait ? Soyons fiers de nos aînés de la Grande Guerre dont nous sommes les héritiers. De retour d’Espagne républicaine, en ce début du mois de septembre 1936, le vice-président de l’ARAC, Jacques Duclos, déclarait : « … Je reviens d’Espagne où j’ai vu, aussi bien sur le front qu’à l’arrière, tout un peuple qui ne veut pas subir la loi des généraux factieux, tout un peuple qui aurait déjà rétabli l’ordre depuis longtemps si le gouvernement de la République espagnole n’était pas victime d’un inadmissible blocus, tandis que les rebelles sont ravitaillés à profusion en armes et munitions ».

C’est pourquoi le Comité central de l’ARAC, les fédérations et les sections de notre association ont pleinement raison en demandant que le gouvernement républicain de l’Espagne ne soit pas mis hors la loi. En demandant que cesse le blocus dont il est victime, l’ARAC de Barbusse continue de servir, comme elle l’a fait depuis près de vingt ans, la cause de la paix.

En cette même période était réuni à Bruxelles, à l’appel du Mouvement Amsterdam-Pleyel d’H. Barbusse et de R. Rolland, le « Rassemblement universel pour la paix », que déjà l’ARAC recommandait à ses adhérentsles plus aptes de partir en Espagne républicaine, instruire au maniement des armes et à la discipline militaire les miliciens républicains. C’est ainsi que ses dirigeants, le colonel Dumont, le commandant Fort, Henri Neveu, secrétaire d’Henri Barbusse, et quelques autres camarades se mirent à la disposition du gouvernement républicain espagnol avant la création des Brigades internationales. Sans attendre la réunion du Comité central de l’ARAC, sa direction s’engage « à venir matériellement en aide aux défenseurs de la paix et de la liberté qui, en Espagne, se battent contre les forces de guerre, de misère et d’oppression. Nous qui avons vécu tant d’hivers dans les tranchées, nous savons combien il est réconfortant de recevoir des lettres qui relèvent le moral, des douceurs, des vêtements chauds.

Aussi, avant de nous décider de parrainer un bataillon de miliciens républicains, nous avons écrit au citoyen Largo Cabarello, président du Conseil, ministre de la Guerre, pour lui demander le numéro du bataillon de miliciens qui vont devenir les filleuls de ARAC. Dès que son adresse sera connue, nous acheminerons les premiers colis. Une souscription est ouverte. La première liste, publiée d’autre part, se monte à 1 888 francs. Toutes nos sections, tous les militants vont se mettre à l’oeuvre pour collecter des fonds. »

Voici la réponse du gouvernement républicain espagnol :

« République espagnole - Présidence du Conseil

Madrid, 7 octobre 1936

A Monsieur le Secrétaire général de l’Association républicaine des anciens combattants

Cher Monsieur

Monsieur le Président me charge de vous communiquer, avec prière d’en faire part à toute votre association, sa profonde reconnaissance pour l’appui que vous apportez à la cause de la liberté, appui que vous nous avez exposé dans votre réconfortante lettre du 28 du mois dernier.

Nous vous proposons donc de parrainer le bataillon Margarita Nelken (ler) et je profite avec bonheur de cette occasion, pour vous saluer affectueusement, vous et toute votre association.

Signé : José M. AGUIRRE »

Et dès la création des Brigades internationales, l’ARAC s’engagea généreusement dans le soutien à la XIVe Brigade française où un bataillon porta le nom de Henri Barbusse. Nombre de dirigeants de l’ARAC, dont Paul Vaillant-Couturier, se rendirent en Espagne apporter leurs soutiens aux volontaires français, que nous retrouverons plus tard dans la Résistance française, tels le colonel Fabien, le colonel Rol Tanguy, Fernand Bélino, André Guigal, Paul Bondurand, Herras, François Vittori, Boris Guimpel notamment.

Malgré toute cette solidarité à l’Espagne républicaine, le Front populaire en France fut conduit, sous le poids de ses ennemis, à la dévaluation du franc, à la pause, à sa dislocation et à la division, ce qui ne profita qu’au fascisme.

Guy LAMOTHE

1. J. Delperrié de Bayrac : « Les Brigades Internationales », Editions Marabout, page 29.

2. Sources : Pierre Orlando : « Révolution 1986 », pages 58-59-60, 15 rue Montmartre, 75001 Paris.

3. L’oeuvre de Léon Blum, page 391, Editions Albin Michel, 1964.

4. Voir de Gaulle avec Jean Lacouture, Editions du Chêne, pages 72 et 73.



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