Montée des tensions
Au cours des mois précédents, 22 policiers sont tombés en France métropolitaine sous les balles des commandos du FLN (Front de Libération Nationale), l’un des mouvements qui revendiquent l’indépendance des trois départements algériens.
Les syndicats de policiers réclament davantage de fermeté de la part du préfet de police de Paris, Maurice Papon. Le 5 octobre, celui-ci demande aux travailleurs algériens de ne plus circuler de nuit dans la capitale. Il autorise aussi l’interpellation de tout musulman de jour comme de nuit.
Pour protester contre ce couvre-feu discriminatoire, la Fédération de France du FLN appelle les Algériens de la région parisienne à manifester pacifiquement, avec femmes et enfants, le 17 octobre, à 20h30, sur les Champs-Élysées. Le FLN veut user de cette provocation pour prendre le dessus sur le mouvement rival du MNA.
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Une
manifestation nocturne à deux pas du palais de l’Élysée et de
l’Assemblée nationale ! Le général de Gaulle, président de la
République, y voit une pression inadmissible sur les négociateurs
français et indépendantistes qui traitent à Évian du futur statut de
l’Algérie. Il donne carte blanche à Maurice Papon pour interdire
la manifestation et la disperser par tous les moyens. Le préfet peut
dire à ses hommes : « Désormais, vous êtes
couverts ! »
Les policiers ne se le font pas dire
deux fois. Tandis que les Algériens tentent de converger vers le
centre de la capitale, souvent poussés de force par les militants du
FLN, les forces de l’ordre les affrontent sans ménagement et les
embarquent vers les commissariats pour les rouer de coups plus à
leur aise. Des dizaines de manifestants sont jetés dans la Seine. On
évalue le nombre de victimes à 200.
La presse, d’abord
abasourdie, se réveille dans les jours qui suivent, comme le
rappelle l’historien Pierre Vidal-Naquet. L’Humanité est
saisie pour avoir dénoncé la répression. Le Figaro
lui-même, proche du pouvoir gaulliste, dénonce des atteintes
inadmissibles aux droits de l’homme.
Bien qu’informés par
les journaux des excès de la répression, l’opinion publique, les
syndicats et les partis, y compris de gauche, restent cependant sans
réaction. Le souvenir de la nuit tragique du 17 octobre s’inscrit
dans la longue suite de drames et de malentendus dont sont tissées
les relations entre l’Algérie et la France depuis la conquête.
Divisions
Dans les mois qui suivent, les
tensions s’aggravent au sein du peuple français. Le 8 février 1962,
dans l’Est parisien, une manifestation des partis de gauche contre
la guerre d’Algérie et les attentats de l’OAS se
termine par la charge de la police et la mort tragique de 7
manifestants au métro Charonne.
Attentats, répression et
manifestations n’empêchent toutefois pas les négociations de se
poursuivre à Évian. Elles aboutissent au cessez-le-feu
du 19 mars 1962 et à l’indépendance de l’Algérie, le 3 juillet de la
même année.